Vol plané sur les airs des Beatles
Mots clés : Julie Taymor, Across the Universe, Beatles, Cinéma, Culture, États-Unis (pays)
Pour ses détracteurs, la réalisatrice et metteure en scène Julie Taymor représente le nouveau visage javellisé de New York, passant sans remords d'une comédie musicale de Broadway (The Lion King) à un opéra du Met (La Flûte enchantée). Au cinéma, son goût prononcé pour les extravagances visuelles était évident dans sa relecture outrancière du Titus de Shakespeare, et son regard sur Frida Kahlo a vivement contribué à nourrir le mythe autour de la célèbre peintre mexicaine.
Across the Universe
Réalisation: Julie Taymor. Scénario: Dick Clement, Ian La Frenais. Avec Evan Rachel Wood, Jim Sturgess, Joe Anderson. Image: Bruno Delbonnel. Montage: Françoise Bonnot. Musique: Elliot Goldenthal, d'après les chansons des Beatles. États-Unis, 2007, 133 min.
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Ceux qui la détestent pourront continuer de le faire avec joie devant Across the Universe. Son style flamboyant, combiné à son amour des marionnettes géantes (sa version de La Flûte en était tapissée), semble ici à son paroxysme, au service d'une seule et même cause: les chansons des Beatles. En effet, cette comédie musicale est entièrement soumise à l'univers du célèbre groupe de Liverpool où Jude, Lucy et Prudence ne sont pas que des noms fredonnés, mais des personnages en quête d'amour et de liberté, une fleur dans les cheveux et quelques pétards derrière la cravate...
Cette magnifique bande de jeunes pourrait très bien se fondre dans celle de Hair: même époque, mêmes idéaux, même exubérance et surtout, même crainte d'être broyé au Vietnam dans une guerre inutile. C'est d'ailleurs la peur de Max (Joe Anderson), un étudiant pas très sérieux devenu l'ami de Jude (Jim Sturgess, la révélation du film), un ouvrier anglais venu aux États-Unis retrouver son père qu'il n'a jamais connu. Il trouvera plutôt le grand amour dans la riche famille de Max, séduit par sa soeur Lucy (Evan Rachel Wood), petite bourgeoise devenant peu à peu bohémienne. Tous mettent le cap sur New York et s'établissent dans l'immense logement d'une chanteuse, Sadie (Dana Fuchs), petit carrefour de tous les espoirs et de toutes les révolutions, époque oblige.
Julie Taymor ne manque pas d'ambition dans cette chronique des années 1960, ratissant très large et sur deux continents (une partie du récit se déroule à Liverpool, évidemment) pour embrasser une décennie agitée et fébrile. Et cette fébrilité contamine sans cesse sa mise en scène, prétexte à des chorégraphies grandioses et autres numéros dignes du Bread and Puppet Theater ou du Cirque du Soleil -- les influences sont évidentes, parfaitement assumées. Ce sont autant de moments magiques qui célèbrent le génie musical d'un groupe dont les chansons semblent immortelles.
Je connais quelques «beatlesmaniaques» qui crieront au sacrilège, mais les arrangements somptueux de Let It Be, Dear Prudence, All You Need Is Love et autres Strawberry Fields concoctés par Eliot Goldenthal constituent des perles magnifiques accrochées à un film peinant à trouver sa cohésion. Car à vouloir tout dire et tout dénoncer (le message antiguerre en Irak est aussi subtil que la propagande pro-Bush sur Fox News), Julie Taymor se perd dans les dédales d'une intrigue croulant sous les clichés et laissant en plan bon nombre de personnages dont elle ne sait que faire. C'est lorsqu'elle élabore ses splendides tableaux musicaux, en pleine campagne, sur les toits du New York ou en compagnie d'un Bono que l'on pourrait confondre avec Robin Williams, que le film prend son envol. Et nous fait planer, comme dans le bon vieux temps...
Collaborateur du Devoir
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