Norvège - Muser à Oslo
Mots clés : bateau, Oslo, Transport, Tourisme, Norvège (pays)

Peint en quatre versions, Skrik (Le Cri) est sans conteste une des oeuvres les plus mondialement connues. Exposés à la Nasjonalgalleriet (Musée national des beaux-arts) et au musée Munch d'Oslo, deux exemplaires de ce célébrissime tableau ont donné des sueurs froides aux conservateurs de ces établissements quand ils ont tour à tour été dérobés (en 1994 et en 2004) avant d'être retrouvés.
Mais aucun d'entre eux ne sied vraiment à la ville où ils ont été peints. En effet, contrairement à cette oeuvre fondatrice de l'expressionnisme, Oslo n'a rien d'accablant.
Petite ville à taille humaine d'environ 600 000 âmes et plus ancienne capitale scandinave (1048), cette vénérable cité millénaire ne vous chavire pas l'âme, de prime abord. Elle peut bien nager dans les pétrodollars, elle n'arbore pas de signe évident de richesse et ne déploie aucune marque ostentatoire d'opulence. Elle a beau s'enrichir de l'Akershus Slott, le château médiéval le mieux préservé du pays, et du Slottet, le palais royal néoclassique où vit la famille royale d'Harald V, elle ne procure pas pour autant de frissons, fussent-ils d'exaltation.
En fait, la pire angoisse qu'on peut vivre à Oslo, qui était jusqu'à l'an dernier la ville la plus chère du monde, c'est commander un verre au bar ou s'acheter un paquet de cigarettes: tous deux sont littéralement hors de prix, ce qui fait de la capitale norvégienne un excellent lieu de séjour pour les poivrots fumeurs soucieux de se débarrasser de leurs petits travers.
La sobriété semble d'ailleurs être un des traits caractéristiques de l'ancienne Christiania, quasi autodafée en 1648 et capitale d'un pays qui était jadis un des plus pauvres d'Europe: pour s'en convaincre, on n'a qu'à jeter un coup d'oeil sur le Rådhuset, l'hôtel de ville à l'indéniable rigueur fonctionnaliste.
Mais comme il en va des sympathiques Osloïtes, il ne faut pas se fier qu'à l'apparence extérieure: l'immense Rådhushallen, le hall central de l'hôtel de ville, comporte de colossales et remarquables fresques bigarrées.
C'est ici, chaque année, qu'on remet le seul prix Nobel qui ne soit pas attribué à Stockholm: celui de la paix, cette même paix qui semble nimber les Norvégiens d'Oslo, pétants de beauté et de santé, malgré une alimentation très américaine.
Sans doute est-ce la combinaison magique de plusieurs éléments qui les façonne de la sorte: l'air salin d'une mer limitrophe, la dynamisante lumière du nord, un fort penchant pour le vélo urbain, une véritable propension au plein air vu la proximité d'une nature accessible en métro et l'absence de stress découlant de l'appartenance à un État-providence qui s'occupe de ses sujets jusque dans les derniers retranchements de la vie.
Sur la Karl-Johansgate, cette agréable grande avenue bordée de terrasses où s'érige l'université, on sent bien la subtile indolence de ceux qui habitent une contrée où il fait si bon vivre sans avoir à survivre.
Sur les quais d'Aker Brygge, les anciens docks bondés de boutiques, de bars et de galeries, les Osloïtes lézardent au soleil, plongent le nez dans leur quotidien (les Norvégiens sont les plus grands lecteurs de journaux du globe) ou s'embarquent sur un traversier pour gagner une des îles pittoresques qui essaiment au large d'Oslo, nichée au fond d'un fjord de 100 kilomètres, là même où Munch «vit les nuages enflammés, tel du sang», avant de brosser frénétiquement sa toile.
On se demande d'ailleurs comment cette ville quiète, presque effacée et imperméable aux vicissitudes de l'existence, peut susciter autre chose que de la sérénité ou, au pire, du flegme. On demeure tout aussi perplexe devant la naissance de tant de groupes de black métal, cette musique rebelle aux accents de fin du monde qui donnerait des poussées d'urticaire à Grieg s'il n'était pas attablé au banquet d'Odin. Sont-ce les gènes vikings qui marquent profondément l'ADN des Norvégiens d'Oslo? Après tout, c'est notamment d'ici que partaient ces seigneurs des pays du Nord.
De Terre-Neuve à Bagdad
Entre les VIIIe et XIe siècles, les Vikings ont sillonné mers et fleuves du monde connu et inconnu, de la Franconie jusqu'à Bagdad, de Miklågard (Byzance) jusqu'au Vinland (Terre-Neuve). Plus que de simples barbares conquérants ou de fieffés mercenaires, ils étaient également de rudes commerçants et, bien sûr, d'incroyables navigateurs, grâce à leurs petites merveilles d'embarcations légères, les drakkars. Au lieu de casser les vagues, ces bateaux plats les épousaient, ce qui permettait à ces «corsaires païens» d'affronter des mers démontées et... de débarquer directement à terre, histoire d'envahir allégrement les contrées qu'ils ont mises à sac.
C'est sur la presqu'île de Bygdøy, droit en face d'Oslo, qu'on trouve deux spécimens particulièrement éblouissants de drakkars, au Vikingskiphuset (Musée des bateaux vikings). Bien que le bateau de Tune ne forme qu'un amas de planches, celui d'Oseberg, qui date de 834, arbore de superbes sculptures de dragons et de serpents. Quant au très élégant bateau de Gokstad, il forme le plus bel exemple connu de drakkar du long de ses graciles 24 mètres presque intacts. Si ces navires de chêne ont si bien traversé les siècles, c'est qu'ils ont servi de véhicules funéraires à d'augustes vikings et qu'ils furent ensevelis sous un tumulus, à même un sol très argileux.
