F1: amende de 100 millions pour McLaren

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Éric Desrosiers
Édition du vendredi 14 septembre 2007

Mots clés : FIA, McLaren, F1, Sport, Automobile, Allemagne (Pays), Italie (pays)

Reconnue coupable d'avoir espionné sa rivale Ferrari, l'écurie McLaren-Mercedes est dépouillée de tous ses points

Confortablement installée, jusque-là, en première position du classement, l'écurie de Formule 1 McLaren-Mercedes a été dépouillée hier de tous ses points au championnat des constructeurs de cette année et condamnée à verser une amende de 100 millions pour avoir espionné sa rivale, Ferrari. Dans un jugement à la Salomon, les autorités du sport ont toutefois épargné ses deux pilotes, Lewis Hamilton et Fernando Alonso, presque seuls encore en lutte pour le titre de meilleur conducteur à quatre courses de la fin de la saison.

L'équipe dirigée par Ron Dennis ne pourra plus inscrire de point pour le reste de la saison, a indiqué le Conseil mondial de la Fédération internationale de l'automobile (FIA), au terme d'une réunion qui a duré 10 heures à son siège à Paris. L'organe suprême du sport se réserve également la possibilité d'infliger à l'écurie britannique de nouvelles sanctions la saison prochaine, une fois que l'on aura examiné les plans détaillés de la monoplace qu'elle entend faire courir en 2008, et que l'on aura pu voir si l'on y retrouve des emprunts mal acquis aux bolides de sa rivale italienne.

L'écurie aux voitures argentées a été dominante cette année. Après 13 épreuves, elle comptait un total de 166 points au championnat des constructeurs, 23 de plus que sa plus proche rivale Ferrari (143 points), et loin devant BMW Sauber (86 points) et Renault (38 points). À quatre courses de la fin de la saison, la Scuderia semble désormais presque assurée de remporter le titre de fabricant de la meilleure voiture.

«Ferrari est satisfaite que la vérité ait maintenant éclaté», a-t-elle déclaré hier par communiqué. Avec les nouvelles preuves apportées à la FIA «sont apparus des faits et des comportements d'une exceptionnelle gravité, sérieusement préjudiciables aux intérêts du sport», a-t-elle ajouté.

«Nous ne méritions pas d'être ainsi sanctionnés», a rétorqué Ron Dennis à la suite de la décision, dont les détails et les éléments de preuve doivent être dévoilés aujourd'hui. «La preuve apportée a clairement démontré que nous n'avions utilisé aucune des informations provenant de fuites pour améliorer notre compétitivité», a-t-il ajouté. L'équipe, qui fait également face à des poursuites civiles et criminelles devant les justices britannique et italienne dans cette affaire, n'a pas indiqué si elle entendait se prévaloir de son droit d'appel de la décision de la FIA.

Espionnage et trahison

L'histoire a éclaté le 21 juin lorsque Ferrari a accusé devant la justice italienne Mike Coughlan, le chef de projet de McLaren, d'avoir reçu au cours de l'hiver des mains de Nigel Stepney, un technicien anglais de la Scuderia, un document confidentiel de 780 pages contenant des données techniques sur sa nouvelle voiture, sur ses réglages et même sur des stratégies de course. L'affaire avait été jugée une première fois par la FIA le 26 juillet. On avait alors décidé de ne pas sanctionner McLaren, faute de preuve suffisante qu'elle s'était effectivement servie de ces informations pour fausser le championnat.

L'affaire devait cependant connaître un nouveau rebondissement lorsque le bruit a couru que de pareilles preuves existaient. Max Mosley, le président de la FIA, a alors intimé l'ordre aux pilotes et autres écuries de déballer tout ce qu'ils savaient en promettant l'immunité à ceux qui coopéreraient et de «sérieuses conséquences» à ceux qui ne le feraient pas. Le pilote Fernando Alonso et le pilote-essayeur Pedro De La Rosa, tous deux de McLaren, auraient alors remis des courriels qu'ils se seraient échangés aux alentours du mois de mars et où il apparaîtrait qu'ils connaissaient déjà les réglages des voitures de Ferrari. Lewis Hamilton, le troisième coureur de l'équipe, aurait affirmé quant à lui ne rien savoir.

Chose promise, chose due, la FIA a fait savoir hier que, «compte tenu des circonstances exceptionnelles» et de sa promesse, il «n'y aura pas de retrait de points à l'encontre des pilotes» de l'écurie fautive. Cela a pour effet de permettre que se poursuive la lutte au sommet que se livrent depuis le début de l'année l'étonnante recrue Lewis Hamilton (92 points) et le double champion du monde Fernando Alonso (89 points), séparés par seulement trois petits points à quatre courses de la fin de la saison, à la plus grande satisfaction des amateurs de courses automobiles. Les deux pilotes Ferrari, Kimi Räikkönen (74 points) et Felipe Massa (69 points), suivent beaucoup plus loin.

