La commission Bouchard Taylor s'arrête à Saint-Jérôme - Les plus vieux se défoulent
Mots clés : diversité culturelle, accommodements raisonnables, commission Bouchard Taylor, Religion, Personne âgée, Québec (province)
Le Québec apparaît de plus en plus divisé entre ses plus vieux et ses plus jeunes citoyens sur la question des accommodements raisonnables pour des motifs religieux et le problème plus général de l'intégration des immigrants. La coupure générationnelle est devenue bien évidente hier soir pendant le forum populaire organisé à Saint-Jérôme par la commission Bouchard-Taylor.
Encore une fois, le kirpan, le voile et la burka semblaient les symboles les plus honnis des participants, au nom de certains principes. Un homme dans la soixantaine a demandé de «tenir tête aux dirigeants religieux» pour leur dire que la société québécoise demeure laïque. Il a recommandé de conserver les religions «dans les églises, les mosquées, les synagogues».
Une dame âgée a carrément réclamé l'arrêt de la construction des mosquées. «Je propose que le Québec soit seul à choisir son immigration en criant haut et fort qu'au Québec on ne porte pas le voile ou le kirpan», a-t-elle claironné.
Environ 175 personnes ont répondu à l'appel de la commission dans une salle du centre-ville de Saint-Jérôme. La soirée a donné lieu à plusieurs manifestations d'inquiétudes identitaires, certains dérapages sentant carrément l'antisémitisme. «Les juifs sont le tremplin de l'argent national», a martelé une petite dame en rage sans se faire rabrouer par les meneurs des débats.
Trois personnes ont condamné la préparation industrielle de nourriture rituelle pour les juifs (ou les musulmans) orthodoxes, se désolant des suppléments de coûts imposés à tous les consommateurs. «Pourquoi avoir peur d'un petit ghetto juif ou autre», a demandé ensuite un monsieur à longue barbe grise, chahuté par la salle.
Le sociologue Gérard Bouchard avait pourtant débuté la soirée en demeurant aux participants de s'exprimer «dans le respect» des règles démocratiques. Son collègue, le philosophe Charles Taylor, l'appuyait à la tribune pour la première fois depuis le début des travaux. Il était en convalescence depuis deux semaines.
«L'accommodement est le sommet de l'iceberg, a dit d'entrée de jeu le philosophe. Le gros du travail concerne les ajustements afin de rendre possible la vie en commun.» Il a cité le cas des rampes d'accès installées pour faciliter la vie aux handicapés. «Le but, c'est l'inclusion et nous voulons parler des pratiques d'inclusion.»
Un «Afro-québécois» installé dans la région a parlé de sa fierté d'avoir été intégré dans ce pays décrit comme tolérant et pacifique. «Nous sommes très tolérants, mais dans l'espace public il faut vivre comme le reste de cette société», a dit Hady Tezba en déclenchant les applaudissements. Une femme de 24 ans, originaire de Californie, a répété l'observation favorable.
Problèmes particuliers
Saint-Jérôme demeure une ville peu cosmopolite, mais ses environs attirent de plus en plus de personnes d'origines diverses. Les relations avec la petite congrégation juive orthodoxe de Val-Morin pose des problèmes particuliers en ce moment. Sa cause se retrouve en Cour d'appel demain. La communauté établit sur le territoire de la municipalité depuis près de trois décennies veut construire une nouvelle synagogue sur son domaine. Le maire Jacques Brien s'y oppose parce que le site de 4,3 acres se trouve au coeur d'une zone de villégiature habitée essentiellement l'été. Des voisins se plaignent du bruit.
La municipalité a eu gain de cause en première instance. Elle demande à la congrégation de construire ses bâtiments publics dans le quartier approprié. L'avocat des juifs religieux, le célèbre Julius Grey de l'université McGill, plaide que ses clients ont «droit à la liberté de religion». Il avance que le règlement de zonage de la municipalité constitue une atteinte aux droits des membres de la congrégation. Comme les juifs orthodoxes ne pourraient circuler entre leurs chalets et une synagogue construite au centre-ville pendant le sabbat, il réclame donc un accommodement leur permettant de prier et de s'éduquer sur leur domaine.
Le même Julius Grey a défendu jusqu'en Cour suprême le droit d'un jeun canadien d'origine sikh de porter à l'école son kirpan (un poignard sacré). L'affaire avait déclenché un tollé au Québec et contribué à la décision de créer la commission Bouchard-Taylor.
«Toutes les sectes, aussi grandes que celle dirigée par le Vatican, ne doivent rien imposer dans l'espace public», a conclu un participant de Val-Morin, âgé lui aussi, en citant cette affaire.
La commission poursuit ses travaux aujourd'hui avec les audiences. Une quinzaine de mémoires seront déposés et présentés par leurs auteurs. Cinq autres textes seront reçus sans présentation, les experts de la commission les ayant jugés moins originaux ou peu pertinents.
Vos réactions
Laïque, le Québec ? Catholaïque, oui ; islaïque, non - par Denis Beaulé
Le mardi 16 octobre 2007 13:00
Entre homme et femme : l'accommodement est musulman ? - par Denis Beaulé
Le dimanche 14 octobre 2007 11:00
Une religion = un handicap ? ? ? - par Claire Gauthier
Le mardi 25 septembre 2007 20:00
blague à part - par BERNARD LA FEUILLE
Le mardi 25 septembre 2007 19:00
Accommodements déraisonnables - par Dany Pelchat
Le mardi 25 septembre 2007 14:00
Et surtout, ne vous remettez pas en question ! - par Julie Guay
Le mardi 25 septembre 2007 11:00
Et voilà! Le gant a encore été jeté! - par Jean Naimard (jean.naimard@gmail.com)
Le mardi 25 septembre 2007 10:00
Éclairez ma lanterne ! - par Micheline Trépanier
Le mardi 25 septembre 2007 02:00
Julius et le ouï dire... - par Georges-Étienne Cartier (beaurepaire@videotron.ca)
Le mardi 25 septembre 2007 01:00

