Fondation pour l'alphabétisation - Vaincre l'analphabétisme

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Claude Lafleur
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 septembre 2007

Mots clés : jeunes, société, Analphabétisme, Éducation, Canada (Pays), Québec (province)

Un jeune adulte québécois sur trois est incapable de comprendre le sens d'un paragraphe d'un texte

Selon les plus récentes données, 49 % des Québécois âgés de 16 à 65 ans n'ont pas la capacité de lire suffisamment bien pour fonctionner dans notre monde moderne. À défaut d'un meilleur terme, indique Maryse Perreault, présidente-directrice générale de la Fondation pour l'alphabétisation, on les considère comme des analphabètes, même s'ils savent lire. «Ces personnes n'ont pas les habiletés requises pour remplir un emploi de qualité raisonnable, pour faire face et s'adapter aux changements, pour aider leurs enfants à l'école ou, tout bonnement, pour jouer leur rôle de citoyen», résume-t-elle.

On compte au Québec 800 000 adultes qui sont incapables de lire une phrase au complet ou d'en dégager le sens. Il y en a également 1 700 000 autres qui éprouvent d'énormes difficultés: par exemple, ils peuvent comprendre le titre des articles d'un journal mais pas un paragraphe. Une autre donnée importante, relate Maryse Perreault, est le fait que 37 % des jeunes adultes (16-25 ans) sont à ces niveaux. «C'est dire que l'analphabétisme se retrouve partout dans la pyramide des âges de notre société», dit-elle.

Néanmoins, la situation s'améliore, puisqu'il y a dix ans on comptait un million d'analphabètes graves, au lieu de 800 000. «On fait des progrès, relate Mme Perreault, bien qu'il ne s'agisse pas de progrès spectaculaires. Il faut dire que nous ne disposons pas non plus de budgets spectaculaires pour combattre l'analphabétisme!»

Enracinement profond

Comment expliquer qu'en 2007, dans une société aussi informatisée que la nôtre, tant de personnes et, surtout, tant de jeunes soient analphabètes?

Il y a plusieurs facteurs qui entrent en jeu, indique la p.-d. g. de la Fondation pour l'alphabétisation. «La première raison, et la plus évidente, dit-elle, c'est que l'éducation n'est pas valorisée dans le milieu familial.» De surcroît, l'analphabétisme se transmet d'une génération à l'autre. «Il est très rare que des universitaires engendrent des enfants analphabètes, illustre Maryse Perreault, alors que, très souvent, les enfants qui décrochent de l'école ont des parents sous-scolarisés et analphabètes.»

«Les enfants qui naissent dans un milieu défavorisé partent perdants avant même qu'un professeur ne leur ait adressé la parole, poursuit-elle. L'analphabétisme est donc plus qu'un problème d'éducation, c'est une problématique sociale plus vaste. Voilà pourquoi il est si difficile de lutter contre elle.»

S'attaquer au problème

par les deux bouts

Puisque l'analphabétisme a une composante intergénérationnelle, il faut l'aborder simultanément «par les deux bouts», indique Mme Perreault. Il faut à la fois se préoccuper autant des enfants que des parents. À cette fin, la Fondation a mis sur pied deux programmes: La Lecture en cadeau, pour les enfants, et le service d'aide et de référence téléphoniques Info-Alpha, pour les adultes.

«Nous ne faisons pas comme telle de l'alphabétisation, explique Mme Perreault, puisque l'offre de formation est abondante partout au Québec.» L'écueil principal réside au niveau de la demande. «Les adultes qui éprouvent des problèmes ne sont pas tentés de chercher de la formation, dit-elle. La plupart du temps, il s'agit de gens qui ont décroché de l'école, qui n'ont pas aimé l'école et que l'école n'a pas aimés...»

En collaboration avec le ministère de l'Éducation, la Fondation mène des campagnes de promotion là où se retrouvent les personnes en difficulté. «Entre autres, nous sensibilisons et outillons les intervenants des CLSC, les infirmières, les organisateurs communautaires, le personnel du Centre local d'emploi, etc., pour faire en sorte que leur clientèle qui a besoin de notre aide nous appelle.»

Toutefois, il peut s'écouler des années entre le moment où une personne en difficulté obtient le numéro de la ligne Info-Alpha (1 800 361-9142) et celui où elle le signalera. «Ce n'est pas rare qu'on nous appelle après trois ans, indique Maryse Perreault. La première chose que nous faisons, c'est d'écouter. Généralement, la personne qui nous appelle a besoin de parler, de dire ce qu'elle vit: "Je suis allée à l'école et ç'a mal été, nous dit-elle. Je n'ai pas eu la chance d'apprendre..." Un appel dure en moyenne vingt minutes, parfois même jusqu'à une heure. Et lorsque cette personne se dit prête à entreprendre une formation, on lui demande ce qu'elle en attend, puis on la dirige vers la ressource appropriée.»

Des adultes de tout âge et de toute condition appellent à la ligne Info-Alpha, précise Mme Perreault. Il y a cependant davantage de femmes que d'hommes, tout bonnement parce que, souvent, ce sont des aidants naturels (plutôt des aidantes naturelles) qui appellent pour leur fils ou pour leur mari. «Il est fréquent qu'une tierce personne fasse les premières démarches», dit-elle.

C'est ainsi que, bon an mal an, la Fondation reçoit de deux à trois mille appels téléphoniques et qu'elle a à ce jour aidé plus de 65 000 personnes.

« Mon premier livre à moi ! »

L'«autre bout du problème» -- les jeunes enfants -- est traité par l'entremise du programme La Lecture en cadeau. À l'occasion du Salon du livre de Montréal, la Fondation invite les visiteurs à acheter un livre jeunesse neuf destiné à un enfant de 1 à 12 ans. Ces livres sont ensuite distribués via un réseau d'écoles primaires en milieu défavorisé, de CPE et d'organismes communautaires. «Puisqu'un enfant qui aime lire aura beaucoup moins de difficultés à l'école, nous faisons ainsi de la prévention en développant son rapport au livre», explique Mme Perreault.

Pour ces enfants, recevoir un livre neuf est un cadeau merveilleux. «Vous devriez voir l'étincelle qui brille dans leurs yeux, rapporte Mme Perreault. Lorsqu'on procède aux distributions, au mois de mai, on voit des enfants qui n'en reviennent pas qu'un adulte ait pris la peine de choisir un livre pour eux et qui le lui dédicace...»

Les donateurs sont en outre invités à inscrire leurs coordonnées sur une carte postale insérée dans le livre qu'ils donnent. «Vous devriez voir les enfants s'appliquer à écrire un petit mot sur la carte postale ou à faire un dessin, relate tout sourire Mme Perreault. C'est très touchant de les voir aller...»

Le programme La Lecture en cadeau est aussi une façon pour la Fondation de sensibiliser le grand public au fait que beaucoup d'enfants n'ont pas accès à la lecture. Il y a neuf ans, lors de la première année du programme, la Fondation a distribué deux mille livres dans la région de Montréal. En mai dernier, elle en a remis 25 293 à travers le Québec. «Évidemment, nous ne pouvons évaluer quel impact a notre programme, mais nous sommes certains qu'il ne peut pas faire de tort... bien au contraire!», lance, emballée, Maryse Perreault.

Collaborateur du Devoir¡


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