Groupes populaires en alphabétisation - Un Québec sans mots

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Martine Letarte
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 septembre 2007

Mots clés : groupes populaires, alphabétisation, Éducation, Analphabétisme, Québec (province)

«Nous sommes collectivement responsables des difficultés que vivent les personnes analphabètes»

L'automne sera crucial pour les groupes populaires en alphabétisation du Québec. Lors de la consultation publique qui sera tenue en vue de la préparation de la nouvelle politique d'éducation des adultes et de formation continue, ils tenteront d'obtenir un financement plus adéquat et des mesures de soutien pour les personnes qui entreprennent une démarche d'alphabétisation. Des demandes bien justifiées, à l'heure où, selon Statistique Canada, environ 55 % de la population âgée de 16 ans ou plus au Québec n'atteint pas le niveau de littératie nécessaire pour fonctionner aisément dans la société actuelle.

Tous sursautent à la vue d'une statistique renversante: un peu plus d'un Québécois sur deux n'arrive pas à bien comprendre un texte suivi. Les groupes populaires en alphabétisation doivent constamment déconstruire des mythes.

«D'abord, beaucoup de gens pensent que les groupes d'alphabétisation du Québec travaillent à l'étranger, dans le domaine de la coopération internationale. Lorsque nous précisons que nous travaillons ici, dans la province, les gens pensent tout de suite que nous travaillons avec les immigrants qui ne parlent pas français. Lorsque nous leur précisons que nous n'aidons pas spécialement les immigrants, mais aussi des gens qui sont nés ici, ils pensent alors que nous travaillons avec des personnes très âgées qui ne sont pas allées à l'école. En réalité, nous travaillons avec toutes sortes de personnes, dont plusieurs jeunes Québécois qui sont nés ici mais qui ont connu plusieurs échecs dans le système scolaire», explique Caroline Meunier, responsable des dossiers politiques au Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ).

Des mesures de soutien

Selon la même étude de Statistique Canada, parmi les 55 % de la population québécoise qui n'atteignent pas un niveau de littératie suffisant pour fonctionner aisément dans la société, plus d'un million de personnes se situent à un niveau très faible. Le RGPAQ estime qu'il est essentiel que le gouvernement s'assure que ces personnes puissent entreprendre une démarche d'alphabétisation en éliminant le plus d'obstacles possible.

«Il faut savoir que les personnes qui ont besoin de services dans le domaine de l'alphabétisation sont des adultes, avec des responsabilités d'adultes. Comme l'analphabétisme est très souvent lié à la pauvreté, plusieurs mesures de soutien devraient être instaurées pour enrayer les obstacles à la participation à une démarche d'alphabétisation. Par exemple, le gouvernement devrait assumer les frais de garde des enfants des participants et les coûts liés à leur transport. De plus, ces mesures devraient être offertes à tous les participants, peu importe qu'ils soient bénéficiaires de l'aide sociale ou travailleurs, parce que l'on sait bien que, même s'ils ont un boulot, la très grande majorité d'entre eux ne roulent pas sur l'or!», s'exclame Mme Meunier.

Pour un meilleur financement des organismes

Le réseau des groupes populaires en alphabétisation doit également être en mesure d'absorber ces nombreux Québécois qui atteignent seulement un niveau de littératie très faible. Voilà pourquoi le RGPAQ demande au gouvernement du Québec un financement adéquat.

«D'abord, nous demandons que nos subventions soient indexées chaque année, car il est évident que ne pas le faire équivaut à une perte de financement pour nous», indique Caroline Meunier.

De plus, le RGPAQ revendique un réinvestissement auprès des différents organismes d'alphabétisation populaire. «Il y a au Québec environ 130 organismes d'alphabétisation populaire, qui reçoivent en moyenne chacun 82 000 $ de financement annuel, ce qui est très peu lorsqu'on considère qu'il faut payer le loyer, le matériel et les employés avec ce montant. Comme le dernier investissement du gouvernement dans le domaine a eu lieu il y a une dizaine d'années, nous évaluons que nous avons maintenant besoin de 20 millions supplémentaires pour assurer la consolidation et le développement du réseau», affirme la responsable des dossiers politiques au RGPAQ.

Un réinvestissement massif serait également souhaitable pour que les groupes d'alphabétisation populaire puissent mener une grande campagne de sensibilisation à travers la province. Car, souvent méconnus du grand public, ces organismes sont pourtant bien différents des structures d'éducation traditionnelles.

«Contrairement aux commissions scolaires, nous ne donnons pas de diplômes et nous n'avons pas un programme prédéfini à faire passer. Les groupes travaillent avec les gens qui viennent cogner à leurs portes et ils construisent le programme selon leurs besoins et leurs intérêts. Nous essayons aussi d'amener les gens à s'exprimer, à connaître leurs droits et à améliorer leur qualité de vie. Comme nous sommes de petits groupes communautaires, il y a également beaucoup d'entraide entre les participants», précise Mme Meunier.

Plusieurs personnes choisissent ce type d'organismes puisqu'elles ont connu une série d'échecs dans le système d'éducation traditionnel, alors elles craignent d'y retourner. «Notre contexte d'apprentissage est souvent plus adéquat pour ces personnes et les abandons sont moins fréquents», poursuit-elle.

Un automne chaud

Les besoins sont donc bien présents pour le RGPAQ, mais il lui est toujours bien difficile de trouver une oreille attentive. Toutefois, l'arrivée d'une nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, suscite de bons espoirs. «C'est certain que tous les liens sont à rebâtir, mais nous espérons que ce soit une bonne nouvelle. Nous la rencontrerons prochainement et nous sommes confiants, puisqu'elle semble ouverte», affirme Caroline Meunier.

Lorsqu'il se prononcera lors de la consultation publique en vue de la préparation de la nouvelle politique d'éducation des adultes et de formation continue, armé des dernières statistiques coup-de-poing, le RGPAQ souhaite que des actions concrètes et significatives soient entreprises pour améliorer la situation des organismes d'alphabétisation populaire. «Nous sommes collectivement responsables des difficultés que vivent les personnes analphabètes et nous devons les aider, en faire une priorité. Lorsqu'on dit que l'alphabétisation est importante, cela signifie qu'on y investit des ressources. Il faut être cohérent, et c'est ce que nous demandons au gouvernement.»

Collaboratrice du Devoir


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