Petite révolution au Musée d'art contemporain
Mots clés : Liza Frulla, Musée d'art contemporain, Musée, Montréal
Sa fondation se dissout pour mieux renaître
Tous les membres du conseil d'administration, de la Fondation du Musée d'art contemporain de Montréal (MACM), y compris la présidente Liza Frulla, ont remis leur démission hier soir lors d'une séance extraordinaire.«La fondation est en train de se réorganiser, à la suite d'une restructuration pour laquelle le conseil d'administration a voté, pour moderniser notre façon de travailler», explique le directeur général du MACM, Marc Mayer, qui dit rejoindre ainsi la façon de faire de tous les autres grands musées québécois.
Par le hara-kiri de sa fondation, l'établissement de la rue Sainte-Catherine entend rapatrier certaines responsabilités jusqu'ici dévolues à cette dernière. Une réorganisation qui s'inscrit dans un contexte de concurrence de plus en plus féroce pour les dons privés, avec l'ouverture prochaine de grands chantiers, dont ceux du CHUM et de la salle de l'OSM.
«Il n'y a rien de choquant dans ce geste, explique l'ex-ministre de la Culture Liza Frulla, interviewée hier quelques heures avant la réunion du grand sabordement. C'est le conseil d'administration lui-même qui a décidé de démissionner en prenant acte des restructurations en cours. Je suis une personne pragmatique et hyperlogique. Si le conseil d'administration n'est plus nécessaire, il ne faut pas le maintenir en vie inutilement.»
La Fondation du MACM, en place depuis des décennies, stimulait les dons et les activités profitables, gérait les bénévoles et les abonnés du musée, organisait un bal annuel très couru dont les profits bonifiaient le fonds d'acquisition de l'établissement. Cette fondation est en quelque sorte dissoute, mais pour mieux renaître, avec un conseil d'administration réduit et des actions plus circonscrites.
«Le directeur a décidé de fonctionner comme aux États-Unis, dit l'ex-présidente. Il veut rapatrier auprès de la direction les fonctions de représentation et de financement. C'est tout à fait logique et probablement plus efficace.»
Bras financier
Le tiraillement avec la fondation a commencé moins d'un an après l'arrivée de M. Mayer. Le traditionnel encan d'oeuvres d'art a été annulé en 2005 parce que l'événement ne rapportait pas suffisamment. Le bal n'a été remis au programme annuel qu'au printemps dernier, après deux années de pause et des assurances de rentabilité. Placé sous la présidence d'honneur de Michelle Dionne, la femme de Jean Charest, il a d'ailleurs rapporté 150 000 $, un record.
Cette activité et certaines autres, comme l'administration de la boutique, seront donc, dès maintenant, directement dépendantes du musée. «On sera responsable du bal, de nos abonnés aussi, qui vont devenir membres du musée et non de la fondation», précise M. Mayer.
Son établissement s'apprête à embaucher un responsable du développement et du financement -- une première -- pour s'occuper des dons planifiés, de la fidélisation de certaines entreprises et fondations privées, hors du cadre des campagnes de financement annuelles.
La fondation ne servira plus qu'à gérer les fonds accumulés. «Ce sera une sorte de bras financier du MACM», résume Mme Frulla, fonction qu'un conseil restreint de trois à cinq membres peut très bien remplir selon elle. Le conseil de la Fondation comptait 14 membres l'an dernier, y compris M. Mayer et le président du conseil d'administration du musée.
«La fondation reformulée sera plus performante lors des grandes campagnes, dont on aura absolument besoin pour le [projet d'expansion au] silo [no 5], assure M. Mayer. On va pouvoir se servir de ces gens pour s'assurer que les événements comme le bal, le symposium des collectionneurs [désormais sous l'égide du musée] sont "vendus" dans la collectivité, et que tout le monde qui veut ou peut aider le musée pourra le faire.»
Opération marketing
Toutes ces actions visent à engager l'institution sur les rails de son ambitieux plan stratégique réalisé avec la firme Saine Marketing. La nouvelle carte Branché! des activités nocturnes du musée s'inscrivent dans cette optique. En déboursant 10 $, on a accès à une soirée de performance musicale qui se déroule, avec un franc succès, chaque premier vendredi du mois, ainsi qu'à un accès illimité au musée.
Les abonnements ne souffrent-ils pas de cette mesure? «Toutes les études démontrent que les gens ne deviennent pas membres des musées pour l'accès gratuit, mais pour aider une institution en laquelle ils croient», estime le directeur. En ce sens, il s'affaire d'ailleurs à échelonner les abonnements de 50 $ à 5000 $.
Arrivé du Musée de Brooklyn il y a un peu plus de trois ans, Marc Mayer expliquait dès sa nomination son intention de doter le MACM, à moyen terme, d'un fonds dépassant les 20 millions afin de faciliter l'enrichissement de la collection. Les oeuvres d'art contemporain se vendent des fortunes et le MACM n'est plus dans le coup avec ses budgets annuels d'acquisition dépassant rarement le demi-million.
«On doit vendre l'art contemporain au public, plaide-t-il. On travaille pour le public, et s'il n'est pas au courant de ce qu'on fait, du fait que l'art contemporain est le secteur le plus dynamique de la culture au Canada, c'est un peu de notre faute.»
À ceux qui lui reprochent son approche clientéliste à l'américaine, il rétorque: «Je suis un directeur de musée moderne, comme les autres. Si ça prend des techniques qu'on voit dans d'autres domaines, si ça marche, pourquoi pas?»
La question du financement privé de la culture taraude les institutions québécoises. L'État demande aux organismes de hausser le mécénat, comptant généralement pour moins de 10 % des budgets. Seulement, les chantiers universitaires et hospitaliers de même que d'autres projets culturels, comme celui de la future salle de l'OSM, risquent de drainer beaucoup de dons et rendent la tâche des chasseurs de mécènes bien difficile.
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Vive les fondations - par Geneviève Gilbert
Le mercredi 19 septembre 2007 10:00

