Coup dur pour Stéphane Dion

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Alec Castonguay
Édition du mardi 18 septembre 2007

Mots clés : politique, Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, Québec (province), Canada (Pays)

- Le NPD arrache Outremont au PLC - Le Bloc garde Saint Hyacinthe-Bagot et perd Roberval-Lac-Saint-Jean aux mains du PC

Les résultats des élections partielles ont été très décevants pour le chef libéral Stéphane Dion, photographié hier soir au côté de Michael Ignatieff.

Photo: Jacques Nadeau

Coup de tonnerre politique hier au Québec, alors que deux châteaux forts ont changé de couleur sur la scène fédérale. La gifle la plus cinglante a été assénée au Parti libéral du Canada, qui a non seulement perdu la circonscription d’Outremont aux mains du néo-démocrate Thomas Mulcair, mais qui a également été lessivé dans Saint-Hyacinthe–Bagot et Roberval–Lac-Saint-Jean, recueillant moins de 10 % des voix dans ces régions fortement francophones.

À l’extérieur de Montréal, le Bloc québécois a dû céder son bastion du Lac-Saint-Jean au Parti conservateur, représenté dans cette élection partielle par le maire de Roberval, Denis Lebel, qui a visiblement profité de sa popularité personnelle dans la région pour l’emporter par une majorité écrasante de près de 10 000 voix. Les troupes de Gilles Duceppe ont toutefois conservé la circonscription de Saint-Hyacinthe–Bagot, devant le Parti conservateur.
Les quelque 200 000 citoyens appelés aux urnes hier pour choisir un nouveau député fédéral dans trois circonscriptions du Québec ont rejeté le Parti libéral de Stéphane Dion. Le coup est particulièrement dur dans Outremont, un bastion libéral qui n’a pu résister à l’assaut du candidat-vedette du NPD et ancien ministre de l’Environnement du Québec, Thomas Mulcair.

Le NPD (48,4 % des suffrages) a remporté la course par plus de 4500 voix, devant le Parti libéral (28,4 %). Le Bloc québécois était loin derrière avec 10,8 %, suivi du Parti conservateur avec 8,3 %, qui ne perce toujours pas dans la région de Montréal. Le taux de participation a été assez faible, comme c’est souvent le cas lors d’une élection partielle, avec 36 %.

Les visages des 150 sympathisants libéraux réunis au local du candidat Jocelyn Coulon, sur l’avenue Van Horne, étaient longs hier soir. M. Coulon, un spécialiste des relations internationales, a refusé d’analyser sa défaite. «Visiblement les gens ont préféré le NPD au Parti libéral», a-t-il dit, avant de laisser tomber un «à la prochaine». Le chef libéral Stéphane Dion, présent aux côtés de son candidat défait, a juré que son parti allait «rebondir la prochaine fois». «Les gens sont plus à l'écoute du parti libéral même si on n'a pas eu les résultats qu'on voulait. Mais ils nous écoutent et ils nous respectent. L'écoute vient d'abord et l'appui ensuite», a déclaré Stéphane Dion.

Est-ce que le leadership du chef libéral sort affaibli de l’aventure? M. Dion a affirmé que c'est dans les moments difficiles que son parti est le plus uni et qu'il n'allait pas avoir de mal à maintenir une certaine discipline au sein du parti. «C'est le moment d'être plus uni que jamais et travailler ensemble pour montrer aux Canadiens que nous sommes un parti fort, qui fait face à ces résultats difficiles, mais qui vont être important pour renforcer notre leadership», a-t-il affirmé.

La circonscription d’Outremont, au centre de Montréal, change donc de couleur politique pour la deuxième fois depuis 1935. Les électeurs ont voté pour le Parti conservateur de Brian Mulroney en 1988, avant de revenir au PLC jusqu’à hier soir. En 2006, le libéral Jean Lapierre l’avait emporté par 2500 voix de majorité sur le Bloc québécois.

L’incessante campagne électorale de Thomas Mulcair, qui arpente la circonscription d’Outremont depuis le printemps, soit bien avant le déclenchement des élections partielles, aura finalement porté ses fruits. Le NPD remet donc ses couleurs sur la carte électorale fédérale du Québec pour la première fois depuis 1990, alors qu’une élection partielle dans Chambly avait permis au candidat Phil Edmonston de marquer l’histoire. Il avait toutefois été battu lors de l’élection générale de 1993.

Au Bobards, sur le boulevard St-Laurent, les 250 partisans du NPD étaient extatiques hier soir. La foule, composée de beaucoup d’anglophones, mais aussi de francophones, criait «Mulcair! Mulcair! Mulcair!» avec une énergie débordante. Le chef du NPD, Jack Layton, a même affirmé que cette victoire pouvait «changer l’histoire du Canada». Le nouveau député a de son côté soutenu que cette victoire «n’est qu’un début» pour le NPD au Québec. Thomas Mulcair a insisté pour dire que sa victoire était un signal «pour la paix» et un choix clair des électeurs pour un changement de la politique étrangère du Canada en Afghanistan.

