La contestation des moines bouddhistes rallie de nouveaux alliés en Birmanie

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Reuters , AFP
Édition du lundi 24 septembre 2007

Mots clés : moines, bouddhistes, Birmanie, Religion, Manifestation et émeute, Asie (Région)

Des nonnes et des civils défient à leur tour la junte militaire

Les bonzes, en robes couleur cannelle ou safran, étaient accompagnés pour la première fois par 150 nonnes en robes rose pâle.

Photo: Agence France-Presse

Yangon -- Pour la première fois depuis le début des manifestations en Birmanie, des nonnes bouddhistes ont participé hier à Yangon (ex-Rangoun) à un rassemblement de protestation contre la junte militaire au pouvoir depuis 45 ans. Une centaine d'entre elles ont rejoint deux milliers de moines venus prier dans la pagode de Shwedagon, le principal sanctuaire bouddhiste du pays, avant de former un cortège en direction du centre de l'ancienne capitale birmane.

Il s'agissait de l'un des cinq défilés protestataires regroupant jusqu'à 20 000 personnes, soit la plus forte participation depuis le début des manifestations le 19 août. À Yangon, aucun policier ou soldat en uniforme n'était en vue et il n'y a pas eu d'incidents. Des agents en civil surveillaient le cortège, qui a été applaudi par de nombreux habitants, qui ont formé une chaîne humaine pour le protéger.

L'ambiance était détendue, de nombreux habitants interprétant la brève sortie, la veille, d'Aung San Suu Kyi de la villa où elle vit en résidence surveillée depuis de nombreuses années comme un signe d'assouplissement de la part des généraux birmans. C'était la première apparition publique de la lauréate du prix Nobel de la paix 1991 depuis le début de la mesure de résidence surveillée en mai 2003.

L'icône de l'opposition birmane a ainsi pu franchir les grilles de sa villa pour saluer les moines et prier avec eux pendant une quinzaine de minutes sous l'oeil vigilant de la police. Hier cependant, les barrages de police ont été renforcés devant le domicile de Suu Kyi, où les forces de l'ordre ont refusé le passage à un groupe d'environ 200 moines protestataires.

Devant les manifestations qui se succèdentes, les États-Unis et les pays européens devraient mettre la pression sur la junte birmane à l'Assemblée générale de l'ONU à New York cette semaine. Hier, la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice a dénoncé le régime «brutal» au pouvoir en Birmanie et affirmé suivre de «très près la situation». Les observateurs s'attendent à ce que le président américain George W. Bush, qui doit s'exprimer demain devant l'Assemblée générale, ajoute à la pression.

Les bonzes, à l'avant-garde d'un mouvement de protestation déclenché le 19 août contre la junte au pouvoir, ont participé à une série de manifestations de rue ces derniers jours dans plusieurs villes. Les moines ont invité la population à les rejoindre dans leur «campagne pacifique pour faire tomber la dictature militaire néfaste».

La manifestation de samedi à Mandalay, la plus importante à ce jour, confirme que l'ampleur de la révolte en cours est sans précédent depuis les manifestations pour la démocratie de 1988 qui avaient été écrasée dans le sang par les généraux birmans. «Nous décrétons "ennemi commun" de tous nos citoyens le despotisme militaire qui appauvrit et paupérise les gens de toutes conditions, y compris le clergé», déclare une nouvelle Alliance nationale des moines birmans.

Selon les analystes, ce qui avait commencé comme une fronde de la population contre l'augmentation des prix de l'énergie est en train de se transformer en une révolte puissante contre le régime. Mais la mémoire des quelque 3000 morts de 1988 incite les Birmans à la prudence. La population de Mandalay s'est contentée de regarder les moines défiler.

Les généraux devraient tenir leur traditionnelle réunion trimestrielle dans la nouvelle capitale, Naypyidaw, en pleine jungle, peut-être dès aujourd'hui. Les manifestations de moines devraient figurer en bonne place de leurs délibérations.

Jusqu'à présent, le régime des sanctions, imposé au milieu des années 1990 par l'Union européenne et les États-Unis, s'est révélé inefficace, des pays comme la Chine, l'Inde et la Thaïlande participant aux efforts intenses visant à exploiter les ressources, notamment gazières, de la Birmanie.


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