Le mouvement antijunte s'amplifie en Birmanie

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Reuters , AFP
Édition du mardi 25 septembre 2007

Mots clés : Asie (Région), mouvement antijunte, Birmanie, Religion, Manifestation et émeute, moines bouddhistes

100 000 personnes manifestent leur mécontentement

Les moines ont à nouveau manifesté hier dans les rues de Rangoon.

Photo: Agence Reuters

Rangoun -- Alors que se déroulait une manifestation d'une ampleur sans précédent, regroupant plus de 100 000 personnes dans Rangoun, la junte militaire au pouvoir en Birmanie est sortie hier de son silence pour rappeler à l'ordre les moines bouddhistes, en première ligne de la contestation.

Au moins 10 000 moines ont entamé hier leur sixième jour consécutif de protestation par des prières dans la pagode de Shwedagon, le principal sanctuaire bouddhiste du pays, avant de marcher à travers la première ville du pays. Plusieurs dizaines de milliers d'habitants de Rangoun se sont joints à eux.

Cinq cortèges, dont l'un s'étirant sur plus d'un kilomètre, ont atteint le centre-ville sous les applaudissements de milliers d'habitants. Parmi les pancartes brandies par des manifestants, des slogans appelant à de «meilleures conditions de vie» mais aussi à la «libération des prisonniers politiques» et exprimant le voeu que «le désir du peuple puisse être exaucé».

«Si les moines vont à l'encontre des règles et des règlements d'obéissance aux enseignements bouddhistes, nous prendrons des mesures conformément à la loi existante», a prévenu le général Thura Myint Maung, ministre des Affaires religieuses, dans une déclaration diffusée par la radio d'État. Le ministre a attribué la responsabilité de ces protestations à «des éléments destructeurs qui ne veulent pas de la paix, de la stabilité et du progrès dans notre pays».

Le régime du généralissime Than Shwe qui, habituellement, ne tolère aucune contestation, a jusqu'à présent adopté un profil bas, ne cherchant pas à réprimer le mouvement.

À l'avant-garde

Des moines, en majorité jeunes, sont désormais à l'avant-garde d'un mouvement de protestation déclenché le 19 août par des opposants politiques après une augmentation des prix des carburants et des transports en commun.

Des manifestations ont également été signalées à Mandalay, la deuxième ville du pays où 10 000 moines avaient déjà défilé samedi, et à Bago, juste au nord de Rangoun.

À Sittwe, une ville-côtière du nord-ouest peuplée de 100 000 habitants, des témoins ont déclaré que la mobilisation était telle qu'ils avaient l'impression que la ville entière défilait avec les bonzes.

En fin de journée, un groupe d'environ 800 manifestants s'est arrêté pour prier près d'une barrière gardée par 100 policiers anti-émeutes qui bloquaient l'avenue de l'Université menant à la maison de l'opposante Aung San Suu Kyi, assignée à résidence depuis plus de quatre ans. Les manifestants n'ont pas cherché à passer, ont précisé des témoins.

Des élus

Parmi les manifestants figuraient pour la première fois des membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) élus au parlement en 1990. Le scrutin avait été rejeté par les généraux au pouvoir.

Il y a deux jours, Aung San Suu Kyi, chef de la LND assignée à résidence depuis au moins 2003, a prié devant son domicile avec un millier de moines autorisés par la police à passer devant sa maison.

Le dalaï-lama, leader spirituel tibétain et autorité morale du bouddhisme, a apporté son soutien aux moines et a appelé la junte à ne pas faire usage de la force, dans un message diffusé hier à Paris.

Plusieurs pays ont indiqué qu'ils suivaient de près la situation. Le Canada a demandé à la junte de dialoguer avec l'opposition. Pour sa part, Paris a déclaré que la junte birmane serait «tenue pour responsable» de la sécurité des manifestants. L'Allemagne a exprimé sa «sympathie pour les manifestants pacifiques». La Grande-Bretagne, ex-puissance coloniale de la Birmanie, a appelé Rangoun à s'abstenir de toute répression violente des manifestations et salué la retenue manifestée par les autorités birmanes.

La Maison-Blanche a encouragé le régime à la retenue et au dialogue. De plus, le président George W. Bush annoncera lors de son discours à l'ONU aujourd'hui de nouvelles sanctions contre la Birmanie. «Le président annoncera une interdiction de visas pour des responsables-clés liés aux activités négatives du régime, ainsi que pour leurs familles», a indiqué hier Stephen Hadley, conseiller de la Maison blanche pour la sécurité nationale.

Le chef de l'exécutif américain doit prendre la parole mardi à la tribune de l'assemblée générale de l'ONU.

Les forces de sécurité sont restées discrètes jusqu'ici et aucun incident n'a été signalé hier, mais des rumeurs d'une répression imminente circulent.


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