Le scénario électoral renaît à Ottawa
Mots clés : Bloc québécois, Parti libéral du Canada, Parti politique, Élection, Canada (Pays)
Ce n'est pas le temps de discuter du leadership de Dion, disent les libéraux
Ottawa -- La déconfiture du Parti libéral du Canada (PLC) et, dans une moindre mesure, celle du Bloc québécois au scrutin de lundi soir n'auront pas eu pour effet de refroidir les ardeurs électorales des partis d'opposition à Ottawa. Au contraire, les députés des deux partis sont désormais moins enclins à vouloir maintenir en vie le gouvernement minoritaire de Stephen Harper cet automne, lorsque son discours du Trône sera lu puis soumis à un vote de confiance.Pour le Parti libéral, la défaite de lundi soir dans Outremont et les résultats marginaux dans les deux autres circonscriptions sont des malheurs qui n'arrivent d'ailleurs pas seuls. Le Devoir a en effet appris que Robert Asselin, un conseiller politique chevronné de Stéphane Dion et un des seuls Québécois de son entourage, a démissionné la semaine dernière, frustré du refus du parti de s'adapter à la réalité québécoise.
Le vote sur le discours du Trône constituera l'événement marquant de la rentrée parlementaire cet automne.
Stephen Harper a besoin de l'appui d'au moins un parti d'opposition pour rester en selle. Seulement voilà, le NPD, qui réclame le retrait immédiat des troupes canadiennes en Afghanistan, ne le lui accordera pas. Le Bloc québécois semble de moins en moins enclin à le faire, tout comme les libéraux.
«Il ne faut pas être mus par une crainte électorale», a fait valoir hier le député libéral de Bourassa, Denis Coderre. «À un moment donné, il faut faire preuve de principes.» Son collègue, Massimo Pacetti, partage le même avis. «La décision d'avoir ou non une élection devra découler de principes et pas de notre degré de préparation électorale», ajoutant qu'un parti n'est «jamais prêt» à aller aux urnes. Bernard Patry va même plus loin en affirmant que «l'Opposition officielle doit voter contre un discours du Trône».
Au Bloc québécois, la soirée de lundi semble avoir prouvé à l'état-major du parti souverainiste la nécessité de se démarquer du gouvernement conservateur. Au Réseau de l'information hier matin, le chef du Bloc, Gilles Duceppe, a même poussé la menace de confrontation à un sommet en affirmant que les chances que son parti appuie le discours du Trône sont «très faibles».
À l'intérieur de la machine bloquiste, ils sont de plus en plus nombreux à penser que le parti a assez appuyé les conservateurs et qu'il doit maintenant revenir à une opposition plus agressive. En entrevue avec Le Devoir, Mario Laframboise, député et organisateur électoral, a affirmé que le résultat des élections partielles ne refroidit «pas du tout» le Bloc en vue du discours du Trône. «On va tenir notre bout. On a des exigences et je ne vois pas comment elles pourraient changer», dit-il.
Quant au chef du NPD Jack Layton, ragaillardi par sa victoire dans Outremont, pas question de sauver le gouvernement conservateur. «Il faudrait un changement de direction d'une profondeur qu'on ne peut imaginer de la part de Stephen Harper pour qu'on vote avec lui», dit-il.
La table est donc mise pour une partie de bras de fer dès le retour de la Chambre des communes, le 16 octobre prochain. Les conservateurs comptent maintenant 126 députés (plus l'indépendant Bill Casey, qui leur est favorable), les libéraux, 95 (plus le président de la Chambre, sans droit de vote), le Bloc québécois, 49, le NPD, 30. Il y a aussi deux indépendants au Québec et quatre sièges laissés vacants par des libéraux ailleurs au pays.
Dion reste le chef
Le chef du Parti libéral a par ailleurs tenu à préciser qu'il restait bien en selle, lors de son passage à Crosby (Ontario), hier. Les résultats de lundi, a-t-il indiqué, reflètent les difficultés «bien connues» des libéraux au Québec, mais ils n'indiquent pas une crise de leadership, a-t-il insisté.
