Roberval au photo-finish
Mots clés : Lac-Saint-Jean, Louise Boulanger, Élection, Québec (province), Canada (Pays)
Lundi, les électeurs de Saint-Hyacinthe-Bagot, d'Outremont et de Roberval-Lac-Saint-Jean se rendront aux urnes pour se choisir un nouveau député fédéral. Le Devoir termine aujourd'hui sa série de trois textes avec un portrait de la course extrêmement serrée qui agite le Lac-Saint-Jean.
«Depuis 18 mois, les ventes de machinerie ont chuté de 50 % et les réparations sont en baisse de 30 %», affirme Donat Massie, directeur de la succursale Wajax-Hydrofor de Saint-Félicien, une entreprise qui fournit la grosse machinerie utilisée par les compagnies forestières de la région. Sans l'appui de la multinationale Wajax, qui a racheté l'entreprise Hydrofor en 1995, la succursale serait déjà en faillite, soutient-il. «Le climat d'insécurité est total. Les compagnies ont peur d'investir dans leur machinerie. On pense à restructurer notre entreprise, mais on aimerait d'abord trouver des solutions et de la clientèle. Depuis 18 mois, on ne fait plus de profit, on survit.»
Dehors, bien alignée sous une pluie qui mitraille le Lac-Saint-Jean depuis des heures, les énormes tracteurs et les machines qui servent à aller chercher le bois en forêt attendent de nouveaux propriétaires qui ne viennent pas. «J'en ai pour sept millions de dollars en inventaire», dit Donat Massie, déconcerté.
La crise forestière frappe de plein fouet la région du Lac-Saint-Jean. Sur les 15 000 emplois perdus depuis 2002 dans cette industrie, 30 % l'ont été dans les environs du célèbre lac. Il s'agit d'une véritable bombe économique puisque 60 % des emplois de l'énorme circonscription de Roberval-Lac-Saint-Jean dépendent de la forêt.
L'élection partielle tourne donc évidemment autour de l'économie et de l'emploi, avec la foresterie en tête de lice, suivie du tourisme, de l'agriculture et de l'environnement. Ajoutez aux incertitudes la baisse démographique, jamais bien loin dans les esprits -- le Lac-Saint-Jean a perdu 2400 résidants en cinq ans, soit l'équivalent de plusieurs villages de la région --, et vous avez le cocktail idéal pour susciter une réaction chez les électeurs.
Les chiffres sont d'ailleurs éloquents: alors que le taux de participation au vote par anticipation qui a eu lieu en fin de semaine dernière a diminué par rapport à 2006 dans les circonscriptions d'Outremont et de Saint-Hyacinthe-Bagot (ce qui est normal lors d'élections partielles), il a plutôt bondi à Roberval-Lac-Saint-Jean. Près de 4000 électeurs ont déjà exercé leur droit de vote dans cette circonscription, contre 3416 en 2006, ce qui prouve également que les machines politiques fonctionnent très bien.
Dans les garages de Wajax-Hydrofor, la candidate libérale Louise Boulanger dégaine aux travailleurs sa phrase de campagne fétiche. «Je veux être votre patronne, je veux travailler pour vous à Ottawa», dit-elle en serrant les mains tachées d'huile des mécaniciens.
Femme d'affaires respectée et reconnue à Saint-Félicien (elle est présidente de la Chambre de commerce et propriétaire de l'autodrome), Mme Boulanger joue la carte de l'entrepreneure qui sait de quoi elle parle. Même si elle n'est pas favorite pour l'emporter, plusieurs militants libéraux de longue date dans la région sont heureux de constater que le chef Stéphane Dion a réussi à recruter une candidate de ce calibre. Surtout après le désastreux résultat de 2006 dans ce coin de la province, où le Parti libéral n'a récolté que 7,8 % des voix, loin derrière le Bloc québécois (45 %) et le Parti conservateur (37 %). «Les gens veulent suivre quelqu'un en qui ils ont confiance, et je suis le type de personne dont le comté a besoin», soutient Louise Boulanger.
