De «magnifiques bébelles» en clôture du FIL

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Alexandre Cadieux
Édition du lundi 24 septembre 2007

Mots clés : Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent, 13e Festival international de la littérature, Culture, Livre, Québec (province), Montréal

S'il y a une logique dans Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent, la soirée de poésie orchestrée par Loui Maufette, c'est bien celle de la fête et du jeu.

Dès le premier tableau, le ton est donné: des enfants qui s'amusaient avec des balles et des lampes de poches sont chassés par des adultes armés de leurs propres bébelles. Des «bébelles», me direz-vous, les textes de Gauvreau, Ferré, Uguay et tant d'autres que l'on lira en ce soir qui penche? Oui, car ils seront triturés, mordus, lancés en l'air et étalés sans retenue sur la grande table d'une salle à manger devenue salle de bal. De «magnifiques bébelles» célébrées par une vingtaine d'acteurs qui ont voulu les sortir des livres et des cadres vitrés pour leur faire leur fête, et la nôtre en même temps.

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Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent
Idée originale et direction artistique: Loui Maufette. Une production d'Attitude Locomotive présentée à la 5e Salle de la Place des Arts dans le cadre du 13e Festival international de littérature, les 22 et 23 septembre.
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Car s'il y a une logique dans Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent, la soirée de poésie orchestrée par Loui Maufette, c'est bien celle de la fête et du jeu. C'est cette logique du plaisir et de l'immédiateté qui permet les plus étranges juxtapositions sans que jamais le spectateur ne hausse le sourcil devant le foisonnement hétéroclite de la matière textuelle servie ici, de Jim Morrison à Aragon. La seule règle de ce spectacle, présenté en clôture du 13e Festival international de littérature, c'est que les invités prennent leur pied. La preuve que l'entreprise est réussie survient vers le milieu de la représentation, lorsque les spectateurs, fiévreux de participer eux aussi aux festivités, se mettent à applaudir systématiquement chaque numéro.

On ne devine aucun mariage de raison entre les convives de chair et ceux de papiers, tant chaque combinaison mots-voix-gestes semble aller de soi. Chaque prestation est une embrassade, tendre ou violente, émouvante ou drôle à mourir. On pourrait vous parler du réjouissant dialogue entre la voix de Francis Ducharme et le piano d'Yves Morin, sur des airs de Satie. Ou encore de la douce sensualité que diffuse Nathalie Breuer sur le Baise m'encor de Louise Labé. Du plaisir évident des Maxim Gaudette et Steve Laplante qui nous balancent les courants remplis de souffre des mots de Patrice Desbiens et de Jean-Sébastien Larouche. Mais comment vous dire avec quelle simplicité, quel bonheur Patricia Nolin, maligne et légère, nous raconte et nous démonte un fragment de Joyce? Ou comment Ducharme enchaîne, triomphant, un joyau de Gaston Miron (Je t'écris) avec un extrait de La Pornographie des âmes de Dave St-Pierre, dansé en duo avec Clara Furey?

Dans ces moments de grâce, cette fête de la poésie, qui ne se borne pas à la parole mais fait également de la place à la danse et à la musique, revêt tout son caractère éphémère qui nous fait dire: il fallait être là. Malheureusement, les célébrations sont déjà terminées, tout comme le FIL qui se clôturait hier. Espérons que Loui Maufette trouvera d'autres occasions de sortir sa queue-de-pie, son carnet d'adresse et son amour fou des mots. Cet hommage senti à son père Guy, poète et homme de radio, ainsi qu'aux joies et à l'insouciance de l'enfance, aurait bien pu ne jamais se terminer, tant l'appétit des convives-spectateurs était sans fond devant une substance si juteuse et si bien présentée.

Collaborateur du Devoir


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