Tour du Québec - Des écoles moulées aux couleurs régionales
Mots clés : enseignement, écoles privées, régions, Éducation, École, Québec (province)
« Nous sommes une école à dimension humaine »
Les écoles privées situées en région s'inscrivent au coeur du développement social et économique de leur communauté respective. Engagés, débrouillards et convaincus d'être d'une grande utilité à titre de solution de rechange au réseau d'enseignement public, ces établissements d'enseignement font preuve d'originalité sinon d'audace pour se démarquer. Modeste tour de piste d'un réseau dont la réalité et le modus operandi peuvent parfois surprendre.«C'est surtout en région où l'on retrouvent des résidences et des pensionnats. Pour des raisons de baisses démographiques et de difficultés économiques, c'est aussi en région où l'on constate des situations plus difficiles pour certains de nos membres; et les droits de scolarité y sont parfois moins élevés», relate M. Servant. Il ajoute aussi que, si le «financement public demeure là où il est en ce moment, soit à 60 %, je pense que nos établissements vont survivre». Mais si ce taux devait être revu à la baisse, «il est évident que ce sont nos établissements situés en région qui seraient le plus cruellement touchés».
Saguenay-Lac-Saint-Jean
Vérification faite. «Je vous dirais en toute franchise que si on n'avait pas l'aide des frères de l'Instruction chrétienne, si on n'avait pas la communauté locale dernière nous, en plus du fait que la direction et les professeurs donnent à notre école une partie de leur salaire, on ne pourrait pas survivre», avoue Marc Tremblay, directeur général du Juvénat Saint-Jean, situé à Dolbeau-Mistassini.
Cette école secondaire compte 15 professeurs qui enseignent à 151 élèves répartis en six classes. Elle offre les options hockey-études, danse-études ainsi qu'un programme de langues. Sa fréquentation au cours des dernières années évolue en dents de scie, étant passée de 152 élèves en 2003 à 188 élèves en 2005, pour redescendre à 145 élèves l'année dernière. Les droits de scolarité de base sont de 2300 dollars. À cela s'ajoutent les frais de transport scolaire. «Nous avons un vaste territoire à couvrir, ça va de Roberval, d'un côté, à Saint-Augustin, de l'autre. Donc, notre service de transport scolaire parcourt 600 kilomètres pour aller chercher nos élèves.». Et le prix? «Ça coûte 1300 dollars par année pour quelqu'un qui part de Roberval.»
«On est une petite école, certes, ajoute M. Tremblay, mais on performe assez bien sur le plan éducatif et pédagogique. Nos inscriptions vont relativement bien, on est sur une bonne lancée. En réalité, c'est une histoire de coeur par ici.»
Lanaudière
À l'autre bout du spectre, au sud de la région de Lanaudière, le Collège de L'Assomption, fondé en 1832, qui n'a pas besoin de présentation, compte 1338 élèves et 39 classes de niveau secondaire. «Notre collège existe depuis 175 ans, les racines dans la communauté sont profondes. Il y a ici un sentiment d'appartenance qui est très grand, raconte son directeur général, Pierre Carle. D'autant qu'on est un moteur économique de la ville de L'Assomption. Par exemple, nous avons établi un centre régional d'archives.»
À cette école, l'élève inscrit à la fois au programme d'études commun à tous les élèves ainsi qu'au programme d'éducation internationale déboursera 2865 dollars en droits de scolarité pour une année scolaire. «Notre clientèle, poursuit le directeur, est tricotée serré. On ne peut pas dire la même chose à Montréal.»
Côte-Nord
L'expression «tricoté serré» peut aussi très bien coller à la réalité de l'école secondaire Jean-Paul II, située à Baie-Comeau. Fondé en 1986, cet établissement «est né d'une volonté et d'une prise en main du milieu», relate sa directrice, Dorsay Talaï.
«Nos inscriptions sont à la hausse au cours des dernières années, alors qu'on observe un recul de ce côté-là dans le système public de la région. Mais cette question demeure un enjeu de taille pour nous, parce qu'il y a encore des gens à Baie-Comeau qui ne savent pas qu'on existe», précise-t-elle. Cette année, 254 élèves fréquentent cette école, qui offre un programme sports-études. Sur une base annuelle, entre 55 et 58 élèves sont admis en première secondaire sur les quelque 70 élèves qui se présentent aux examens d'admission.
Les droits de scolarité de base s'élèvent à 2495 dollars. «C'est une somme qui se situe dans la moyenne des établissements privés, mais qui, en revanche, peut représenter une difficulté pour certaines familles de la région». Est-ce à dire que ces droits peuvent, à terme, représenter un obstacle à la fréquentation? «Je ne vois pas cela comme un obstacle. D'ailleurs, nous offrons aux familles moins fortunées un plan de financement. Je pense que les gens voient ces dépenses comme un investissement pour leur enfant.»
