La mal-aimée
Mots clés : crise financière, Éducation, UQAM, Montréal, Québec (province), Université, communication
Au plus fort de la crise financière qui la secoue, l'Université du Québec à Montréal (UQAM) serait-elle victime d'un vieux syndrome qui lui lègue le titre de souffre-douleur officiel? Alors que les communications entre l'établissement et les autorités semblent au plus mal, la question laisse derrière elle un grand malaise.
Mais d'imposants vices de communication lient l'UQAM au réseau de l'Université du Québec et au ministère de l'Éducation, et permettent de douter de la sincérité d'un règlement. Après avoir exprimé sa vive exaspération devant l'indolence de l'UQAM, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a été à son tour rabrouée cette semaine par la rectrice par intérim, Danielle Laberge. Celle-ci reproche au gouvernement d'avoir largué l'UQAM, lui imposant des compressions qui sabreront le coeur de sa mission.
On peine à comprendre en effet les intentions de ceux qui disent vouloir préserver l'UQAM tout en lui réclamant une cure qui appelle des mutilations extrêmes. Après avoir accueilli comme un premier bon pas le plan présenté en juin par l'UQAM -- 155 millions de moins en cinq ans --, Québec a soudainement exigé que l'université double cet effort, une demande à laquelle la rectrice Laberge ne peut se résoudre sans que cela désagrège son établissement.
En dehors de compressions cosmétiques, comment en effet l'UQAM peut-elle encore enlever 30 millions par année dans un budget qui en compte 300, dont 80 % sont happés par la masse salariale? Ceux qui espèrent que l'université effacera une ou deux facultés rêvent à des économies illusoires puisque toute disparition de programmes entraînera la diminution abrupte du financement par tête.
Tant la ministre Courchesne que le président du réseau UQ, Pierre Moreau, ont évoqué récemment la formidable occasion qui se profile à travers cette crise: la chance de se redéfinir, de revenir à sa mission «sociale» première. Doit-on comprendre que Québec aimerait voir sur un plan de retour à l'équilibre le tracé d'une université de sciences humaines uniquement destinée à une clientèle de premier cycle? Si telle est l'intention qui se camoufle derrière un certain courroux, qu'elle soit clairement affirmée.
Ces dernières années, l'UQAM a réalisé de louables efforts pour se tailler une place dans un univers montréalais fortement concurrentiel. Quatre universités sur une même île, le spectre d'une cinquième -- Sherbrooke -- en plein déploiement à Longueuil, l'ombre de l'Université de Montréal planant sur sa petite soeur du bas de la montagne, la réputation d'excellence de l'anglophone McGill au détour: de quoi jouer du coude!
Encore adolescente, l'UQAM a connu une jeunesse turbulente et souffre toujours du complexe d'université canaille et dissipée. Le préjugé n'a plus sa raison d'être et mène l'université à s'inscrire en victime aux yeux du gouvernement. Ce jeu de rôle n'a rien de gagnant.
En signifiant qu'elle ne sera pas de la prochaine course au rectorat, Danielle Laberge traduit la communication malsaine qui subsiste entre l'UQAM et le gouvernement. Elle tourne le dos à un impraticable défi, résolue à ne pas cautionner la mise à mort de l'UQAM telle qu'elle s'est développée au fil du temps. Qui, maintenant, acceptera de présider aux destinées incertaines de cette université?
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