Surnommée l'île des musées, Bygdøy compte aussi d'autres établissements muséaux traitant de la thématique maritime, incontournable dans ce pays qui vit par et pour la mer. Outre le Norsk Sjøfartsmuseum (Musée de la marine norvégienne), le Frammuseet abrite le Fram, l'incroyable navire de bois utilisé par Roald Amundsen pour rallier le pôle Sud, de même que le Kon-Tiki Museet.
Ce dernier héberge deux coques de noix que l'explorateur Thor Heyerdal a utilisées dans ses deux plus folles équipées: le Ra II, un radeau en papyrus qui lui a servi à traverser l'Atlantique en 1970, de même que le Kon-Tiki, ce radeau de balsa sur lequel il a pris place en 1947 pour démontrer que la Polynésie avait d'abord été colonisée par des peuplades d'Amérique du Sud. S'il a réussi à naviguer du Pérou aux Tuamotu, il n'est pas parvenu à convaincre les exégètes de l'histoire du bien-fondé de sa thèse.
Enfin, dans un tout autre registre, Bygdøy abrite le Norsk Folkemuseum (Musée du peuple norvégien), où on a rassemblé 150 bâtiments de tous les coins du pays et transféré une authentique stavkirke datant de 1200, unique spécimen visible à Oslo de ces ravissantes «églises en bois debout», typiques du pays.
S'il est cependant un lieu à ne pas manquer à Oslo, c'est le Vigelandsparken, une prodigieuse collection en plein air de remarquables sculptures signées Gustav Vigeland. Érigées suivant un plan ordonné dans l'immense parc Frogner, près de 200 oeuvres de bronze et de granit représentent tout l'éventail des émotions humaines. Pour certains, les dizaines de nus massifs ont parfois l'air mal équarris, ce qui a valu à Vigeland le sobriquet de «Rodin du Neandertal»; pour d'autres, ces personnages colossaux et baraqués dégagent de troublantes humeurs et suscitent à tout coup l'émoi.
Du splendissime portail Art déco de l'entrée au pont qui enjambe les étangs Frogner, de la gigantesque fontaine formée d'une vasque soutenue par six Atlantes à l'incroyable Monolithe -- un obélisque formé d'un enchevêtrement de 121 corps --, tout a été conçu, pensé et produit par Vigeland sur plus de 40 ans.
À l'une des extrémités du Vigelandsparken, le Vigelandsmuseet (Musée Vigeland) loge dans l'ancienne demeure de l'artiste que la ville d'Oslo avait fait construire pour lui. Car celle-ci a retenu ses services une bonne partie de sa vie, lui laissant toute latitude pour créer et aménager son parc comme bon lui semblait, tandis que mécènes et collectes de deniers publics permettaient à Vigeland de produire sans se soucier de son pain et de son beurre.
De quoi susciter l'envie de bien des créateurs, à commencer par Munch, qui, même s'il a connu un certain succès de son vivant, n'a jamais eu droit à pareil privilège. Et ça, pour un artiste, c'est drôlement angoissant.
En vrac
- De Montréal, plusieurs transporteurs desservent Oslo via les grandes villes d'Europe. L'aéroport est situé à une vingtaine de minutes du centre-ville, mais celui de Sandfjord, où atterrissent les transporteurs à rabais, est à 100 kilomètres. Si on économise alors sur l'avion, on débourse ferme pour le coût de l'autocar.
- À se procurer en arrivant: l'Oslo Card, qui permet d'accéder à tous les (coûteux) transports en commun. Tarifs: 195, 285 ou 375 NKR pour un, deux ou trois jours. 1 NKR (couronne norvégienne) = 0,18 $CAN.
- À voir sans faute, le Munchmuseet (Musée Munch). Construit après la mort de Munch, il compte 5000 dessins et tableaux légués par le peintre à la Ville d'Oslo. Le Musée national des beaux-arts compte également deux salles dédiées à Munch. http://www.munch.museum.no, www.nasjonalmuseet.no. Pour un aperçu de l'oeuvre de Vigeland: www.vigeland.museum.no.
- À fréquenter: le Grand Café du Grand Hôtel, où Edvard Munch et Henrik Ibsen, père de Peer Gynt, avaient leurs habitudes ( Karl-Johansgate 31); Tekehtopa, pittoresque café aménagé dans une ancienne pharmacie, très fréquenté par la faune universitaire (St Olav plass 2).
- Les soiffards et amateurs de vin qui tiennent à ne pas revenir complètement décavés de Norvège devraient faire des provisions à l'arrivée, au Vinmonopolet de l'aéroport, en hors taxe. Aubaines garanties.
- Pour séjourner à prix modique à Oslo, le Guide du routard et le Lonely Planet (en français) publient tous deux des ouvrages fort complets et à jour sur la Scandinavie. Avant de partir et sur place, le centre d'information Use-It (Møllergata 3, www.use-it.no) offre une foule de services pour petits budgets (réservation gratuite, conseils, etc.).
- Renseignements sur Oslo: www.visitoslo.com; Office national de tourisme de Norvège: www.visitnorway.com.
L'auteur était l'invité de Norwegian Coastal Voyage.
Collaborateur du Devoir
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