Il faut faire preuve «d'une volonté de fer», ajoute Mme Talaï, pour maintenir ouverte une école en région. «Nous n'avons pas le filet de sécurité dont profite une commission scolaire. Et je dis toujours à nos enseignants que l'école doit être vue comme une entreprise. Je leur dis qu'ils sont des actionnaires de cette école et qu'ils doivent, à ce titre, faire en sorte qu'elle fonctionne.»
Chaudière-Appalaches
En Beauce, impossible d'éviter l'école Jésus-Marie-de-Beauceville. «Nous sommes la seule école privée de la région», souligne Monique Lambert, sa directrice générale. Donc, pas de concurrence? «Oui et non. Je vous dirais que notre concurrence, c'est la commission scolaire de la région». L'école de Mme Lambert est fréquentée par 424 élèves, une hausse par rapport à l'année 2003-2004, alors fréquentée par 418 élèves. «Nous sommes fiers de cette hausse d'inscriptions, qui s'explique par les efforts qu'on y consent. D'autant que la région connaît dans son ensemble une baisse démographique.»
Cet établissement de niveau secondaire n'offre pas de programme particulier, sinon «des cours de musique, d'art, d'activité physique et beaucoup d'activités parascolaires». Elle compte 15 classes et un corps professoral de 27 personnes. Les droits de scolarité sont de 1395 dollars, ce qui comprend le service de transport scolaire. Et, tout comme ailleurs en région, les distances sont grandes. «Vous savez, on va chercher nos élèves dans 24 paroisses différentes!» Reste que les droits de scolarité sont relativement abordables, à comparer à l'ensemble du réseau d'enseignement privé. «Nous avons fait le choix d'offrir un programme à prix abordable pour attirer la clientèle. Mais ce choix ne va pas sans concession», admet Monique Lambert.
Et s'il est un défi qui se pose durablement sur le chemin de l'école Jésus-Marie-de-Beauceville, c'est celui du recrutement des enseignants. «De ce côté-là, c'est moins évident que dans les grands centres. Heureusement que, pour l'instant, j'ai un bon personnel stable, mais quand il s'agit de recruter, la distance devient un facteur à considérer».
Bas-Saint-Laurent
Plus à l'est, le collège Sainte-Anne-de-la-Pocatière compte sur un corps professoral de 44 personnes pour enseigner à 636 élèves de niveau secondaire répartis en 21 classes. Une année scolaire coûte 1705 dollars. À cette somme s'ajoutent des frais de transport de 200 dollars. Ce collège comprend également un pensionnat «où logent une centaine d'étudiantes et étudiants», insiste le directeur général, Richard Bernier.
Et d'insister sur plusieurs points, le directeur Bernier le fera tout au long de l'entretien téléphonique. «Nos inscriptions sont à la hausse depuis trois ans, alors que la situation à cet égard est dramatique dans les écoles publiques de la région.» Vous avancez contre vents et marées, donc? «Oui, en effet. Mais je vous dirais aussi que 180 ans d'existence est une force à ne pas négliger. En fait, un collège privé comme le nôtre doit être considéré comme une solution de rechange au système d'éducation public. Nous avons l'obligation d'offrir une couleur différente, des services distinctifs si on veut se démarquer; c'est le prix à payer.»
Et pas question de trier les élèves sur le volet au collège Sainte-Anne-de-la-Pocatière, insiste encore le directeur Bernier, dont la passion pour son métier est manifeste. «Une école privée en région se bat contre plusieurs mythes», dit-il. Alors, allez-y. «Nous, nous ne faisons aucune sélection de clientèle. Un enfant qui a le goût d'étudier et qui a réussi ses études primaires est admis chez nous. J'ai des enfants qui ont des difficultés d'apprentissage, des enfants dyslexiques, des enfants en difficulté sociale, etc.»
«Écoutez, poursuit M. Bernier, c'est ce qui explique que j'ai un orthopédagogue, un psychologue et un conseiller en orientation qui travaillent tous à plein temps. En plus, j'ai 11 animateurs de vie étudiante, 34 personnes de soutien, 44 enseignants. En tout, j'ai 97 personnes qui s'échinent et s'affairent à offrir une qualité de vie aux enfants. C'est tout de même un personnel important [en nombre]. Et nous avons une bâtisse qui est ouverte et disponible 24 heures par jour, sept jours par semaine, 365 jours par année! C'est un bâtiment important pour la communauté [sur les plans économique et social]».
Et les droits de scolarité? «Je ne veux pas jouer avec les chiffres, mais on a calculé que 1705 dollars par année revient à payer 9,50 $ par jour; c'est à peu près le coût d'une garderie. Et, en plus de cela, souligne M. Bernier, 40 % de nos jeunes ont accès à des bourses d'études par le biais de l'oeuvre Saint-Charles, une initiative de nos anciens religieux.» Cette fondation offre sur une base annuelle environ 150 000 $ en bourses aux parents pour que leur enfant puisse fréquenter l'école. «Nous sommes une école à dimension humaine», conclut-il.
Collaborateur du Devoir
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