Luciano Pavarotti, 1935-2007 - Du soleil plein la voix
Mots clés : Luciano Pavarotti, Décès, Culture, Italie (pays)
Le monde entier applaudit Pavarotti

Photo: Agence Reuters
«Quand il chantait, ça sentait l'air frais, la mer, la générosité. Dieu lui avait donné une voix comme il n'y en aura plus jamais d'autre. Il avait aussi cette perfection du phrasé... C'était un chanteur immense, qui disait la musique comme peu savaient le faire.»
M. Nicholson estime que «certaines paresses de fin de carrière ont peut-être un peu éclipsé la grandeur de cet homme, mais il ne faut pas oublier qu'il est devenu l'immense vedette qu'il a été pour les bonnes raisons. Parce qu'il avait une voix unique et que, pendant 29 ans [entre 1961 et 1990], il a travaillé comme une bête pour apprendre sans cesse de nouveaux rôles.»
Évoquant un «personnage démesuré», M. Nicholson se remémorait hier des «instants invraisemblables». «Quand il a fait La Fille du régiment au Metropolitan en 1972, il se tapait 10 contre-do soir après soir. Et on savait qu'il allait les toucher, toujours.»
C'est d'ailleurs cette performance qui l'a vraiment consacré. La gloire, après ça, fut permanente. «Il fallait voir en 1981, le jour de sa fête, quand il se promenait à New York sous les confettis, rappelle Georges Nicholson. Il faisait la couverture du Time et du Newsweek, People le nommait deuxième homme le plus sexy du monde... C'était un nom, un visage qui dépassait largement la structure de l'opéra.»
Encore plus quand il commença à se produire avec ses amis Placido Domingo et Jose Carreras, en 1990. Les trois ténors ont vendu des millions et des millions de disques. Pavarotti renchérit en produisant de son côté des albums avec ses «amis» et en jumelant sa voix avec les plus grandes stars de la musique pop. Les tournées sont triomphales, le ténor au foulard devient une des plus grandes vedettes du monde.
Georges Nicholson ne croit pas que les puristes lui en ont tant voulu. «Que Pavarotti ait voulu jouir un peu de sa gloire, pourquoi pas? Il s'est cassé la figure à quelques reprises [Othello à Chicago et Don Carlo à la Scala en 1993], mais il a généralement gardé sa voix dans un état extraordinaire, comme on l'a vu aux Jeux de Turin. Qu'il aille vers la chanson, ça ne lui aliénait pas nécessairement son public de base, que ça n'intéressait simplement pas. Mais ça lui a rattaché le reste du monde.»
Le professeur
Assis dans un corridor attenant aux locaux de répétition de l'Opéra de Montréal, le baryton américain Gordon Hawkins se disait à la fois peiné et heureux, hier après-midi. «La mort de Pavarotti est une perte immense. Mais c'est aussi une grande célébration qui nous montre à quel point son talent voulait dire quelque chose pour des millions de personnes», disait-il calmement.
À quelques jours de la première du Bal masqué de Verdi, première production de l'Opéra cette saison où il interprète Renato, M. Hawkins se rappelait plusieurs bons moments passés avec Pavarotti. Il l'a de fait très bien connu: le ténor fut son professeur privé pendant tout un été. Ils ont aussi chanté ensemble au Metropolitan en 1992... dans Le Bal masqué, justement.
«Quelle grande carrière il a eue... Pas seulement pour lui, mais pour tout le monde de l'opéra.» Le baryton a retenu plusieurs des leçons du maître, mais une s'impose encore aujourd'hui comme un guide pour lui: le lyrisme des mots. «Il y a le lyrisme de la musique, bien sûr. Mais Pavarotti possédait plus que n'importe qui la capacité d'exploiter le lyrisme des mots. Quand il chantait en italien, vous entendiez des couleurs, des vibrations, des mots qui avaient une âme.»
Sa voix, il la décrit comme «quelque chose de très naturel. Il a énormément travaillé, oui, mais je n'ai pas de doute qu'il était béni par les dieux d'avoir un instrument aussi extraordinaire. Et il n'a jamais perdu l'empreinte de sa voix au fil des ans. Elle est toujours restée claire et jeune.»
Et l'homme derrière l'artiste? «Oh, c'était un grand garçon! Il jouait sans cesse. Un jour, je lui ai dit que les petits-déjeuners de l'hôtel étaient un peu répétitifs. Le lendemain matin, on a sonné à ma chambre: j'ai ouvert, et il y avait un buffet entier juste pour moi! Il avait un esprit si généreux, et une immense facilité à communiquer avec tout le monde. Il souriait, se laissait toucher... »
International
Sur la scène internationale, les effusions de tendresse et d'éloges ont aussi déferlé pour saluer l'incommensurable talent et la générosité du ténor. Pavarotti était «l'un de ces rares artistes qui touchaient la vie de gens de tous les horizons dans le monde entier», a rappelé le Royal Opera House de Londres.
À la Scala de Milan, où Luciano Pavarotti s'était produit à 140 reprises, le directeur artistique, Stéphane Lissner, a déclaré qu'«une ère de splendeur du chant lyrique» était passée «à l'histoire».
Proche amie d'enfance de la star mondiale du chant, la soprano italienne Mirella Freni a pleuré la mort d'un frère. «Nous avons grandi ensemble, étudié le chant ensemble, et Dieu nous a offert de grandes carrières. J'ai perdu un frère», a-t-elle confié.
La soprano australienne Joan Sutherland a reconnu la particularité du timbre de sa voix. «La qualité du son était si différente. On savait tout de suite que c'était Luciano qui chantait», a observé la chanteuse. Quant au chef d'orchestre Seiji Ozawa, il a dit déjà regretter sa voix. «J'ai de la peine de savoir que je ne pourrai plus jamais entendre sa voix», a déclaré le chef japonais âgé de 72 ans. De son fief Matsumoto, il a dédié la première partie de son concert, Pavane pour une infante défunte de Ravel, à son «ami depuis plusieurs décennies».
Alors que de nombreux chanteurs d'opéra sont restés enfermés dans un petit monde élitiste, les téléspectateurs du monde entier ont pu voir Pavarotti chanter aux côtés de Bono et de Sting lors de ses concerts caritatifs «Pavarotti and Friends». D'éminentes personnalités ont ainsi tenu à souligner sa grande contribution à la «démocratisation de l'opéra».
À cet égard, le Royal Opera House de Londres se fait particulièrement élogieux. «À travers les nombreuses émissions auxquelles il a participé, ses enregistrements et ses concerts, il a initié à l'extraordinaire puissance de l'opéra des gens qui peut-être n'auraient jamais connu l'opéra ou le chant classique. Ce faisant, il a enrichi leurs vies.»
«C'est un jour triste pour la musique et un jour triste pour le monde», a souligné Elton John, qui avait chanté Live Like Horses avec lui en 1996. Bono, le chanteur de U2, a pour sa part comparé le ténor à «un grand volcan» qui «chante le feu» mais «déborde d'amour pour la vie dans toute sa complexité».
En plus de sa très grande renommée dans le monde de l'opéra, Luciano Pavarotti a accédé au statut de superstar planétaire après son concert dans les majestueuses ruines des thermes de Caracalla à Rome, à l'occasion de la Coupe du monde de football disputée en Italie en 1990. Au moins 800 millions de téléspectateurs à travers le monde avaient alors pu apprécier les prouesses du ténor.
Dans le monde politique, le président du Conseil italien Romano Prodi l'a «applaudi une dernière fois», le remerciant pour avoir présenté au monde «l'image artistique la plus authentique de notre pays».
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Avec Reuters, l'AFP et AP
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