Montréal - Primeurs de saison
Mots clés : Corporation de gestion des marchés publics de Montréal, marchés, Agriculture, Alimentation, Montréal
La ville aux 18 marchés

Photo: Jacques Grenier
La présidente actuelle est Mme Liette Lauzon, productrice agricole. «La Corporation compte aujourd'hui 225 membres qui sont tous des producteurs agricoles, des revendeurs, des boutiquiers et des commerçants qui occupent un emplacement dans nos marchés publics et de quartier. Le conseil d'administration, où siègent onze personnes, se réunit chaque mois et veille aux règlements et aux politiques.» L'intendance relève de la direction générale et de ses employés.
C'est la CGMPM qui perçoit les frais liés à l'utilisation des emplacements et des services, journaliers et modulés pour les producteurs agricoles et sous forme de baux commerciaux pour les boutiquiers. Elle tire aussi des revenus de stationnement. Comme les infrastructures sont la propriété de la Ville de Montréal, la CGMPM lui remet une redevance, soit un pourcentage de ses revenus, en tant que loyer.
Productrice agricole
Liette Lauzon est présente au marché Jean-Talon comme productrice agricole depuis maintenant 25 ans. Elle y a pignon sur rue du 1er mai au 1er novembre et y écoule la presque totalité de sa production maraîchère. Elle et son mari exploitent deux fermes totalisant 77 hectares à Saint-Eustache.
Pour eux, la saison débute au début de mars. «C'est le moment où l'on part nos légumes en serres, ce qui nous permet d'offrir des tomates fraîches dès notre arrivée au marché Jean-Talon.» Viennent ensuite les produits des champs, concombres, brocolis et autres choux-fleurs, gourganes, tomates, courges et citrouilles, selon le moment de la saison. Pour les produits qu'elle ne cultive pas, comme les légumes racines, elle complète son étal en s'approvisionnant auprès de producteurs locaux au marché Central. Une seconde culture en serres permet de prolonger la saison des tomates jusqu'à la fin d'octobre.
Depuis 25 ans, donc, Liette Lauzon a fait du marché Jean-Talon le point de vente privilégié de sa production agricole. Une seule fois, au début des années 90, s'est-elle laissé tenter par autre chose. «Nous avions pris la décision de prendre de l'ampleur et de fournir les grossistes par le biais du marché Central. Mais je trouvais que les prix étaient trop changeants, ceux promis le matin n'étaient plus les mêmes en après-midi. J'ai alors pris la décision de tout concentrer sur la vente au détail au marché Jean-Talon, ce qui s'est révélé être tout aussi rentable. Et, de toute façon, le contact avec le consommateur me manquait beaucoup.»
Évolution des goûts
Les marchés publics ne sont plus comme ceux d'autrefois. «Je me souviens du temps de mon grand-père où l'on vendait des poules vivantes au marché Jean-Talon.» Non seulement certaines pratiques ont disparu, à juste titre, mais les marchés publics ont aussi évolué en ce qui concerne le type de production agricole. Et ils l'ont fait grâce au contact avec la clientèle, souvent immigrante. «Ce sont d'abord les Italiens qui ont demandé aux producteurs agricoles de cultiver les produits qu'eux-mêmes faisaient pousser dans leurs jardins.» Au fil des ans, de nouvelles et différentes communautés culturelles se sont ajoutées et ont fait la même chose, de sorte que l'offre s'est graduellement modifiée et multipliée. Une offre qui aujourd'hui profite à tous.
«Autrefois, on n'avait que des poivrons rouges et verts. Aujourd'hui, on en a de toutes les couleurs. On compte environ six ou sept variétés d'aubergine. Les fines herbes sont un autre exemple, elles sont devenues aujourd'hui très populaires. De nos jours, si vous n'avez pas de piments forts, vous n'êtes pas en affaires, puisque c'est un produit très prisé par certaines communautés culturelles. Toutes ces demandes ont fait évoluer la production agricole.»
De plus, les producteurs agricoles cherchent à innover et vont même jusqu'à mettre sur le marché des produits conçus à des fins spécifiques. «Je fais des jardinières de tomates cerises pour les personnes qui n'ont qu'un balcon et qui ne peuvent pas jardiner. On n'a qu'à l'accrocher et arroser et l'on peut profiter du bon goût d'une tomate fraîchement cueillie.»
Les marchés publics aujourd'hui
Une production agricole plus variée et des étals plus garnis que jamais ne sont pas les seuls signes de l'évolution des marchés publics de Montréal. Sans délaisser les producteurs agricoles, les marchés publics, depuis une dizaine d'années, se sont ouverts aux autres métiers de bouche. Ainsi trouve-t-on des boucheries, des boulangeries, des pâtisseries, des aires de restauration et d'autres boutiques dans les marchés publics de Montréal.
«La priorité est accordée aux boutiques de produits québécois et locaux. Ce sont ces produits que l'on cherche à promouvoir dans nos marchés. Bravo, si notre clientèle peut se les procurer dans nos marchés. Lorsqu'on a construit le nouvel édifice au marché Jean-Talon, cela nous a permis de créer une quatrième allée à l'extérieur, que l'on a aussitôt réservée aux produits complémentaires.» S'y trouvent deux producteurs maraîchers biologiques et s'y côtoient à la fois producteurs de fromages et fabricants de savons artisanaux.
Bien que la belle saison tire à sa fin, Liette Lauzon tient à souligner que les marchés publics sont ouverts à longueur d'année. «Les boutiques intérieures demeurent accessibles et les fruiteries ont encore des produits québécois. On y trouve les produits de serre et aussi tous les produits d'entrepôt, comme le chou et le navet, qui sont maintenant disponibles toute l'année.»
Selon Liette Lauzon, la CGMPM entend poursuivre à l'avenir la même politique qui a permis de moderniser et de revaloriser les marchés publics de Montréal. «On veut la poursuivre, oui, mais on veut surtout l'améliorer.»
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Collaborateur du Devoir
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