La différence de perception entre les québécois et le reste du Canada (ROC) au sujet des « accommodements raisonnables » n'est pas du tout étonnante. Québécois de souche, ça fait presque 20 ans que je vis au Canada anglais et j'ai bien du mal à comprendre la différence entre les cultures canadienne-anglaise et américaine (je conviens que c'est peut-être parce que je ne les comprend pas). Les soit-disant « accommodements » viennent souvent de pair avec le statut d'immigrant (alors que ce n'est pas nécessairement vrai) et les immigrants en général parlent l'anglais et vivent en nord-américains dans le ROC. Par contre, il est évident qu'il existe une culture québécoise forte, qui imprègne aussi la culture canadienne-française du ROC et sa situation est toujours relativement précaire, particulièrement dans le ROC. Les « accommodements » pourraient avoir pour conséquence d'affaiblir encore plus la culture québécoise, la diluer, et de fait poser une éventuelle menace à l'identité québécoise comme telle et, par extension, à l'identité franco-canadienne. Éventuellement, il est possible qu'à un moment donné, il soit impossible à un québécois de souche de vivre dans un milieu qui reflète complètement sa culture, ce qui va nécessairement lui enlever un niveau de confort. Si je suis issu d'une autre culture, je pourrais toujours retourner dans mon pays ou ma région d'origine pour me ressourcer mais si l'identité québécoise elle-même se dilue et se perd, où vais-je pouvoir me tourner?
La question ancillaire est le fait que ces « accommodements » sont généralement dans un contexte religieux et cela vient en conflit avec un élément important qui fait partie maintenant de la culture québécoise, à savoir la séparation entre l'Église (dans le contexte de la révolution tranquille, on réfère à l'Église catholique) et l'État. En d'autres termes, l'État n'a rien à voir avec les pratiques religieuses de qui que ce soit et ces dernières doivent demeurer un choix personnel, exercé en privé. Si d'une part l'État se doit d'éviter d'affecter la pratique religieuse, d'autre part, les pratiques religieuses personnelles n'ont pas leur place dans le domaine public et, dans ce contexte, tout « accommodement » est non seulement inutile mais aussi contraire à la spécificité de la société québécoise.