Esprit de clocher
Les organisateurs bloquistes et conservateurs s'attendent à ce que la candidate libérale obtienne de bons résultats dans son fief de Saint-Félicien, sans toutefois représenter une menace sérieuse ailleurs dans la circonscription.
Il faut dire que traverser la circonscription de Roberval-Lac-Saint-Jean (60 500 km2) prend plus de trois heures en voiture. Dans ce grand territoire parsemé de 37 municipalités, plusieurs électeurs sont réticents à appuyer un candidat trop associé à une ville en particulier. Une réalité qui handicape non seulement Louise Boulanger mais surtout le candidat conservateur et maire de Roberval, Denis Lebel. Des citoyens craignent qu'il favorise son ancienne ville une fois élu. «C'est vrai, les gens m'en parlent», affirme au Devoir Denis Lebel, assis dans son local électoral au centre de Roberval. «Mais en tant que maire, je suis payé pour défendre les intérêts de ma ville. En tant que député, je dis aux gens que je serai l'homme de tout le comté.»
L'étroite association de Denis Lebel à Roberval (12 000 habitants) et de Louise Boulanger à Saint-Félicien (12 000) pourrait permettre à la candidate bloquiste Céline Houde de s'imposer comme rassembleuse, estiment ses organisateurs. «L'autre grand pôle de vote, celui de Dolbeau [15 000 habitants], pourrait faire la différence, dit un organisateur bloquiste. Mais il faut tout de même aller chercher des votes partout, parce que ça va être serré jusqu'à la fin. C'est vraiment une partielle difficile.» La couleur souverainiste du parti, qui transcende les divisions régionales, pourrait avantager le Bloc dans une lutte aussi serrée.
La bataille Bloc-PC
La grande bagarre, celle qui oppose le Bloc québécois au Parti conservateur, prend racine au même coin de rue, au centre de Roberval. Céline Houde et Denis Lebel ont établi leurs quartiers généraux à 100 mètres l'un de l'autre. Les deux meneurs incontestés dans cette course se livrent une lutte de tous les instants par pancartes et médias interposés.
Lors du passage du Devoir cette semaine, le grand local du Bloc québécois bourdonnait d'activité. Des téléphonistes s'assuraient que les électeurs sympathisants se déplaceront lundi. La majorité du Bloc québécois a fondu à seulement 3000 voix en 2006 dans ce bastion souverainiste, et le parti ne peut plus compter sur le charisme de son ancien député, Michel Gauthier, pour lui assurer la victoire.
Céline Houde met donc les bouchées doubles. «Écouter et servir les gens, j'ai fait ça toute ma vie», explique la candidate, infirmière à l'Hôtel-Dieu de Roberval. «Maintenant, je veux aider les gens en tant que députée. Je compte être très présente dans le comté.»
De l'autre côté de la rue, Denis Lebel affiche le calme de celui qui a vu d'autres bagarres électorales dans sa vie. Barbe grise parsemée de blanc, regard bleu et sourire empathique, le candidat conservateur de 53 ans charme avec une facilité déconcertante les électeurs qu'il croise. «On peut dire n'importe quoi pour tenter de se faire élire, mais il faut aussi être capable de livrer la marchandise. Stephen Harper a prouvé qu'il fait ce qu'il dit. C'est important pour les gens, et je compte moi aussi réaliser ce que je dis», affirme-t-il.
Denis Lebel n'entend pas s'asseoir sur sa notoriété locale. «Être connu est une chose, faire voter les gens en est une autre», prévient-il. D'ailleurs, s'il n'est pas élu lundi, il redeviendra maire de Roberval.
Vos réactions
Pas certain...les conservateurs - par Réjean Boutin (frimousse@contact.net)
Le jeudi 13 septembre 2007 07:00

