Opinion

Regard sur les 20 ans du protocole de Montréal

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Brian Mulroney, Premier ministre du Canada de 1984 à 1993

Édition du lundi 17 septembre 2007

Mots clés : Journée internationale de l'ozone, protocole de Montréal, environnement, Changements climatiques, Québec (province), Montréal

Nous publions un extrait d'un discours prononcé hier soir à Montréal dans le cadre des festivités entourant le 20e anniversaire de la signature du protocole de Montréal et la Journée internationale de l'ozone

Aujourd'hui marque un anniversaire qui nous rappelle non seulement l'importance de sauvegarder notre planète, mais également celle de nous engager tous à le faire, tous autant que nous sommes et pas seulement l'ONU, ni ses États membres, ni les gouvernements à tous les paliers, mais tous les éléments de la société civile, nous tous qui vivons sur Terre. Nous sommes tous environnementalistes, sans exception.

Voilà 20 ans, les nations du monde se sont réunies dans cette ville pour signer le protocole de Montréal, plus précisément l'accord visant à mettre fin à l'appauvrissement de la couche d'ozone.

Et 20 ans plus tard, on constate avec bonheur que cet accord tient sa promesse, pour le plus grand bien de la planète, des 191 pays membres de l'ONU qui l'ont ratifié, des pays comme le Canada et, en son sein, des provinces et des États comme le Québec, et des villes comme Montréal. Pour notre plus grand bien à tous, nous qui pourrons ainsi léguer un monde viable à nos enfants et nos petits-enfants. [...]

Un traité qui fonctionne

Le protocole de Montréal nous offre l'exemple d'un traité international qui fonctionne. L'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Anan y voyait «peut-être l'accord international le plus fructueux à ce jour». Le ministre de l'Environnement du Canada, John Baird, a déclaré: «Il n'est pas parfait, mais c'est la plus grande réussite dans son genre». Elizabeth May, aujourd'hui chef du Parti Vert du Canada, mais qui était alors conseillère auprès de notre gouvernement, a écrit que le protocole de Montréal était «le traité mondial le plus important pour préserver la vie sur Terre depuis celui de 1963 interdisant les essais atmosphériques d'armes nucléaires».

Les résultats sont éloquents. La semaine dernière, Le Devoir affichait en gros titre à la une de son édition du samedi: «Le protocole de Montréal plus efficace que Kyoto: cinq fois plus de GES [gaz à effet de serre] ont été éliminés en protégeant la couche d'ozone». Citant des sources au PNUE, l'auteur écrivait: «En 2005, les efforts combinés des 191 pays ayant ratifié le protocole de Montréal avaient permis de réduire globalement de 95 % les substances appauvrissant la couche d'ozone.»

Comment en sommes-nous arrivés là, à ce 20e anniversaire du protocole de Montréal, et quels progrès faisons-nous dans le grand dossier des changements climatiques? Il n'est pas exagéré de dire qu'ici à Montréal, la communauté mondiale a pris les premières mesures essentielles afin de préserver la vie sur Terre. À l'époque, on s'accordait en général sur la nature du problème, mais pas sur la solution. La controverse régnait encore même chez les savants. Cela ne vous fait-il pas penser au débat actuel sur les changements climatiques? Y a-t-il un écho dans la salle?

Un haut fonctionnaire américain avait beau conseiller alors de porter des chapeaux à large bord et d'utiliser plus d'écran solaire, la communauté mondiale n'était pas dupe: il fallait agir, avant même que se manifestent pleinement les effets de l'appauvrissement de la couche d'ozone.

Nous avons tiré de grandes leçons de notre expérience. Nous avons appris qu'il était possible d'agir malgré une connaissance imparfaite du problème. Nous avons appris qu'il était possible de nous entendre sur l'élimination immédiate de substances dangereuses, quitte à laisser la science éclairer plus tard des interventions plus vigoureuses.

Réduction des GES

Le protocole de Montréal était aussi le premier à établir le principe de la responsabilité commune mais différenciée. C'est ainsi que des pays en développement ont pu consommer davantage de substances nuisibles à la couche d'ozone, tandis que des pays développés comme le Canada et les États-Unis se sont engagés à effectuer des réductions considérables.

Le protocole créait aussi un fonds multilatéral pour sa propre mise en oeuvre, qui a fourni à ce jour plus de 2 milliards de dollars afin d'aider le monde en développement à renoncer progressivement aux substances nuisibles à l'ozone.

Un dernier point et non le moindre, le protocole mobilisait l'industrie. Je vous cite l'exemple de DuPont, qui était alors le plus grand fabricant de chloro-fluoro-carbures (CFC). En ratifiant ce traité, nous avons signifié clairement à DuPont notre ferme résolution d'éliminer ces substances dangereuses. Nous ne ferions pas marche arrière. DuPont a réagi de brillante façon, par des innovations technologiques qui non seulement ont accru son bénéfice, mais en ont fait aussi un modèle de responsabilité environnementale dans le monde entier.

Et voici que nous apprenons du PNUE, comme le rapportait Le Devoir la semaine dernière, que le protocole de Montréal a eu des retombées secondaires imprévues, dont une réduction des GES. [...]

Tirer des leçons

Et quelle leçon en tirons-nous pour notre lutte contre le réchauffement planétaire et les changements climatiques? [...] D'abord, le processus importe peu, du moment que la classe dirigeante s'attaque au problème, avec fermeté au niveau national, et avec concertation au niveau international, surtout dans cette instance planétaire qu'est l'ONU.

Ensuite, il existe peu de solutions durables, en environnement comme ailleurs, sans l'engagement des États-Unis, sous le leadership de leur président. Il importe peu que le processus s'appelle Kyoto ou autre chose, du moment que nous nous attaquions de toute urgence au réchauffement planétaire. Avec la feuille de route de Kyoto ou une autre, l'important est de nous rendre où nous voulons aller.

Pour discuter des changements climatiques, il fallait tout de même que les États-Unis, la Chine et l'Inde, entre autres pays, soient à la même table. En refusant de signer, les États-Unis ont soustrait à l'emprise de Kyoto le quart des émissions mondiales de GES. La Chine et l'Inde ont bien signé, elles, mais ni l'une ni l'autre n'a pris d'engagements pour la période initiale de mise en oeuvre, de 2008 à 2012. [...]

Comment allons-nous maintenant mobiliser tout le monde dans l'élaboration d'un accord global pour après 2012? Des jalons importants ont été posés au Sommet du G8 cette année, ainsi qu'à Sydney, et on fonde beaucoup d'espoir sur la conférence imminente de Washington et la prochaine rencontre des parties à Bali.

Quel que soit le nom qu'on donnera à cet accord sur l'après-2012, il n'a aucune chance de réussir sans les États-Unis, la Chine et l'Inde. Les trois seront présents [prochainement] à Washington, ce qui est un grand pas en avant.

Et quelle que soit la nature de cet accord, l'important est que le monde s'en donne un, comme il l'a fait voilà 20 ans à Montréal. Sans être parfait, le protocole de Montréal a quand même contribué énormément à protéger la couche d'ozone. Encore une fois, ne visons pas la perfection au détriment du bien.


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