La douceur des 16 ans

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 septembre 2007

Mots clés : Geneviève Jeanson, EPO, Sport, Dopage, Québec (province)

Seize ans. Geneviève Jeanson avait à peine 16 ans lorsque les premières doses d'érythropoïétine (EPO) ont coulé dans ses veines de cycliste. Droguée? Portée surtout par ce mystérieux et insatiable appétit pour la victoire. Et tristement pilotée par des figures qui ont profité d'une dualité étrange: la force extraordinaire qui guide les athlètes et la vulnérabilité innocente de l'adolescence.

Impossible de rester de marbre devant l'évolution du reportage-choc mené par le journaliste d'Enquête, Alain Gravel, et diffusé jeudi soir. Sacrée reine du vélo au Québec, puis soupçonnée pendant des années de traverser les fils d'arrivée sous l'influence d'une adrénaline artificielle, Mme Jeanson, sous l'oeil de la caméra, défonce une épaisse cloison de mensonges. Après dix ans de demi-vérités, de négations et de faussetés, la collision est brutale.

«Je n'ai jamais touché à de l'EPO de ma vie», affirmait la femme de 26 ans avec un aplomb déconcertant, visiblement exaspérée par l'opprobre dont elle était couverte depuis si longtemps. Quelques semaines plus tard, confrontée à une de ses propres contradictions, elle craque: «J'en ai pris.» Depuis la douceur de ses 16 ans. «Presque à l'année longue.»

Ce n'est que quelques instants plus tard que la caméra transmet l'émotion la plus douloureuse lorsqu'elle avoue, brisée: «Ce qui me fait le plus mal, c'est d'avoir menti au monde qui me croyait.»

Le cercle de ceux qui adhéraient encore à la version Jeanson s'était radicalement rétréci au fil du temps. Tout comme a fondu la confiance portée à ce sport de compétition, tant il est sali par les scandales à saveur de dopage. Dernier en lice: l'Américain déchu Floyd Landis, qui, un an après un contrôle positif à la testostérone, était reconnu coupable de dopage jeudi. Son feuilleton, qui reprend avec une similitude étonnante le parcours de Geneviève Jeanson, lui vaut de perdre son titre au Tour de France 2006.

Au-delà des aveux et de l'extraordinaire parcours d'une enfant plongée dans le mensonge, ce qui heurte le plus violemment dans ce récit est sans doute l'évidence la plus simple: qu'une athlète aussi physiquement entraînée soit victime de sa tête davantage que de son corps. Ce bête constat renvoie brutalement à la responsabilité des adultes qui entouraient l'adolescente au moment où décision fut prise de gagner en frondant la nature.

La deuxième tranche du reportage risque à cet égard d'être éclairante: on nous promet de braquer les projecteurs sur le personnage d'André Aubut, qui composait avec Mme Jeanson un ténébreux couple entraîneur-entraîné. Le sport d'élite est un milieu extraordinaire, réservé à des personnalités d'exception, tant du côté des athlètes que de celui de leurs maîtres à penser.

On voit maintenant à quel point la fusion de ces caractères uniques conduit à briser des destins. Hors de ce cercle vicieux, Geneviève Jeanson peut maintenant rouler le fil de sa vie hors du factice et retourner à la quiétude d'avant ses 16 ans.

machouinard@ledevoir.com


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A vouloir trop gagner... - par Irène saint-pierre
Le lundi 24 septembre 2007 10:00

L'absence des inconnus ! - par Raymond Vaillancourt (raymondvail@videotron.ca)
Le samedi 22 septembre 2007 15:00

Inévitable - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le samedi 22 septembre 2007 08:00

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