Afghanistan - Au pays du «tigre» blessé
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Le développement se fait en grande partie à coups de microprojets

Quelque 80 % des Afghans vivent à la campagne, où les conditions de vie pourraient bien s'améliorer au cours des prochaines années avec la fin d'une longue période de sécheresse.
La population urbaine est surtout concentrée à Kaboul, où elle est passée d'environ un million d'habitants en 2001 à trois millions aujourd'hui.
Cette explosion démographique dans la capitale s'explique surtout par le fait que de nombreux réfugiés rentrés d'exil s'y sont établis, au lieu de regagner leur région d'origine. Or la capitale ne possède ni les infrastructures ni les possibilités d'emploi nécessaires pour accueillir une telle population.
33 % de chômeurs
Que ce soit à la ville ou à la campagne, de nombreux Afghans vivent dans une grande pauvreté ou à tout le moins dans des conditions très difficiles. Le gouvernement évalue le taux de chômage à 33 %, tandis que la plupart des emplois sont précaires ou saisonniers.
Ainsi, on peut voir chaque matin, assis à certains ronds-points de la capitale, des centaines d'hommes qui attendent qu'on vienne leur proposer du travail à la journée.
Plusieurs programmes mis en oeuvre par le gouvernement afghan ou par des organisations caritatives visent cette population déshéritée, qui compte aussi de nombreuses veuves ou jeunes femmes devant subvenir aux besoins d'une famille.
L'un d'eux porte le nom de Mécanisme de microfinancement et de soutien en Afghanistan, MISFA selon l'acronyme anglais. Il s'agit d'un programme national de microcrédit qui a été établi en 2003 et qui est doté de 60 millions.
Le gouvernement afghan (mais aussi le gouvernement canadien, qui le finance à la hauteur de 40 millions) affirme que ce programme a rejoint plus de 300 000 personnes, dont les trois quarts étaient des femmes. Le taux de remboursement des prêts serait de 98 %, un taux encore plus élevé qu'au Bangladesh, où la formule du microcrédit a été inventée.
Le MISFA fournit des fonds à divers organismes de microcrédit, dont certaines ONG de développement. Dans les villages, les prêts permettent aux agriculteurs d'acheter des semences, du bétail ou des instruments aratoires.
En ville, les programmes de microcrédit s'adressent souvent à des femmes. Par exemple, une organisation appelée Partners in Revitalization and Building a consenti des prêts d'environ 200 $ à plusieurs des femmes qui avaient suivi des cours de couture (et d'alphabétisation pour celles qui en avaient besoin) dans son centre situé dans un quartier populaire de Kaboul.
« Solidarité nationale »
Le ministère du Développement rural a mis en place depuis quatre ans un programme dit «de solidarité nationale», qui vise à doter les villages des équipements qui leur font le plus cruellement défaut. Les habitants déterminent eux-mêmes leurs priorités, après avoir élu démocratiquement un «comité de développement communautaire».
Le ministre, Mohammed Ehzan Zia, parle d'«un programme phare, parce qu'il met l'accent sur la participation civique en même temps que sur l'éradication de la pauvreté».
La grande majorité des donateurs internationaux financent ce programme, qui a rejoint à ce jour 22 000 des quelque 38 000 villages que compte ce pays à la géographie capricieuse. «Depuis 2002, les succès ont été plus grands dans les régions rurales, observe Miriam Sherman, directrice du bureau de la Banque mondiale à Kaboul. La situation dans les zones urbaines est plus complexe, notamment à cause des multiples niveaux de gouvernement dont les pouvoirs ne sont pas bien définis.»
Un pays à électrifier
Le réseau électrique ne fonctionne qu'une partie de la journée à Kaboul, où les rues sont à peine éclairées la nuit. La construction d'une ligne de transmission depuis le Tadjikistan voisin doit en principe être achevée l'année prochaine, ce qui devrait améliorer la situation à ce chapitre. Il faut dire que, à l'échelle du pays, les résidences de seulement 10 % des citoyens sont raccordées au réseau électrique.
La croissance économique a permis au gouvernement afghan d'augmenter sensiblement ses revenus autonomes au cours des dernières années, mais celui-ci demeure tributaire de l'aide internationale.
La Banque mondiale gère le Fonds d'affectation spécial pour la reconstruction de l'Afghanistan, qui sert essentiellement à financer le déficit du gouvernement afghan.
En janvier 2006, à Londres, la communauté internationale s'est engagée à donner à l'Afghanistan 10,5 milliards d'ici 2011.
Le Canada, pour sa part, a promis une aide d'un peu plus de un milliard d'ici cette date, dont environ 139 millions cette année.
Le développement de l'Afghanistan se fait en grande partie à coups de microprojets. Même dans le secteur privé, ce sont surtout de petites entreprises qu'on voit apparaître, dans les secteurs de la construction et de l'agroalimentaire, notamment.
Un des rares projets industriels d'envergure concerne présentement la remise en exploitation du principal gisement de cuivre du pays, dans la province de Logar, à une trentaine de kilomètres au sud de Kaboul. Neuf grandes sociétés minières, dont l'entreprise canadienne Hunter Dickson, se sont montrées intéressées à exploiter le gisement d'Aynak, à la suite d'un appel d'offres lancé l'an dernier.
Le Devoir

