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André Lavoie
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 septembre 2007

Mots clés : Neil Jordan, The Brave One, Cinéma, Culture, États-Unis (pays)

Neil Jordan ne s'est jamais embarrassé des frontières entre les genres: il s'y balade avec l'aisance des vieux routiers, habitué aux allers-retours entre Londres et Hollywood, capable de composer avec les contraintes financières ou les caprices artistiques. Cela ne surprendra donc personne si, après les déboires d'un travesti (Breakfast on Pluto), le cinéaste irlandais s'attarde à ceux d'une animatrice de radio qui décide de troquer le micro pour le fusil. Et à une vitesse défiant l'imagination.

***
The Brave One
(v.f.: L'Épreuve du courage)
Réalisation: Neil Jordan. Scénario: Roderick Taylor, Bruce A. Taylor. Avec Jodie Foster, Terrence Howard, Naveen Andrews. Image: Philippe Rousselot. Montage: Tony Lawson. Musique: Dario Marianelli. États-Unis, 2007, 122 min.***

The Brave One pourrait bien être décodé comme un rappel à la vigilance. Alors que l'on ne cesse de vanter le nouveau visage de New York -- plus propre, plus sécuritaire et plus convivial depuis le passage de la tornade morale provoquée par l'ancien maire Rudy Giuliani --, la métropole américaine résiste à l'idée de devenir une vieille dame respectable; son fond canaille la tenaille. C'est ce que découvre Erica (Jodie Foster), dont l'émission de radio se nourrit des bruits et surtout des émotions enivrantes que lui procure sa ville. Filant le parfait bonheur avec Daniel (Naveen Andrews), un médecin qu'elle est sur le point d'épouser, une simple promenade dans Central Park va virer au cauchemar. Attaqués par trois jeunes délinquants, Daniel succombe à ses blessures et quelques semaines plus tard, émergeant du coma et mal en point, Erica apprend la tragique nouvelle.

Son retour à la vie quotidienne s'avère laborieux, découvrant l'angoisse de marcher dans les rues d'une ville qu'elle croyait dominer. L'anxiété la pousse à acheter (illégalement) un revolver et rapidement, elle passe de victime à justicière, décidant de faire le sale boulot que la police refuserait, selon elle, d'accomplir: l'assassinat des crapules du même acabit que celles qui ont détruit sa vie. Sean Mercer (Terrence Howard), l'enquêteur chargé de retrouver les agresseurs d'Erica, est sensible à ses charmes, et au désarroi qu'elle exprime en ondes, ignorant que cette femme à qui il s'attache de plus en plus détient la clé des autres crimes qu'il tente d'élucider.

On pardonnera à Neil Jordan les multiples invraisemblances nécessaires à la bonne tenue, au rythme jamais relâché, de ce drame constitué d'une prémisse qui laissait craindre les pires lieux communs. Il est vrai que cette femme blessée a soif de vengeance, héroïne solitaire et fantasme permanent de l'Amérique de George W. Bush. Or, le pouvoir que lui procure son arme la fait basculer loin du monde douillet qui était le sien et la complexité du personnage n'en est que plus grande. Grisée par sa justice expéditive et sanglante, ambivalente par rapport aux sentiments de Sean à son égard, nullement apaisée à mesure que les cadavres s'accumulent, Erica ne possède pas la folie d'un Travis Bickle (l'ange exterminateur de Taxi Driver où Jodie Foster fit des débuts remarqués) mais semble en avoir l'ambition dérisoire.

Visiblement en quête d'un succès commercial après quelques échecs, financiers et non artistiques (Breakfast on Pluto, The Good Thief), Neil Jordan a trouvé en Jodie Foster l'interprète idéale. Celle-ci s'amuse à jouer, sur le tard, les héroïnes intrépides (Panic Room, Flightplan), mais elle sait aussi faire preuve de sensibilité, une qualité qui se perd souvent dans ces machines à broyer les ennemis de la bonne conscience américaine. Avec Terrence Howard en flic vertueux -- et crédible! --, The Brave One va sûrement plaire, mais certainement pas à ceux qui rêvent de tous nous voir avec un fusil dans nos poches.

Collaborateur du Devoir


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