Diversité culturelle et religieuse - Des écoles « accommodantes »

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Brigitte Saint-Pierre
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 septembre 2007

Mots clés : enseignement, écoles privées, diversité culturelle, Religion, École, Québec (province)

Des élèves de différentes cultures et religions fréquentent les établissements privés catholiques

Certains établissements accueillent de jeunes musulmanes portant le voile. D'autres adaptent à leur demande des repas offerts à des pensionnaires. Le règlement d'au moins une école, toutefois, interdit toujours le port d'un couvre-chef, y compris un voile. Par ailleurs, dans plusieurs établissements, tous les élèves -- quelles que soient leurs croyances -- suivent actuellement le cours d'enseignement moral et religieux catholique.

La directrice d'un collège montréalais fondé par des religieuses dit, avec une pointe d'humour, ne pas voir pourquoi les jeunes musulmanes ne pourraient pas porter le voile alors que les soeurs en avaient un, raconte le président de la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP), Jean-Marc Saint-Jacques.

Au moins deux écoles du réseau fondées par des religieuses accueillent des élèves musulmanes portant le voile, indique-t-il. L'une d'entre elles est le collège Villa Maria, à Montréal. La directrice de cet établissement pour jeunes filles, soeur Arlita Matte, mentionne que c'est le cas depuis plusieurs années. Les élèves musulmanes portant le voile y sont toutefois peu nombreuses. Selon les années, leur nombre peut varier de quatre à huit environ, sur un total de quelque 1160 élèves pour les secteurs francophone et anglophone du collège.

Une école aux 80 nationalités

Des élèves d'environ 80 nationalités, de différentes religions ou croyances religieuses, fréquentent cet établissement. À l'heure actuelle, elles suivent toutes le cours d'enseignement moral et religieux catholique. «Les enseignants tiennent compte de la diversité des croyances», mentionne soeur Matte. «Même si une élève a étudié un passage de la Bible, on ne lui demande pas d'adhérer à ce passage-là. Des fois, on peut faire la comparaison avec le Coran ou avec la Torah», ajoute-t-elle.

Le collège a aménagé, dans une salle de pastorale, un coin de prière avec des symboles de différentes religions, indique-t-elle par ailleurs. Dans le secteur anglophone de Villa Maria, une célébration interfoi a lieu tous les deux ans, en alternance avec une célébration interculturelle.

Ouverture aux demandes d'accommodement

Des élèves de différentes cultures et religions fréquentent également le Collège de Montréal. Diverses communautés sont aussi représentées au sein du personnel, et l'établissement accueillera bientôt une stagiaire en enseignement portant le voile islamique, mentionne Jacques Giguère, directeur général du Collège de Montréal. Pour le moment, aucune élève du collège ne le porte. Des élèves juifs portent par ailleurs une kippa.

«Il y a deux ans, on a beaucoup réfléchi sur cette question du port de signes religieux distinctifs et on a décidé d'avoir une ouverture aux demandes, avec un code restrictif uniquement en ce qui concerne les couleurs. Si, par exemple, une jeune fille voulait porter un voile islamique, la couleur du voile devrait s'apparenter à celles de l'uniforme», indique

M. Giguère. Le collège n'autoriserait toutefois pas le port de la burqa. «Notre exigence est qu'en tout temps, le visage soit découvert pour qu'on puisse reconnaître la personne», explique le directeur général.

Contact avec la tradition catholique

Le Collège Jean-Eudes, à Montréal, accueille aussi des jeunes de différentes cultures et religions. Comme à Villa Maria et au Collège de Montréal, tous les élèves de l'établissement suivent actuellement un cours d'enseignement moral et religieux catholique. «Les parents qui inscrivent leur enfant au collège acceptent qu'il soit mis en contact avec la tradition catholique, qui fait partie du projet éducatif du collège», dit Louis Laliberté, directeur général du Collège Jean-Eudes.

«À la différence d'un établissement public, nous offrons un produit que les parents sont libres de choisir ou non», mentionne-t-il également.

Des élèves portent-elles le voile? «Il y a un uniforme au Collège Jean-Eudes et, dans le cadre de la tenue vestimentaire obligatoire au collège, aucun couvre-chef n'est autorisé», répond M. Laliberté. Il y a quelques années, une élève avait demandé l'autorisation de porter le voile, mais la situation ne s'est pas reproduite depuis, indique le directeur général.

Avis de la Commission des droits de la personne

En 1995, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse avait statué que les écoles publiques ne pouvaient interdire l'accès à leurs services à des élèves portant le voile pour des raisons religieuses.

En 2003, une élève du Collège Charlemagne, une école privée de Pierrefonds, est expulsée de l'établissement parce qu'elle refuse d'enlever son hidjab. Ses parents portent plainte à la Commission des droits de la personne. Une entente étant survenue entre les parties, la commission n'a pas eu à prendre une décision dans cette affaire.

En 2005, la commission émet néanmoins un avis sur la portée et les limites de l'obligation d'accommodement raisonnable en matière religieuse, en particulier en ce qui concerne les écoles privées. Dans un texte résumant cet avis, publié dans Le Devoir en juin 2005, le président de la commission, Pierre Marois, mentionne que, à «moins de pouvoir démontrer que leur caractère religieux (par exemple) exige nécessairement et objectivement certaines exclusions ou préférences, les établissements d'enseignement privés sont eux aussi tenus d'accommoder les personnes ayant des besoins particuliers, y compris des besoins d'ordre religieux».

À la lumière de cet avis de la commission et de ceux de juristes consultés, le président de la FEEP mentionne que les établissements privés confessionnels accueillant des élèves d'autres religions doivent les accommoder en cas de demandes raisonnables et ainsi autoriser le port du voile.

Le directeur général du Collège Jean-Eudes fait toutefois valoir qu'il s'agit d'un avis de la commission et qu'il n'y a pas eu de jugement du Tribunal des droits de la personne

à cet égard.

Le président de la FEEP affirme que l'avis de la commission n'a pas créé «de tollé dans les établissements». «Au contraire, ça a clarifié une situation», dit M. Saint-Jacques, également directeur général du collège Bourget à Rigaud.

Régime alimentaire et activités confessionnelles

Le collège Bourget accueille des pensionnaires musulmans et adapte son menu en conséquence. Durant le ramadan, il prépare aussi des lunchs pour qu'ils puissent les manger avant le lever du soleil.

Le collège a déjà reçu une demande d'exemption du cours d'enseignement moral et religieux catholique. Les parents «craignaient qu'on amène leur enfant à devenir catholique. Ce n'était pas du tout le contenu du cours», indique M. Saint-Jacques. Quand les parents en ont pris connaissance, ils ont changé d'idée, ajoute-t-il.

M. Saint-Jacques mentionne en outre que, à compter de l'an prochain, tous les établissements du réseau donneront le nouveau cours d'éthique et de culture religieuse mis au point par le ministère de l'Éducation. «Les établissements qui souhaitent garder une dimension confessionnelle dans l'enseignement vont rajouter des périodes ou des modules en dehors de ce cours-là», dit le président de la FEEP. Des écoles affiliées à la fédération offrent par ailleurs des activités parascolaires de pastorale et notamment des réflexions sur le sens de fêtes religieuses catholiques.

«À ma surprise, souvent les parents dont les enfants arrivent de l'extérieur souhaitent avoir [ce genre d'activités] pour comprendre dans quelle société ils évoluent», mentionne M. Saint-Jacques.

Collaboratrice du Devoir


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