Huit civils irakiens ont été tués dans des circonstances nébuleuses - Bagdad expulse Blackwater, une société de sécurité américaine

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AFP
Édition du mardi 18 septembre 2007

Mots clés : civils, société de sécurité, Blackwater, Violence, Décès, États-Unis (pays), Irak (pays)

Bagdad -- Le gouvernement de Bagdad a interdit hier d'activité en Irak l'une des plus puissantes sociétés de sécurité privée américaine, qui assure notamment la protection de l'ambassade des États-Unis, après un incident meurtrier ayant coûté la vie à au moins huit Irakiens.

Fort de plusieurs milliers de gardes armés de différentes nationalités, Blackwater a protégé, depuis l'invasion américaine de mars 2003, l'administrateur Paul Bremer, les ambassadeurs John Negroponte, Zalmay Khalilzad, et aujourd'hui Ryan Crocker. Blackwater assure également la sécurité des diplomates et des hautes personnalités en visite en Irak.

«Le ministre de l'Intérieur [Jawad Polani] a ordonné l'annulation du permis de Blackwater et la société ne peut plus travailler en Irak», a annoncé le porte-parole du ministère, le général Abdul Karim Khalaf.

Cette décision intervient au lendemain d'un incident impliquant un convoi diplomatique américain protégé par Blackwater dans un quartier de Bagdad. Au moins huit Irakiens ont été tués lorsque les gardes de sécurité ont ouvert le feu dans des circonstances qui restent à déterminer.

«Une enquête criminelle est ouverte contre ceux qui ont commis des crimes [dimanche]», a ajouté M. Khalaf.

Le premier ministre Nouri al-Maliki avait auparavant condamné «une opération criminelle menée par une compagnie de sécurité étrangère». Des témoins ont accusé les gardes du corps protégeant un convoi du département d'État américain d'avoir ouvert le feu sans retenue sur des civils, alors que ce convoi s'était cru pris à partie par des insurgés. La société Blackwater n'avait pas encore réagi officiellement hier.

Versions contradictoires

Les circonstances de l'incident, survenu sur une voie très fréquentée en lisière du quartier majoritairement sunnite de Mansour, ont fait l'objet de déclarations officielles et de témoignages parfois contradictoires.

Selon le général Khalaf, «deux obus de mortier ont été tirés» au passage du convoi, et les échanges de tirs ont fait 8 morts et 13 blessés. L'ambassade des États-Unis à Bagdad a confirmé qu'«un convoi de véhicules de sécurité du département d'État a été impliqué dans un incident armé», évoquant simplement «une escalade des tirs».

Selon de nombreux témoins, dont des blessés, l'escorte du convoi américain a ouvert le feu à l'aveuglette après qu'une explosion eut été entendue.

L'interdiction de Blackwater, si elle est appliquée, pourrait gêner les activités des officiels américains en Irak, mais elle n'avait pas encore eu d'effet immédiat hier.

La décision du ministère de l'Intérieur irakien traduit l'hostilité des autorités envers les puissantes sociétés de sécurité étrangères, qui agissent comme de véritables armées privées.

Blackwater a engrangé pour des centaines de millions de dollars de contrats avec le Pentagone, à l'occasion de la guerre en Irak. Basée en Caroline du Nord et fondée en 1997 par un ancien membre des forces spéciales de la marine américaine (Navy Seals), Blackwater emploie en majorité des ressortissants américains, la plupart anciens des forces spéciales de l'US Army.

Harnachés de casques lourds et de gilets pare-balles, les salariés de Blackwater disposent des équipements d'une armée: armes légères en tout genre, mitrailleuses lourdes, véhicules blindés et hélicoptères.

Réputés pour leur brutalité, ils sont haïs des Irakiens et connus pour ouvrir le feu indistinctement sur les véhicules ou les piétons approchant imprudemment de leurs convois. Ils agissent en toute indépendance et ne répondent de leurs actes que devant leur propre hiérarchie, estimant ne pas relever du droit international des conflits.

Des dizaines de société privées de sécurité, en très grande majorité anglo-saxonnes et connus localement sous le nom de «PSD» (Private Security Detail), opèrent actuellement en Irak, où elles sont la cible d'attaques régulières, presque jamais rendues publiques. Outre Blackwater, les plus connus de ces PSD sont ArmorGroup, Dyncorps ou Aegis Defence Services. Avec plusieurs dizaines de milliers de mercenaires dans leurs rangs, elles forment le second contingent étranger après l'armée américaine.


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