Une population analphabète à 80 %
Mots clés : Éducation, Analphabétisme, Québec (province), Afrique (Région)
«Que ce soit ici ou en Afrique, les organismes d'alphabétisation sont toujours en mode survie»

Photo: Le Devoir
«Nous voulions vraiment mettre l'éducation non formelle au centre de l'attention des gouvernements, de la population et des médias en Afrique de l'Ouest. Nous voulions créer un espace où l'on pourrait échanger, discuter des enjeux de l'alphabétisation qui, au Canada comme en Afrique, est le parent pauvre de l'éducation, alors que près de 80 % de la population est analphabète au Niger. Nous voulions que les gouvernements des pays africains et les différents bailleurs de fonds dans le domaine de la coopération internationale comprennent qu'il y a beaucoup de besoins à combler en ce qui a trait à l'alphabétisation et que peu de gens sont intéressés à financer des projets», explique la chargée de projet régional pour la direction Afrique, au CECI, Louise Camiré.
La base du développement
Le CECI pilote un grand projet d'alphabétisation au Niger, où il est présent dans sept régions. «Le Niger est le pays le plus pauvre de la planète et l'éducation est à la base du développement. Tant qu'il n'y aura pas au moins 70 % de la population qui sera alphabétisée, le pays aura toute la misère du monde à se développer», indique Mme Camiré.
Au cours des dernières années, le CECI a été intensivement actif au Niger en matière d'alphabétisation et plusieurs grands changements ont été remarqués auprès de la population. Évidemment, les personnes nouvellement alphabétisées gagnent beaucoup de confiance en elles et plusieurs impacts positifs se font ressentir sur la société.
«Les mères de famille alphabétisées ne présentent plus de résistance à envoyer leurs enfants à l'école, puisqu'elles ont vu l'importance d'apprendre à lire et à écrire. Les femmes sont également capables de lire les carnets de santé de leurs enfants et sont davantage en mesure de gérer des activités économiques. L'alphabétisation amène également un nombre plus important de citoyens à participer à la vie communautaire et politique de leur village», remarque Louise Camiré.
Sur le terrain, le CECI travaille avec des organismes nigériens qui font de l'alphabétisation dans les langues locales. Toutefois, précise la chargée de projet, il est de plus en plus question de faire de l'alphabétisation en français, puisque c'est la langue officielle du gouvernement et des affaires. Des expériences se font actuellement sur le terrain et l'alphabétisation en français devrait prendre de plus en plus d'importance au fil des ans.
Les organismes
en mode survie
Lors du Forum international sur l'éducation non formelle, les différents intervenants présents en provenance du Canada et des pays africains se sont aperçus qu'ils vivaient les mêmes difficultés, notamment en ce qui a trait au financement.
«Que ce soit ici ou en Afrique, les organismes d'alphabétisation sont toujours en mode survie. Les intervenants présents se sont rendu compte qu'ils vivaient la même chose, à des échelles différentes, bien sûr. Car il faut savoir que même si, ici, l'alphabétisation est le parent pauvre de l'éducation, l'Afrique a encore beaucoup moins de moyens. Là-bas, beaucoup plus de gens sont analphabètes, et pourtant ils n'ont pratiquement aucune ressource. Les gens suivent des cours assis sur des troncs d'arbre», souligne Mme Camiré.
D'ailleurs, pour tenter d'améliorer le financement des organismes d'alphabétisation ici comme en Afrique, les participants du Forum ont recommandé aux pays de consacrer au secteur de l'éducation non formelle au moins 5 % du budget alloué à l'éducation. Une autre recommandation s'adressant aux pays du Sud consiste à allouer à l'alphabétisation une partie importante des fonds reçus sur les remises de dettes (fonds des pays pauvres très endettés). «Pour que ces recommandations ne soient pas seulement des voeux pieux, nous avons mis sur pied des comités pour prendre en charge le suivi et pour faire du lobbying auprès des gouvernements», précise Louise Camiré.
Des échanges enrichissants
En organisant le Forum international sur l'éducation non formelle, c'était la première fois que le CECI intégrait des participants canadiens dans son travail avec ses partenaires du Sud. L'expérience a été particulièrement enrichissante pour les deux parties et a donné lieu à des initiatives de collaboration.
«Par exemple, un partenaire du CECI au Niger, qui s'appelle le REPT/NI, a été particulièrement intéressé par une approche d'éducation non formelle familiale développée par la Fédération canadienne pour l'alphabétisation en français (FCAF). Le REPT/NI a donc envoyé un volontaire au Canada pour recevoir une formation de la FCAF et pour assister à l'expérience. Ensuite, il retournera au Niger pour développer une approche semblable», se réjouit Mme Camiré.
Le Forum a aussi permis aux différents intervenants africains de comprendre l'importance du réseautage. «Lorsqu'on cesse de ramer seul et qu'on forme un réseau, c'est beaucoup plus facile d'avancer, poursuit-elle. Ensemble, des organismes peuvent faire pression pour faire changer des politiques et pour faire des demandes de financement. D'ailleurs, les différents intervenants du Forum sont restés en contact grâce à la création d'une liste de courriels et nous diffusons maintenant de l'information à travers tout le réseau créé. Chacun a à apprendre de l'autre.»
Collaboratrice du Devoir
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