Les députés libéraux du Québec ont d'ailleurs été unanimes à dire que le temps n'était pas opportun pour songer à remplacer M. Dion. «En aucun temps il ne faut remettre en question le leadership de Stéphane», a d'entrée de jeu indiqué M. Coderre, pourtant un partisan de Michael Ignatieff lors de la course à la direction. «Stéphane sera candidat aux prochaines élections comme chef et on va s'assurer que, dans les moments d'adversité, tout le monde se tient ensemble.»
Denis Coderre a rappelé à plusieurs reprises l'époque de John Turner, puis celle du tandem ennemi Jean Chrétien-Paul Martin et l'atmosphère empoisonnée qui régnait au sein du parti. Bernard Patry, qui appuyait Gerard Kennedy, assure pour sa part que son chef n'est pas menacé de l'intérieur.
Les députés ne tiennent pas pour autant des propos joviaux. Ils prennent acte de l'incapacité de leur formation à plaire à l'électorat francophone québécois. «Le travail à faire est colossal», se désole Pablo Rodriguez. Il faudra, dit-il, parler davantage de sujets qui touchent les régions, par exemple la diversification de l'économie. Bernard Patry abonde. Un thème plus intellectuel comme la présence canadienne en Afghanistan «n'est pas un enjeu électoral pour le moment», dit celui qui a fait du porte-à-porte à Outremont.
D'ailleurs, s'ils ne veulent pas grenouiller contre Stéphane Dion, certains ne se gênent pas pour souligner les faiblesses de leur chef. «C'est quelqu'un qui n'écoute pas beaucoup», fait valoir un élu qui refuse d'être cité. Une autre personne qui demande à rester dans l'ombre ajoute que «c'est un chef qui fait toujours à sa tête», ce qui pose problème, «surtout quand on n'a pas beaucoup d'instinct politique» comme lui.
Un Québécois de moins
Ces inconforts expliqueraient, selon nos informations, le départ du conseiller Robert Asselin la semaine dernière. M. Asselin, un des rares dans l'entourage de M. Dion à parler français, s'était donné pour mission de rétablir des liens entre le parti et le Québec francophone. M. Asselin aurait décidé de quitter le chef libéral par insatisfaction, parce que le PLC «est en train de devenir un parti de plus en plus ontarien» où les Québécois ont perdu de leur influence, selon nos sources. Ces Ontariens croiraient à tort que seul le scandale des commandites explique les déboires du PLC au Québec.
«M. Dion refuse de se défaire de l'armature de la clarté [référendaire]», explique une source. Pour Denis Coderre, la passion entourant le débat sur les accommodements raisonnables au Québec est la preuve que les Québécois se sentent interpellés par les questions identitaires. «Il faut que le parti redevienne aussi le parti des Canadiens-français. [...] Il faut trouver une façon d'atteindre les gens pour qu'ils voient en nous un parti qui leur ressemble.»
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Avec la Presse canadienne
Vos réactions
@M. Archambault - par Jean-François Picard
Le mercredi 19 septembre 2007 14:00
Quels principes? C'est juste un putsch - par Pierre-Yves Pau
Le mercredi 19 septembre 2007 13:00
@Claude Archambault - par jacques noel
Le mercredi 19 septembre 2007 12:00
À Monsieur Archambault - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mercredi 19 septembre 2007 12:00
@ Berger - par Gilles Bousquet
Le mercredi 19 septembre 2007 11:00
@M. Archambault - par Gilles Bousquet
Le mercredi 19 septembre 2007 11:00
@ M Lefebvre - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le mercredi 19 septembre 2007 11:00
Retrouver des principes - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mercredi 19 septembre 2007 09:00
@ M. Noel - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le mercredi 19 septembre 2007 09:00
Les libéraux ne comprennent pas les québécois - par Pierre-S Lefebvre
Le mercredi 19 septembre 2007 09:00
Le hautain - par Gilles Bousquet
Le mercredi 19 septembre 2007 07:00
La "fortitude" de Stéphane Dion - par jacques noel
Le mercredi 19 septembre 2007 06:00

