Afghanistan - Choix de carrière: une « femme générale » émotive

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Claude Lévesque
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 septembre 2007

Mots clés : femmes, Canada (Pays), Afghanistan (Pays)

Aziza Nazari est policière depuis 1973

Aziza Nazari a commencé à travailler dans la police en 1973, avec les huit autres femmes de sa promotion. C'était six ans seulement après que le gouvernement du temps eut décidé de leur ouvrir la profession.

Femme de petite taille, Aziza Nazari, qui nous reçoit dans son bureau de chef de la division des passeports, impressionne par son bon sens et par une simplicité proche de la candeur,

qui la rendent immédiatement sympathique.

En 1973, son choix de carrière était-il bien vu par la société? «À l'époque, c'était un honneur pour les femmes de travailler dans la police. Les gens nous respectaient beaucoup, probablement parce que la discipline y est très importante», répond-elle.

Mme Nazari, qui a aujourd'hui le grade de générale de brigade, constate avec tristesse que les policières ne jouissent pas du même respect de nos jours. «C'est le résultat des 23 années de guerre que nous avons vécu. Les gens ont oublié beaucoup de choses au point de vue culturel», dit-elle.

Une action limitée

Aujourd'hui, les policières sont habituellement confinées au travail de bureau, comme au temps où elle faisait ses premières armes. Elles montent parfois dans les voitures de patrouille, quand il y a des victimes ou des suspects de sexe féminin à interroger. On en trouve aus-

si quelques-unes à l'aéroport, qui sont chargées de fouiller les passagères.

Sous le régime communiste (1978-1992), Aziza Nazari dirigeait la circulation. Elle raconte avec une fierté évidente qu'elle a convaincu les autorités de construire une passerelle pour que de jeunes écolières puissent traverser la rue en toute sécurité. «C'était une démarche normale, dit-elle. La police applique la loi, mais elle donne aussi son opinion sur la loi.»

«À l'époque, il y avait même des femmes qui enseignaient à l'Académie de police, se souvient Aziza Nazari. Ces professeures ont émigré au cours de la guerre civile.»

Mme Nazari était affectée à l'aéroport quand les talibans ont pris le pouvoir en 1996. Elle a été congédiée quelques mois plus tard. «Je suis restée à la maison. J'étais séparée de mon mari, qui s'était marié avec une Russe, et je suis restée avec mes deux fils, raconte-t-elle. Nous avons dû vendre les meubles pour pouvoir manger. Et je craignais que les talibans ne viennent recruter mes fils.»

Elle a repris son travail peu après la chute des talibans, avec le grade de colonel. En 2003, elle a été promue générale de brigade, dans la section des droits de l'homme au ministère de l'Intérieur. «Comme tous les généraux, j'ai dû passer des examens dans le cadre de la réforme de la police. Ensuite, j'ai été nommée directrice générale de la division des passeports, avec 16 agents, quatre fonctionnaires, six contractuels et cinq policiers travaillant sous mes ordres, précise-t-elle. C'était la première fois dans l'histoire de l'Afghanistan qu'une femme était nommée à ce poste.»

Pourquoi avoir choisi cette carrière? «J'aime ce métier. Mon père était officier dans l'armée. Le jour de la fête nationale, j'aimais le voir parader. Il voulait que je fasse un autre choix, mais j'ai insisté et mon oncle m'a appuyée. Mon père aurait souhaité que je devienne enseignante. Il disait que ce serait difficile pour moi dans la police. Je sais maintenant qu'il avait raison. Mes cheveux ont blanchi.»

Des regrets? «Non, répond-elle. J'aime mon métier malgré tout. Mais c'est vrai qu'il y a des problèmes pour les femmes en Afghanistan. Les hommes ne veulent toujours pas qu'elles accèdent à des fonctions importantes. C'est triste, ces tensions.»

Mme Nazari s'est rendue en Australie récemment pour étudier les systèmes de traitement des passeports. Mais elle garde un souvenir particulièrement ému d'un voyage en Turquie, où ses hôtes ont été étonnés de voir une femme diriger une délégation de 14 agents de police. «Mon père avait étudié en Turquie. Je pensais aux endroits qu'il avait visités. Sur la tombe d'un poète persan, j'ai pleuré. La télévision turque a alors parlé de la "femme générale émotive".» Qualité ou défaut? «Il faut éviter de devenir émotif dans le métier. Les émotions brouillent les idées.»


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