Le PC remporte Roberval–Lac-Saint-Jean
Dans Roberval–Lac-Saint-Jean, les électeurs ont profité du départ du charismatique bloquiste Michel Gauthier pour secouer les allégeances de la région. Le Parti conservateur, qui avait fini deuxième par à peine 3000 voix lors de l’élection générale de janvier 2006, a cette fois profité de la popularité du maire de Roberval, Denis Lebel, pour remporter facilement ce bastion souverainiste.

Denis Lebel (59,5 % des suffrages) a dominé par près de 10 000 voix sur la bloquiste et infirmière Céline Houde (27 %). Le Parti libéral et sa candidate Louise Boulanger ont obtenu 9,5 %. Le NPD, avec 2,3 %, a fini loin derrière. Le taux de participation a été assez élevé dans les circonstances, avec 46 %.

La circonscription qui entoure le Lac-Saint-Jean revient donc aux couleurs qu’elle a portées entre 1984 et 1993, alors que le conservateur Benoît Bouchard représentait la région. Le comté adjacent de Jonquière-Alma est actuellement représenté par le ministre conservateur Jean-Pierre Blackburn.

Le nouveau député a dédié sa victoire à ses bénévoles. «On a commencé à trois personnes et aujourd’hui [hier] on était 500 bénévoles», a dit Denis Lebel, avant d’ajouter qu’il souhaitait s’attaquer aux problèmes de la région, notamment la crise forestière. Le premier ministre Stephen Harper a appelé Denis Lebel pour le féliciter hier soir. Une politesse que lui a retourné l’ancien maire de Roberval. «La reconnaissance de la nation m’a aidé. Je me suis toujours senti à l’aise comme nationaliste dans cette campagne», a-t-il dit.

Selon le député bloquiste et président du caucus, Louis Plamondon, c’est davantage la notoriété des deux candidats élus dans Roberval–Lac-Saint-Jean et Outremont qui a «fait la différence». Pour le lieutenant politique de Stephen Harper au Québec, le ministre Lawrence Cannon, il n’y a aucun doute que les Québécois sont plus réceptifs que jamais aux idées du PC. «Les Québécois adhèrent aux politiques du Parti conservateur qui sont fondées sur un leadership vigoureux du premier ministre et un fédéralisme d’ouverture», a-t-il dit à Montréal.

Le Bloc conserve Saint–Hyacinthe-Bagot
Dans la circonscription largement rurale de Saint-Hyacinthe–Bagot, à une cinquantaine de kilomètres de Montréal, le Bloc québécois a conservé la domination entreprise dans cette région en 1993 pendant le mandat du député sortant Yvan Loubier. Ce dernier l’avait emporté par 14 000 voix de majorité en 2006 sur le candidat conservateur.

Le résultat a été plus serré cette fois, alors que la bloquiste Ève-Mary Thaï Thi Lac (42,1 % des suffrages) l’a emporté par plus de 1500 voix sur le conservateur Bernard Barré (37,2 %), un conseiller municipal bien connu à Saint-Hyacinthe. Le Parti conservateur a augmenté ses appuis de 12 % depuis janvier 2006 dans cette circonscription. Le NPD (8,1 %) a terminé devant le Parti libéral (7,4 %). La participation a atteint 40 %.

Fait à noter, les élections partielles ont souvent une dynamique particulière et représentent l’occasion pour les électeurs d’envoyer un message ou de tenter de nouvelles expériences politiques sans influer sur la composition du gouvernement. La notoriété des candidats est souvent plus importante que lors des élections générales, où les chefs des partis prennent davantage de place. Les résultats des élections partielles ne se reproduisent donc pas toujours lors du scrutin général qui suit, comme l’a démontré l’exemple du NPD en 1990.
Par ailleurs, plusieurs personnes se sont déplacées masquées hier aux bureaux de scrutin, afin de protester contre la possibilité de voter avec le visage voilé. Certaines femmes (et quelques hommes) portaient le voile, alors que d’autres portaient des masques ou des déguisements. Ces électeurs ont donc dû montrer davantage de pièces justificatives pour exercer leur droit de vote ou encore se dévoiler dans une pièce adjacente devant une scrutatrice, comme le prévoit le règlement.

Le Devoir
Avec la collaboration de Lisa-Marie Gervais et Stéphane Baillargeon


Vos réactions


Bravo Éric ! - par Gilbert Talbot (gilbert.talbot@videotron.ca)
Le mardi 18 septembre 2007 20:00

pas si vite M. Dion - par pietro di paolo
Le mardi 18 septembre 2007 19:00

Cher André Michaud... - par Guillaume Forest-Allard (guillaume.forest-allard@laposte.net)
Le mardi 18 septembre 2007 19:00

Jusqu'en 2009 au moins - par Gilles Bousquet
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Le mardi 18 septembre 2007 15:00

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