Le protocole de Montréal plus efficace que Kyoto
Mots clés : gaz à effet de serre, kKyoto, protocole de Montréal, Climat, Changements climatiques, Canada (Pays), Montréal
Cinq fois plus de GES ont été éliminés en protégeant la couche d'ozone
L'ONU lance une nouvelle offensive sur les changements climatiques en tentant de faire d'une pierre deux coups lors de la conférence internationale qui s'ouvrira à Montréal dans une semaine. Elle tentera en effet d'obtenir des progrès substantiels à la fois dans le dossier de la protection de la couche d'ozone et dans celui des changements climatiques.«Si la communauté internationale convient de devancer de dix ans l'échéancier d'élimination des substances appauvrissant la couche d'ozone, elle réduira par le fait même les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine de 3,5 %, ce qui constituerait un gain substantiel dans la lutte contre les changements climatiques», a expliqué hier au Devoir, dans une entrevue exclusive, le directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), Achim Steiner. M. Steiner espère que ce pas décisif sera franchi lors de la rencontre internationale qui débutera la semaine prochaine dans la métropole québécoise et qui coïncidera avec le vingtième anniversaire du protocole de Montréal sur la protection de la couche d'ozone.
Les derniers calculs des experts onusiens sur les progrès accomplis dans le cadre de ce protocole indiquent que le retrait massif des substances appauvrissant la couche d'ozone (SACO) réalisé en 20 ans a eu un impact bénéfique, aussi capital que méconnu, sur le réchauffement du climat parce que plusieurs des substances novices pour la couche d'ozone se sont aussi avérées de puissants gaz à effet de serre (GES).
Le retrait des SACO sous l'empire du protocole de Montréal a en effet retranché de l'atmosphère terrestre cinq milliards de tonnes, ou gigatonnes (Gt), de gaz à effet de serre (en équivalents de CO2), soit cinq fois plus que la totalité de l'effort international planifié sous l'empire du protocole de Kyoto. La phase 1 du protocole de Kyoto doit en principe réduire d'une gigatonne les émissions de GES d'origine humaine. Cette gigatonne correspond à une réduction de 5 % des gaz à effet de serre de la planète au niveau de 1990, ce qui signifie que le protocole de Montréal a permis de réduire de 25 % les émissions de GES.
En 2005, les efforts combinés des 191 pays ayant ratifié le protocole de Montréal avaient permis de réduire globalement de 95 % les substances appauvrissant la couche d'ozone.
Les pays industrialisés, soit ceux qui ne sont pas visés par l'article 5 du protocole, ont ainsi éliminé en 20 ans 99,2 % des SACO produits et utilisés chez eux alors que les pays en développement ont réduit leurs émissions de 80 %. Il reste à éliminer quelque 88 000 tonnes de SACO encore émises chaque année, dont 76 000 tonnes par les pays en développement. C'est précisément cette production de SACO que la conférence-anniversaire de Montréal voudrait éliminer plus rapidement que prévu.
Les pays industrialisés doivent parvenir à une élimination totale de leurs SACO d'ici 2030 alors que les pays en développement doivent y arriver d'ici 2040. Les objectifs de réduction seraient alors devancés, si les parties en conviennent ici entre le 11 et le 21 septembre, à 2020 et à 2030 respectivement.
Des pas franchis
Les produits les plus problématiques demeurent les hydrochlorofluorocarbones, ou HCFC, qui ont remplacé les premiers CFC-11 et 12 (chlorofluorocarbones), bannis en premier par le protocole de Montréal. Des pays comme la Chine et l'Inde en produisent encore, mais un pas énorme a été franchi début juillet lorsque la Chine, plus gros producteur de CFC et de halons, un autre membre de la famille des SACO, a fermé cinq de ses six usines, devançant ainsi de deux ans et demi l'échéance du protocole.
Les 500 tonnes de CFC dont la Chine a décidé de poursuivre la production de façon temporaire serviront uniquement dans les aérosols-doseurs, utilisés notamment par les personnes asthmatiques. Par contre, dans les pays en développement, la production des HCFC, soit la génération de produits réfrigérants qui a succédé aux CFC, est à la hausse, ce qui inquiète les gestionnaires de l'ONU, sans parler du marché noir international, stimulé par les interdits.
