Afghanistan - ONG canadiennes: Une présence qui fait la différence

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Lisa-Marie Gervais
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 septembre 2007

Mots clés : ong, Canada (Pays), Afghanistan (Pays)

L'aide humanitaire canadienne totalisera plus d'un milliard en 2011

Scène de rue

On entend peu parler d'elles, et pourtant leur présence fait souvent toute la différence. Elles seraient près de 2400, ces organisations non gouvernementales (ONG) internationales et nationales présentes en Afghanistan, à gérer des fonds et à mettre en oeuvre l'aide au développement. Et surtout à travailler souvent là où le gouvernement ne peut pas ou ne veut pas aller.

«Le fait qu'on travaille à l'extérieur de la sphère politique et que nous ne sommes pas partie prenante au conflit par une quelconque affiliation militaire nous permet de nous rapprocher des gens», affirme Samantha Nutt, fondatrice de War Child Canada, une ONG qui travaille auprès des Afghanes les plus démunies. «En plus, on a le luxe de ne pas passer par toutes les bureaucraties compliquées des organismes gouvernementaux», poursuit-elle en insistant sur l'importance du travail des ONG.

Aide canadienne

Depuis la chute des talibans en 2001, le Canada est plus présent que jamais dans ce pays d'Asie en reconstruction. Sur le lot des organismes d'aide qui sont sur le terrain depuis la fin de la guerre, une dizaine d'ONG seulement sont canadiennes, financées en grande majorité par l'Agence canadienne de développement internationale (ACDI). Les sections canadiennes de l'UNICEF, de CARE et de War Child, entre autres, y ont des projets. La Fondation internationale d'aide au développement (en anglais IRDF, autrefois le Programme d'aide internationale aux réfugiés, IRRF) a des projets d'aide aux femmes, tandis que Droits et démocratie soutient et coordonne des activités entourant la réforme du droit familial et l'écriture de la Constitution. Plusieurs autres programmes d'ONG ou d'organismes qui ne sont pas canadiens reçoivent également de l'aide de l'ACDI, d'où la majorité du financement provient.

Depuis 2002, l'Afghanistan est d'ailleurs le plus important bénéficiaire d'une aide bilatérale canadienne. En mai 2006, le gouvernement du Canada a annoncé qu'il augmenterait de près d'un milliard l'aide accordée à ce pays entre 2001 et 2011. L'an dernier, à travers l'ACDI, 139 millions ont été donnés dont 39 millions à Kandahar.

Mais l'organisme tient à préciser que le Canada ne s'est pas seulement intéressé au pays depuis la chute des talibans. Il était là avant 2001, à une époque où l'aide apportée était surtout humanitaire. Or ce financement était beaucoup moindre, soit entre 10 et 20 millions par année. Désormais, les priorités du Canada concernent davantage l'aide au développement rural et communautaire, la promotion de la bonne gouvernance et le rôle des femmes et des filles dans la société.

On a récemment reproché à l'agence canadienne de financer des projets, comme la construction d'un hôpital, apparemment absents sur le terrain. L'organisme s'est défendu en précisant que le retard d'implantation s'explique par le fait que l'allocation des fonds doit être conforme à un calendrier échelonné sur plusieurs années.

L'oeuf ou la poule ?

Stabiliser d'abord ou reconstruire? Cette question fondamentale semble se poser d'emblée aux ONG qui travaillent sur le terrain dans des pays qui ont été ravagés par la guerre. En visite dans les bureaux de l'OTAN l'été dernier, une importante coalition d'ONG présentes en Afghanistan a, à sa façon, tranché la question: «La sécurité et la reconstruction vont de pair.» Pour Samantha Nutt, de War Child, ce cruel dilemme demeure effectivement insoluble. «C'est une situation de conflit qui ne connaîtra pas la paix si les ONG ne sont pas là pour aider à combler les besoins en santé, en eau potable, en nutrition, à créer une forte société civile [...]. Mais, sans sécurité, les ONG ne peuvent pas fonctionner», note-t-elle. Elle insiste pour que les deux rôles soient clairement définis. «Le conflit en Afghanistan ne va pas se résoudre seulement avec les militaires. L'un ne peut pas être plus présente que l'autre», ajoute-t-elle.

N'empêche, au-delà des difficultés liées au financement et au manque de ressources et d'effectifs, Mme Nutt admet que les principales difficultés sont étroitement liées au danger sur le terrain. «On travaille dans l'un des endroits les plus vulnérables du monde. C'est quelque chose qui conditionne nos activités sur le terrain», dit-elle.

Pour Jayne Barow, directrice de programme pour la Fondation canadienne Aga-Khan, qui déploie un programme de développement rural dans le Nord, l'une des plus grandes difficultés vient de l'urgence d'agir. «Mais si on pouvait démontrer que le développement fonctionne au Nord, nous pourrions éviter que se répande l'instabilité qui règne au Sud et constituer un exemple positif et une inspiration pour tous ceux qui cherchent à obtenir la paix et la sécurité ailleurs au pays», croit-elle.

Le Devoir


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