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Ces souverainistes qui n'aiment pas le "nous"
Je suis sûr que plusieurs souverainistes sont très touchés lorsqu'ils voient des "néo-Québécois" se joindre à leur mouvement politique. En revanche, peut-être les néo-Québécois qui militent pour l'indépendance n'en ont-ils pas tout à fait compris l'enjeu... Aujourd'hui, environ 45% des Québécois souhaitent que le Québec forme un pays indépendant... pas parce qu'il y a une différence fondamentale entre leurs valeurs civiques et celles des autres Canadiens, mais parce qu'ils parlent français et que, de par leur histoire et leur héritage, ils forment, pensent-ils, une entité culturelle distincte du reste du Canada. C'est du nationalisme ethnique, n'en déplaise aux nobles idéaux de Mme Chiu. Il n'est pas question de « retourner au nationalisme basé sur l'ethnicité », puisque c'est ce qui a animé et continue d'animer les nationalistes québécois depuis plus de 40 ans. Essayer de se convaincre qu'il en est autrement, ça frôle la malhonnêteté intellectuelle.
D'ailleurs, imaginons un instant que le nationalisme des Québécois soit civique... autour de quoi s'articule-t-il? Quelle est la différence entre nos valeurs civiques et celle des autres Canadiens qui soit assez importante pour justifier que l'on brise le pays en deux? Aucune, à ma connaissance. Si ce qui compte pour Mme Chiu, c'est la démocratie, les droits de la personne, et l'égalité, j'ai un excellente nouvelle à lui apprendre. Elle vit déjà dans un pays qui partage pleinement ces valeurs : le Canada. J'imagine son soulagement en apprenant qu'il n'est plus nécessaire de réaliser l'indépendance du Québec...
Mais peut-être Mme Chiu s'est-elle trompée de parti politique? Si son véritable objectif est de mater le nationalisme ethnique et de lutter pour l'égalité et les droits de la personne, il me semble que le Parti Libéral du Canada, héritier des idéaux trudeauistes, soit un choix tout désigné. Mais ne soyons pas trop dur avec Mme Chiu. Après tout, si elle a pu croire que le nationalisme des partis indépendantistes était civique, c'est sans doute grâce aux efforts constants de leurs chefs, depuis 1995, pour en convaincre leurs militants. C'est révélateur de la couardise politique de ces chefs de constater que ça aura pris presque 12 ans, depuis les fameux « nous » et « vote ethnique » de Jacques Parizeau, pour qu'enfin on ose admettre ce que tout le monde en dehors du Québec sait, c'est-à-dire que l'indépendantisme québécois, c'est avant tout une affaire de descendants des colons français. Bravo à Pauline Marois.
