Opinion
La photo de l'accommodement - Pour le droit d'être un clown aux élections
Mots clés : François Yo Gourd, Radio-Canada, Élection, Média, Québec (province), Canada (Pays)
Je suis un candidat officiel représentant un parti officiel, neorhino.ca, faisant partie de la grande famille politique du Canada. [L'autre] matin, j'ai reçu un appel de Radio-Canada: on me demandait de faire parvenir une photo officielle de ma campagne en prévision de l'émission qui rapportera les résultats du vote, le lundi 17 septembre.
La gentille dame de Radio-Canada a laissé un message sur ma boîte vocale me disant qu'elle ne pouvait pas accepter ladite photo car ce n'était pas une photo officielle et que, en plus, elle était en noir et blanc. Elle me disait qu'elle avait besoin «d'une photo couleur non humoristique», sinon elle allait tenter de trouver une photo dans les archives de Radio-Canada, et si je n'étais pas d'accord, on allait «mettre une silhouette» à côté de mon nom.
En ces temps d'accommodements raisonnables où le président d'élections est tenté de tolérer le port du voile pour aller aux urnes, en ces temps où les citoyens canadiens ne peuvent même plus sourire sur leur photo de passeport, je pense qu'il est dangereux de toujours glisser vers le conformisme politique.
Le message politique du Parti néo-rhino est enrobé d'une présentation humoristique. C'est son essence historique qui a parfumé une des période les plus prenantes des élections canadiennes. De 1963 à 1993, le Parti Rhinocéros a contribué à intéresser à la politique un très grand nombre d'électeurs qui, autrement, ne se seraient pas rendus aux urnes.
En 2006, la naissance du Parti néo-rhino a été en grande partie attribuable à l'absence de rire et d'humour sur un terrain abandonné par plusieurs électeurs du Canada. Il est donc naturel que la photo officielle du candidat de ce parti représente les tendances du parti.
Les libéraux provinciaux ont tous eu beau se mettre le poing sous le menton, ils n'ont pas eu l'air plus intelligent pour autant. Les photos de mes autres collègues dans Outremont ne sont pas des jouissances pour les yeux non plus. On peut tout de même s'habiller comme on veut.
Je suis un clown, un foulosophe, un VIP, véritable idiot professionnel. Je suis toujours vêtu comme ça. C'est ma profession. Je proteste contre cette imposition d'un code vestimentaire austère et je réclame, comme mes frères de coeur du passé, l'imaginaire au pouvoir.
Car si on m'impose une cravate, cela va à l'encontre de mes droits les plus élémentaires: le droit d'être ce que je suis face à un système basé sur l'uniforme et le conformisme.
L'histoire d'une photo, suite et fin
Comme je n'étais pas très content de ne pas pouvoir utiliser la photo officielle de ma campagne pour l'émission sur les résultats du vote, j'ai porté plainte à l'ombudsman de la société d'État, Julie Miville-Dechêne.
J'ai fait parvenir une lettre à Radio-Canada, que voici: «Salutations à la direction de Radio-Canada. Bonjour, madame l'ombudsman et monsieur le directeur et toute autre personne ayant un peu d'humour. Je tiens à protester officiellement contre l'imposition d'une tenue vestimentaire pour les photos des candidats aux élections partielles dans Outremont, pour la soirée de diffusion des résultats à Radio-Canada lundi soir prochain.
Notre parti croit en ce système démocratique et veut y participer honnêtement et librement. Nous sommes pour une plus grande participation de toute la population aux élections. Il y a plusieurs façons d'être dans la vie. La façon sérieuse de Radio-Canada et la façon folle de Néo-Rhino n'en sont que deux.»
Radio-Canada a fait son travail avec compétence et nous en sommes arrivés au compromis suivant: la photo doit être en couleur, je dois regarder l'objectif de la caméra et je ne peux pas avoir mon chien, mais je peux être habillé comme je le veux.
Je suis donc allé chez une amie qui a pris une nouvelle photo, que vous voyez ici aux côtés de l'ancienne. C'est ce qu'on pourrait appeler un accommodement à l'amiable...