De leur côté, les États-Unis demeurent le principal utilisateur de bromure de méthyle, un pesticide 50 fois plus dommageable pour la couche d'ozone que les CFC. Toutefois, la vie utile d'une molécule de bromure de méthyle se limite à un an dans la stratosphère, soit beaucoup moins longtemps que la centaine d'années pendant lesquelles les molécules de CFC percutent et détruisent les molécules d'ozone (O3). En 2004, les États-Unis ont obtenu de pouvoir utiliser encore 8942 tonnes par année de bromure de méthyle, soit 66 % de l'exemption autorisée par l'ONU à la demande d'une douzaine de pays, dont le Canada.
La plupart des SACO libérées par les humains dans l'atmosphère terrestre depuis leur découverte, en 1920, vont demeurer actifs dans la stratosphère pendant encore plusieurs décennies. Les experts de l'ONU estiment que l'échéancier actuel d'élimination devrait permettre au filtre solaire de la planète, qui la protège des rayons UV-B, de retrouver son état d'avant 1980 à un moment donné entre 2060 et 2075, soit un peu plus de 70 ans après la mobilisation de la communauté internationale autour de ce premier enjeu environnemental d'envergure planétaire.
C'est d'ailleurs pourquoi l'ONU et une bonne partie de la communauté internationale voient désormais dans le protocole de Montréal non seulement le traité environnemental le plus efficace jamais entériné mais aussi un modèle d'inspiration et d'action pour le dossier des changements climatiques, comme l'a expliqué hier Achim Steiner dans une entrevue exclusive que Le Devoir publiera dans un cahier spécial consacré à cette success story environnementale sans précédent, le samedi 15 septembre.
SACO et climat
Lorsque le protocole de Montréal a été signé, en 1987, on ignorait l'ampleur des réductions qu'il faudrait effectuer dans les procédés industriels qui avaient recours aux CFC pour produire des mousses isolantes ou faire fonctionner les appareils de réfrigération et de climatisation, sans parler des halons, utilisés dans les extincteurs chimiques, ou des bromidés, utilisés pour contrôler la prolifération des insectes et des moisissures sur les fruits et légumes. Aujourd'hui, le protocole de Montréal a ciblé plus d'une centaine de ces molécules, dommageables à des degrés divers pour la couche d'ozone.
Cependant, on connaissait encore moins la synergie qu'on allait découvrir plus tard entre la dispersion de ces molécules dans l'atmosphère et les changements climatiques, deux problèmes environnementaux intimement liés.
On a ainsi découvert par la suite que certaines molécules moins nocives pour la couche d'ozone, comme les HCFC, sont de puissants gaz à effet de serre. Par ailleurs, on s'est rendu compte que la rotation de la Terre provoque la formation de deux nuages combinant des vapeurs d'eau et des molécules de SACO au-dessus des deux pôles, ces nuages polaires étant à l'origine des fameux «trous» annuels qui laissent passer les UV-B vers le sol sur des surfaces pouvant atteindre les 30 millions de kilomètres carrés, comme dans le cas du trou le plus vaste, au-dessus de l'Antarctique.
À ces latitudes, les humains sont en général fort bien couverts avec leurs vêtements conçus pour résister au froid. Par contre, l'intensité du rayonnement solaire accroît le risque de développer des cataractes chez l'humain alors que les rayons trop puissants stérilisent littéralement la surface des océans en réduisant leur productivité primaire, un des premiers maillons de la chaîne de la vie.
L'appauvrissement de la couche d'ozone est aussi devenu un objectif prioritaire en raison du risque qu'il faisait courir à la production mondiale de denrées alimentaires, qu'un accroissement du rayonnement solaire aurait pu affecter à long terme. De plus, l'augmentation rapide du nombre de cataractes et de cancers de la peau aurait imposé des coûts exorbitants aux différents systèmes de santé tout en menaçant les populations les plus démunies des pays proches de l'équateur, malgré la résistance qu'elles ont obtenue à travers les âges en développant des peaux plus foncées.
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