Dion fait son mea-culpa
Mots clés : Stéphane Dion, Parti libéral du Canada, Élection, Parti politique, Canada (Pays)
Le chef libéral «nouvelle version» entend faire découvrir sa vraie personnalité
Stéphane Dion fait son mea-culpa. Le chef du Parti libéral du Canada (PLC) a reconnu hier qu'il devra changer son approche pour convaincre les Québécois qu'il n'est pas celui que la population perçoit. Le Stéphane Dion nouvelle version parlera donc davantage de lui, souhaitant apparaître «comme un chef, pas comme un ministre».S'il a durement attaqué la politique étrangère («médiocre», «rigide, simpliste et incompétente») du gouvernement Harper durant son allocution, c'est toutefois à des questions plus personnelles concernant son leadership que Stéphane Dion a dû répondre, plus tard en point de presse.
C'est que mercredi soir, au Téléjournal de Radio-Canada, M. Dion s'était repenti des erreurs qu'il a commises depuis qu'il est chef du PLC, lors d'une entrevue qu'il a qualifiée d'inédite dans sa carrière. «Je ne me suis jamais mis à nu comme ça... J'ai toujours voulu concentrer [l'attention des gens] sur les dossiers. Je n'ai jamais mis ma personne [à l'avant-plan]. Mais là je me rends compte qu'il faut que je le fasse.»
Reconnaissant qu'il souffre d'une image négative au Québec -- alors qu'il estime être un réel défenseur des Québécois --, M. Dion a indiqué être victime non pas de ses idées, mais plutôt «de la caricature de [ses] idées». Et pour tenter de régler le problème, il croit qu'il doit mieux montrer qui est l'homme derrière le politicien. «On va faire le débat sur Stéphane Dion. Qui je suis et ce que je fais. Ma principale erreur, c'est d'avoir hésité à me mettre au-devant du débat.»
Devant la presse, hier, Stéphane Dion a réitéré son message: c'est en grande partie sa faute si les résultats de lundi ont été aussi décevants pour les libéraux. Il prend acte du jugement des Québécois, et reconnaît que le courant ne passe pas entre la population et lui. «Je dois me battre contre une caricature de moi-même, qui est plus dans l'esprit des gens que la personne que je suis», a-t-il répété.
«Les gens nous respectent maintenant sur le terrain. On a le respect, l'écoute, mais pas encore les appuis. Il y a une étape additionnelle à franchir [pour gagner des appuis]. Pour le faire, il est important que les gens comprennent ce que le chef du parti veut faire, comment il se voit comme Québécois, quel respect il a pour les institutions québécoise...»
Le «vrai» Stéphane Dion se montrera plus personnel, dit-il sans donner trop de détails. «Derrière ce que je dis, il faut voir ce qui m'anime. C'est normal: on veut connaître beaucoup plus le premier ministre qu'on veut connaître un ministre. Je suis une personne plutôt discrète; j'aime parler des choses et pas forcément de moi. Mais il faut aussi voir l'âme, la personne qui est animée derrière ça.»
Coderre applaudit
La sortie de M. Dion a été qualifiée de «geste exceptionnel», d'acte «d'humilité et d'audace» par le député de Bourassa, Denis Coderre, présent à la conférence du CORIM. M. Coderre estime notamment que Stéphane Dion est victime des «dommages collatéraux» de sa gestion du dossier constitutionnel.
Des rumeurs couraient d'ailleurs hier, indiquant que M. Coderre pourrait devenir le lieutenant de M. Dion au Québec, en remplacement de Marcel Proulx, député de Hull-Aylmer. Celui qui a soutenu Michael Ignatieff lors de la course à la direction du PLC a laissé entendre que la performance de M. Proulx comme lieutenant sera évaluée dans un nécessaire post-mortem général.
«La beauté d'un post-mortem, c'est que ça doit être entre nous», a-t-il dit en mentionnant que l'objectif ne sera pas de pointer quiconque du doigt, mais de comprendre «ce qui s'est passé lundi». «Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable», croit M. Coderre, mais il faut aussi «garder son gaz égal».
Selon le député, le problème des libéraux n'est pas tant le chef que le message. Une situation qui peut se corriger, dit-il. «On peut "pogner" [auprès des Québécois]. Ce n'est pas un problème de "pognage". Mais peut-être qu'il y a une autre poignée qu'il faut prendre, par exemple.»
Le problème des libéraux au Québec inquiète les troupes. Hier, dans une lettre ouverte publiée dans La Presse , l'ancien directeur général du PLC au Québec, Hervé Rivet, exprimait ainsi que les «résultats désastreux» du PLC «démontrent à quel point il se creuse un inquiétant fossé entre l'électorat québécois contemporain et ce parti».
«Plus que jamais, la formation de Stéphane Dion semble déconnectée de la réalité politique québécoise», écrit M. Rivet, notamment à cause d'une «insensibilité par rapport à la question de la place du Québec au sein du Canada» et d'un manque de clarté concernant la question de l'identité québécoise.
Harper ciblé
Dans son discours prononcé hier midi, Stéphane Dion s'est montré cinglant à l'égard du gouvernement Harper. Selon le chef libéral, la politique étrangère des conservateurs relève carrément de «l'amateurisme». Concernant la gestion de la mission canadienne en Afghanistan, M. Dion évoque un «cortège d'erreurs»: le scandale des prisonniers torturés, les problèmes d'acheminement de l'aide canadienne, le flou concernant la fin de la mission...
Pour Stéphane Dion, le premier ministre «impose au Canada une politique étrangère inspirée de la droite américaine qui sert mal les intérêts» du pays. Il décèle dans la manière de gérer le dossier afghan «le même unilatéralisme dans l'action» que chez George W. Bush. «Les États-Unis sont un allié pour le Canada, a lancé M. Dion. Ils ne doivent pas pour autant être un modèle.»
Sous un gouvernement libéral, M. Dion affirme que la «politique de défense [serait] guidée par la politique étrangère, et non l'inverse». Les grandes orientations seraient tournées «en faveur de la paix, d'une économie ouverte et du multilatéralisme», promet-il.
Entre autres priorités de politique étrangère, M. Dion a cité le retour du Canada dans le giron du protocole de Kyoto, la lutte pour l'accès à l'eau douce, le refus clair de participer au bouclier antimissile et la protection de la souveraineté de l'Arctique. Concernant l'Afghanistan, il a répété que l'actuelle mission de combat doit absolument prendre fin en février 2009, après quoi les soldats canadiens pourraient rester en place pour offrir de l'aide et partager leur expertise... mais sans combattre.
Vos réactions
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