À Québec, Ségolène Royal riposte au brûlot de Lionel Jospin
Mots clés : souveraineté, Lionel Jospin, Ségolène Royal, Livre, Québec (province), France (pays)
La politicienne française atténue sa déclaration souverainiste

Photo: Agence France-Presse
Dans un livre dont une partie du contenu a été révélée hier et intitulé L'Impasse (Flammarion), Lionel Jospin accuse entre autres choses l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle d'avoir une «personnalité [qui] n'a pas les qualités humaines ni les capacités politiques» nécessaires pour remettre le Parti socialiste en ordre de marche, et «espérer gagner la prochaine présidentielle». Selon Libération, M. Jospin présente aussi Mme Royal comme une créature des sondages et des médias, «une candidate qui était la moins capable de gagner» et «une illusion» qui ne doit pas se prolonger.
En réaction à ces propos, Mme Royal s'est interrogée, hier: «Pourquoi tant de violence? Pourquoi tant de haine, presque? Ce qui me vient à l'esprit, c'est cette parole de la Bible: "Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font." Je pardonne à tous ceux qui m'agressent. Parce que d'abord je pense qu'ils me font moins de mal à moi qu'aux socialistes, qu'à toute la gauche.» Puis, elle a dit avoir vu dans toutes ces attaques du «sexisme» si fort qu'il «s'apparente au racisme» puisque c'est «aussi fort, inconscient, [...] répété». «Mais qui peut s'arroger le droit de juger de cette façon-là?», s'est-elle indignée, entourée d'une meute de journalistes en pleine salle du conseil municipal de Québec (elle sortait d'une brève rencontre avec le maire suppléant de Québec, Jacques Joli-Coeur.)
La politicienne française dit avoir été désolée d'apprendre au surplus dans le livre de M. Jospin, que certains «éléphants» (les vétérans du PS) dans son camp ne l'ont non seulement pas soutenue pendant la campagne présidentielle, mais l'ont carrément «combattue». Cela lui a inspiré une autre comparaison: «J'ai l'impression en lisant tous ces ouvrages que si j'étais Jeanne D'Arc, j'aurais déjà été brûlée vive. Heureusement que nous ne sommes plus à cette époque.»
Après l'avoir entendue traiter l'ancien premier ministre de raciste, cité Jésus et s'être comparée à Jeanne D'arc, un chercheur accompagnant la délégation a qualifié la sortie de Mme Royal de «gratinée»: «Trois allusions, c'est trop. Elle aurait dû se borner à une seule.» Selon lui, c'était sans doute inélégant de «régler ses comptes ainsi à l'étranger», mais «on n'a pas idée de l'humiliation que lui ont fait subir les éléphants». Un autre observateur, montréalais celui-là, a eu ce commentaire: «Et dire qu'on croyait que ça jouait dur au Parti québécois!»
Première visite
La présidente de Poitou-Charentes en est à sa première visite au Québec. Elle est ici d'abord et avant tout pour discuter des fêtes du 400e anniversaire de la capitale nationale. Elle a déploré hier un certain retard pris par la France dans l'organisation d'un de ses cadeaux et a promis «d'en parler» à Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre français et président du Comité français d'organisation du 400e. Elle a du reste promis d'être de retour en juillet 2008 pour célébrer l'anniversaire de Québec.
Toute la journée, Mme Royal a répondu de manière évasive à des questions sur sa déclaration passée favorable à la souveraineté du Québec, expliquant qu'elle ne voulait pas «alimenter la polémique», que ses propos avaient été «déformés» et qu'elle était venue au Québec pour visiter «un territoire qui réalise des choses extraordinaires». Lorsqu'un journaliste lui a demandé si elle avait la même opinion qu'elle avait exprimée en janvier, elle a toutefois répondu: «Mais si!» Notons qu'elle ne se rendra pas à Ottawa, où elle a pourtant été invitée. Elle a cependant promis de se rendre «assez rapidement» dans la capitale fédérale, lors d'un autre séjour.
En après-midi hier, elle a rencontré tour à tour Jean Charest et le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont. Jean Charest s'était montré assez critique devant les propos de Mme Royal, en janvier. Au dire de Mme Royal, le sujet n'a pas été abordé lors de leur rencontre d'hier après-midi. Toutefois, elle a tenu à souligner que «dans tous nos pays, le sujet de l'identité est un sujet crucial [...] ce sont des sujets qui doivent dépasser les polémiques parce que ça touche aux identités intimes et à la profondeur de l'histoire et des racines».
Mme Royal a vanté «l'avance» prise par le Québec en matière d'environnement, déplorant le «retard de la France». Selon elle, l'urgence d'agir est grande au Canada en raison de la «fonte de la banquise». Elle a déploré au passage qu'Ottawa n'ait «pas ratifié le protocole de Kyoto». (En fait, le Canada a signé Kyoto en 1998 et l'a ratifié en 2002.)
Au terme de sa rencontre avec Mme Royal, le premier ministre ne s'est pas présenté devant les journalistes en sa compagnie. Après avoir rencontré les journaliste, la politicienne s'est rendue au bureau de Mario Dumont, avec qui elle a parlé de divers sujets, dont les accommodements raisonnables, l'immigration et l'identité. M. Dumont a le projet de se rendre en France au début de l'Année, mais aucune future rencontre avec Mme Royal n'a été discutée hier.
Ces dernières semaines, tant M. Dumont que M. Charest ont fait savoir à leur façon qu'ils étaient inspirés par les 100 jours du nouveau président français Nicolas Sarkozy. C'est plutôt au PQ de Pauline Marois, même après la défaite socialiste à la présidentielle, que l'on s'est référé à Ségolène Royal, notamment pour sa volonté de moderniser la social-démocratie. La chef péquiste rencontrera Mme Royal ce matin à Québec. Les deux politiciennes tiendront un point de presse commun. Mme Royal doit aussi aller rendre visite à la gouverneure générale, Michaëlle Jean, à la Citadelle.
Avec l'Agence France-Presse
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