Climat: Ban Ki-moon plaide pour un déblocage en vue de Bali
Mots clés : ONU, Ban Ki-moon, gaz à effet de serre, États-Unis (pays)
«Nous ne pouvons plus continuer comme ça», dit le secrétaire général de l'ONU

Photo: Agence Reuters
Cette difficile négociation doit démarrer à Bali en décembre. La conférence doit en principe déterminer le cadre de négociation, soit les objectifs, les sujets et l'échéancier de contrôle des émissions de GES entre 2012 et 2020.
Pour Ban Ki-moon, l'ONU «est le forum approprié pour négocier une entente mondiale», une allusion aux États-Unis qui se prépareraient à diviser la communauté internationale en proposant un autre traité, moins contraignant et dont les règles seraient lesmêmes pour les pays développés et len développement. C'est jeudi et vendredi que le président Bush dévoilera plus clairement ses couleurs alors qu'il recevra à Washington les 15 plus grands émetteurs de GES de la planète, qui à eux seuls représentent 80 % des émissions anthropiques, dont l'Europe, la Chine, l'Inde et le Brésil.
L'Europe appuie l'ONU
L'Europe a appuyé hier fortement les efforts de l'ONU pour poursuivre les réductions de GES planétaires dans une phase 2 du traité de Kyoto. Elle a réitéré sa volonté de réduire ses GES de 20 % par rapport à 1990 d'ici l'année 2020, un pourcentage qu'elle entend hausser à 30 % si la communauté internationale la seconde.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a pour sa part vu des signes encourageants dans les efforts des grands États américains de passer à l'action par des réductions réglementaires sans attendre l'accord de Washington. L'ONU avait d'ailleurs invité le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, à exposer sa vision du dossier climatique. Ce dernier, tout en vantant les efforts des institutions publiques et privées de la Californie, a cependant tenu un discours proche de celui de la Maison-Blanche en déclarant que «Le temps est venu de cesser de regarder en arrière vers le protocole de Kyoto», un appel du pied à créer un tout autre traité sous l'empire de la Convention sur les changements climatiques, comme le souhaite officieusement la Maison Blanche.
Pour le président français, Nicolas Sarkozy, la décision de la communauté internationale ne pas s'engager dans la bataille est tout simplement «criminelle». Il a aussi invité ses homologues à perdre leurs préjugés envers le nucléaire «civil», l'antidote pour traiter ceux «qui veulent, en violation des traités, se doter de l'arme nucléaire».
Un Harper ambigu
De son côté, le premier ministre canadien, Stephen Harper, a continué de jouer la carte de l'ambiguïté en ne plaidant pas pour une phase 2 de Kyoto, mais en plaidant pour garder les négociations à venir sous l'autorité de l'ONU.
Il a d'abord constaté qu'un «consensus se fait jour sur la nécessité d'un nouveau cadre efficace et souple sur les changements climatiques par lequel tous les grands émetteurs mondiaux se fixeraient des objectifs réels et prendraient des mesures concrètes pour réduire les émissions de GES. Un nouveau cadre international doit entre autres stimuler le développement et le déploiement de technologies propres et faibles en carbone».
En après-midi, le premier ministre devait annoncer que le Canada se joindra à l'accord économique Asie-Pacifique, qui comptera sept membres s'il est accepté dans ce cercle qui regroupe à la fois les deux pays parias de Kyoto, les États-Unis et l'Australie, ainsi que quatre pays qui ont ratifié le protocole et qui veulent atteindre ses objectifs par des échanges technologiques plus suivis avec les pays développés. Cet accord regroupe le Japon, la Chine, l'Inde et la Corée, un pays qui vient d'ailleurs d'imposer des réductions de GES à ses entreprises même si le protocole de Kyoto ne l'y oblige pas.
Le premier ministre Harper, qui a ressorti le vieux cliché de «l'équilibre» entre croissance et protection de l'environnement, a conclu de façon sibylline que «le Canada est déterminé à collaborer avec la communauté internationale et les Nations unies afin d'élaborer des cibles et des technologies qui permettront de contrer les changements climatiques».
Le premier ministre a immédiatement été dénoncé par le Réseau Action Climat, qui regroupe plusieurs grands groupes écologistes, pour avoir «failli à sa responsabilité de relever le défi posé par Ban Ki-moon et omis de se prononcer en faveur d'une approche basée sur la science, sur des objectifs de réduction légalement contraignants dans le cadre d'une nouvelle phase du protocole de Kyoto», a déclaré Johanne Witmore de l'Institut Pembina. De son côté, Emilie Moorhouse, du Sierra Club, voyait dans le plaidoyer de Stephen Harper pour un «nouveau» pacte international et non pour le prolongement de Kyoto la preuve «qu'il a laissé tomber les Canadiens et la planète aujourd'hui».
Une jeune Québécoise, Catherine Gauthier, 18 ans, membre d'Environnement Jeunesse, a pour sa part blâmé lapidairement du haut de la prestigieuse tribune onusienne le manque de détermination du gouvernement Harper. «Les cibles canadiennes, a-t-elle dit devant les 80 chefs d'État, ne prévoient pas de résultats concrets avant mes vieux jours, ce qui est pour le moins absurde sachant que les scientifiques nous pressent d'agir sans plus tarder. Nous ne serons simplement pas en mesure [au Canada] de jouer un rôle constructif dans les négociations internationales tant que le plan canadien restera dans son état actuel.»
Un sondage Harris-Decima réalisé pour le compte de Climate for Change, un nouveau groupe canadien, indiquait que 81 % des répondants demandent au gouvernement fédéral de faire tout ce qui est en son pouvoir pour atteindre les objectifs de Kyoto malgré les difficultés. Le sondage révèle en outre que la protection de l'environnement vient en tête des priorités avec un appui de 30 % -- 46 % au Québec! -- alors que la santé recueille 13 % et l'économie 12 %.
«La population ne croit tout simplement pas Stephen Harper quant à son virage vert», a commenté le porte-parole d'Équiterre, Steven Guilbeault.
En Angleterre, un sondage réalisé par la BBC indiquait hier qu'une écrasante majorité au sein de la population mondiale juge «nécessaire» de prendre des «mesures très rapidement» pour contrer le réchauffement du climat. Dans les 21 pays où plus de 22 000 répondants ont été interrogés, 65 % -- y compris en Chine -- estiment qu'il faut adopter des «mesures très significatives très rapidement» et 25 % dans les «années à venir». Seulement 6 % n'en voient pas la nécessité. Seuls trois pays estiment que les pays pauvres devraient être exemptés d'efforts de réduction, soit l'Égypte, le Nigeria et l'Italie. Mais 73 % des répondants pensent que les pays riches doivent aider les plus pauvres dans leurs efforts de réduction et dans les mesures d'adaptation.
Avec AFP, Reuters et AP
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