Dix ans de regards sur les technologies

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Odile Tremblay
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 septembre 2007

Mots clés : expositions, artistes, Fondation Daniel Langlois, Cinéma, Culture, Québec (province)

La Fondation Daniel Langlois expose ses artistes et fait son bilan

Daniel Langlois

Photo: Jacques Grenier

Sa fondation, appuyant artistes et organismes d'ici et d'ailleurs qui jonglent avec les technologie vient d'avoir dix ans. Pour célébrer ces noces d'étain, Daniel Langlois, patron de Softimage et mécène visionnaire, lance avec le MBAM, une expo de dix artistes de son écurie d'avant-garde.

Au Ghana, une collection de disques 78 tours, précieux gardiens de la tradition orale, a été transposée sur support numérique et rendue à la population. En Lettonie, d'habiles techniciens ont recyclé des appareils russes désuets pour en faire des radars et des radios en attendant l'arrivée d'équipements plus modernes. À Cuzco, au Pérou, des communautés autochtones ont pu développer des projets éducatifs, artistiques et culturels tout en prenant un bain de nouvelles technologies. À Montréal, un immeuble écologique, siège social de l'organisme vert Équiterre, est en gestation.

Ces projets ont un point commun: ils ont tous été soutenus par la Fondation Daniel Langlois pour l'art, la science et la technologie. Ses dirigeants rencontraient hier les médias pour faire le point. Commandée pour l'occasion, l'oeuvre de l'artiste canadien David Rokeby était inaugurée sur de nombreux écrans. Sa Machine pour prendre le temps, sur le boulevard Saint-Laurent, anime des images fixes, captées de mois en mois sur le toit de l'édifice d'Ex-Centris, puis assemblées pour bondir à travers les saisons. Îuvre financée par la Fondation Langlois elle aussi.

Dès mardi, dix autres artistes soutenus par cette fondation exposeront leurs oeuvres au Musée des beaux-arts de Montréal grâce à l'expo e-art - Nouvelles technologies et art contemporain. La vitrine sera la bienvenue. En effet, chez nous, le mandat de la Fondation Langlois semble un brin ésotérique. Mieux connue dans les pays en émergence, son impact est d'autant plus grand là-bas qu'elle y remplit des besoins criants. «Ici, les artistes sont davantage dans une culture de subventions. Ailleurs, des projets porteurs cherchent leurs subventions», précise le fondateur.

Depuis 1997, cet organisme privé sans but lucratif, enfanté par le mécène d'Ex-Centris, a soutenu 157 projets en provenance des quatre coins du monde, avec une enveloppe de 20 millions de dollars, à concurrence de deux millions par année. Le tiers des projets soutenus sont canadiens (dont 25 % conçus au Québec).

À travers un mandat unique, cette fondation, qui marie art, science et exploration, soutient surtout des organismes et des artistes qui se penchent sur l'influence des technologies nouvelles ou anciennes sur l'environnement et les modes de vie tout en se préoccupant de conservation. Elle a tissé des liens avec d'autres grands organismes, par exemple la Fondation Guggenheim et le Fonds du musée Getty, apportant son expertise à la protection des nouveaux supports.

Depuis la préhistoire, l'outil modifie le rapport de l'humanité au monde qui l'entoure. «En tant qu'humains, on avance avec ces technologies, affirme Daniel Langlois. Et celles-ci possèdent un impact énorme sur la culture. Mais jamais l'apport technologique n'a évolué à pareil rythme. Il transforme la vie des gens, les rend dépendants, sans qu'ils s'interrogent nécessairement sur ces changements. Le niveau de conscience de l'humanité n'évolue pas au rythme des développements, qui sont assimilés sans analyse. Avons-nous créé un Frankenstein? La destruction de l'environnement et la disparition des cultures en constituent des effets pervers.»

Aux yeux de Daniel Langlois, plusieurs artistes possèdent l'intuition des conséquences de tous ces changements, d'où l'importance d'appuyer leurs projets.

Les demandes arrivent par vagues à la fondation. Tous les cinq ans, celle-ci ajuste son tir. Au début, après la chute de l'empire soviétique, plusieurs pays d'Europe de l'Est manifestaient des besoins criants pour de nouveaux équipements. «Aujourd'hui, les pays émergents sont plus présents. On n'imagine pas l'impact que peut avoir sur des populations qui vivaient encore hier selon des modes traditionnels la révolution des téléphones cellulaires... »

Bombardée de requêtes en tout genre (2287 projets ont été évalués depuis dix ans), la fondation choisit par jury, selon une grille d'analyse très précise, les élus et le montant de la subvention qui leur sera versée.

Depuis cinq ans, elle a cessé de subventionner des projets américains. L'Europe a elle aussi disparu de sa liste. «Les projets qui touchent l'environnement augmentent de plus en plus. Les énergies renouvelables et l'eau sont des volets prioritaires pour nous, ainsi que tout ce qui stimule la participation du public à ces enjeux environnementaux», dit Daniel Langlois.

«Nombreux sont les joueurs à s'occuper aujourd'hui d'environnement, mais certains projets entrent directement dans nos cordes, ajoute-t-il. Imaginez un artiste qui voudrait traiter de l'impact des éoliennes sur les oiseaux ou de celui des panneaux solaires sur les huttes du Ghana... »

Au cours des cinq prochaines années, la fondation entend par ailleurs mettre un accent spécial sur la diffusion par Internet d'oeuvres d'art contemporaines, celles qu'elle a soutenues et d'autres aussi. «Notre site va être complètement modifié. Des artistes pourront exposer leurs oeuvres et les modifier à mesure s'ils le désirent. On créera un musée virtuel sur ce site en le rendant accessible au grand public. Une sorte de My Space sur les arts.»

Daniel Langlois, qui s'était tellement investi dans l'émergence des technologies numériques pour propulser le cinéma indépendant, avoue une déception à ce chapitre: «On a raté ce bateau-là, du moins à grande échelle.» Il continue d'appuyer le cinéma, à travers les salles d'Ex-Centris, mais il a vendu le Cinéma du Parc et se fait moins présent dans les coulisses du septième art. Lui qui a été ballotté dans le maelstrom de la saga des festivals de film en 2005 jure qu'on ne l'y reprendra plus...


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la techno-religion BCBG - par Marc Lavallée
Le dimanche 16 septembre 2007 12:00

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