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Bonheur productif vs productivité contreproductive ?

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Denis Beaulé
Envoyé Le jeudi 06 septembre 2007 10:00



Ainsi donc entend-on dire encore couramment qu'un accroissement général de la richesse et de la productivité s'avérerait profitable pour tout le monde, y compris pour les (plus) pauvres. Non seulement cela reste-t-il à être prouvé empiriquement (e.g. chez nos plus proches et riches voisins), mais maints indices tendent à suggérer que pourraient ne s'ensuivre ni mieux-être économique chez les pauvres ni plus grand bonheur en général - d'une croissance économique ou de quelque amélioration de la productivité. On apprend en effet d'une part (des RCRPP) que le taux de satisfaction de leur emploi chez les Canadiens est le même qu'au début des années 90, quoique l'économie n'ait cessé de croître depuis lors. Par ailleurs, aux États-Unis, le taux de pauvreté est resté pratiquement inchangé depuis le milieu du siècle dernier. Qui plus est, au cours des années 80, il y aurait eu croissance de 23% et croissance aussi de la pauvreté de 12%... Plus récemment, l'expansion advenue au cours du premier lustre du millénaire aux États-Unis n'aura pas davantage permis aux pauvres d'en bénéficier. Leurs revenus ont chuté de 4,5% pendant que ceux des plus riches grimpaient de 20%. Et pourtant, ils travaillent, ils «produisent» ces États-uniens ! Ils accompliraient plus de boulot en une heure que les travailleurs de toute autre nation, exception faite de la Norvège.

Alors, comment se fait-il qu'on ne soit pas plus heureux, au travail même notamment, et pourquoi la pauvreté semble-t-elle tendre à stagner sinon à croître relativement plutôt qu'à régresser? La réponse que donne Graham Lowe (des RCRPP) à deux questions précises semble constituer une réponse
éminemment éclairante à l'une au moins de ces deux questions centrales et générales. «Est-ce que la prospérité économique a mené à une amélioration de la qualité des emplois? La réponse est clairement non». «Est-ce qu'une amélioration de la qualité des emplois contribuerait à un développement économique durable et à une meilleure qualité de vie pour tous? La réponse est clairement oui.»

En pressant trop le travailleur, on l'oppresse, le stresse ou le frustre («trop» ou trop souvent). C'est contreproductif. À tous égards. À moyen ou long terme du moins. Alors qu'en faisant mieux, en améliorant la qualité du
travail, des emplois et corollairement de leurs produits, insensiblement et durablement, cela occasionnerait du meilleur et du mieux-être. Et ce non pas pour quelques-uns ou pour la plupart seulement, mais de manière universelle, pour tous. Seules quelque extravagante lubie, une pulsion de mort cristallisée ou une inédite jouissance (à la vue de) de la torture de son semblable -(phénomène exclusif au genre humain)- empêcheraient soit de voir cela ou d'agir en en
tenant compte.

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