Alonso contre McLaren

Cette histoire ne manquera pas non plus de rendre un peu plus tendues encore, si cela était possible, les relations entre Fernando Alonso et l'écurie McLaren. Ces rapports étaient déjà au plus mal depuis que le premier avait accusé son équipe de n'en avoir que pour son coéquipier et rival, et que la seconde laissait entendre que l'Espagnol jouait la diva qui ne fait qu'à sa tête.

On n'a pas manqué de remarquer, hier, à Paris, l'absence de Fernando Alonso aux côtés de son patron, de ses principaux ingénieurs et de ses deux autres pilotes au moment de plaider la cause de l'équipe auprès de la FIA. «Je ne veux penser à rien en dehors d'ici, le "paddock"», a expliqué le bouillonnant pilote depuis le circuit de Spa-Francorchamps, où se tiendra dimanche le Grand Prix de Belgique. «Nous sommes liés avec nos trois pilotes par des contrats qui courent sur plusieurs années, a déclaré pour sa part Ron Dennis. Mais si un départ est souhaité par l'un d'entre eux, il se fera d'un commun accord.»

La décision de la FIA ressemble à un compromis visant à faire plaisir à tout le monde, estime René Fagnan, rédacteur en chef du site Internet spécialisé flagworld.com. Ferrari aura son championnat des constructeurs, mais la passionnante course au titre entre Hamilton et Alonso se poursuit.

Jusque-là, on disait que l'équipe ainsi que ses deux pilotes étaient passibles de disqualification pour l'ensemble de la saison 2007 et 2008. Pareille sanction avait déjà été appliquée à Toyota en 1995 et 1996 dans le cadre du Championnat du monde de rallye.

René Fagnan se dit surtout surpris par l'ampleur de l'amende imposée à l'équipe qui devra, en fait, verser 55 millions et se passer des 45 millions que la FIA devait lui verser cette année pour ses frais de déplacement et ses résultats en piste. L'écurie est tout de même l'une des plus riches du peloton et est détenue à 40 % par DaimlerChrysler et à 30 % par une société du royaume du Bahreïn. «C'est vrai que ces écuries ont les poches profondes, mais cela reste énormément d'argent, dit le spécialiste. Ça va certainement les handicaper pour la fin de cette saison, la saison prochaine et peut-être même la saison suivante.»

Attention à Ferrari

René Fagnan croit McLaren lorsqu'elle dit qu'elle n'a pas volé d'idées à Ferrari pour concevoir ses propres voitures. L'écurie n'a pas eu accès au volumineux dossier de Ferrari avant l'hiver, alors que les voitures d'une saison sont conçues l'automne précédent. «Par contre, McLaren pouvait sans doute tirer de l'information très utile sur les stratégies employées par Ferrari et peut-être en ce qui concerne aussi des dispositifs comme leurs fameux fonds plats mobiles, qui ont été dénoncés et interdits dès le début de la saison.»

La Formule 1 n'en est pas à sa première crise du genre. Mais cette fois-ci, les conséquences pourraient être plus graves, pense-t-il. «Cela me semble un dangereux précédent. Tout le monde était déjà parano en F1; là, ça risque d'être la folie. On parle déjà de nouvelles accusations, contre Renault cette fois. Et puis, je ne vois pas comment ils peuvent penser qu'ils arriveront un jour à protéger tous ces secrets quand on sait que les équipes peuvent avoir 150, 200, parfois 250 ingénieurs, sans parler des sous-traitants!»

Le dernier mot est revenu hier à Bernie Ecclestone, grand manitou de la Formule 1. Interrogé sur les conséquences que pourrait avoir la décision de la FIA pour McLaren et le sport automobile tout entier, il a répondu aux journalistes: «Personne n'est irremplaçable dans ce monde: ni Senna, ni Schumacher, ni McLaren, encore moins Bernie Ecclestone. Il n'y a qu'une équipe sans laquelle la F1 ne pourrait pas tourner: Ferrari.»

***

Avec Reuters, l'Agence France-Presse, Associated Press, L'Équipe et The Guardian


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Où va le monde? - par Etienne Merven (emerven@sympatico.ca)
Le vendredi 14 septembre 2007 15:00

Et on appelle ça du sport!!! - par Rino St-Amand (rinohohoh@yahoo.ca)
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Une étrange cour de justice - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le vendredi 14 septembre 2007 11:00

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