Nagano le marathonien remporte encore son pari
Mots clés : Musique, Kent Nagano, concert, Musique, Culture, Montréal

Photo: Jacques Grenier
Et sur cette grande place, toutes générations confondues, les quelque 4000 spectateurs ont semblé apprécier, gratifiant les jeunes talents en devenir et leur chef d’orchestre d’un soir d’applaudissements nourris à la fin de l’œuvre.
Une fois la foule saluée, le maestro, tout sourire, quittait promptement les lieux, rejoignant les musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier. En deux temps, trois mouvements, on entamait les premières mesures de Ainsi parlait Zarathoustra, de Richard Strauss, dont les puissants accords d’ouverture sont bien connus en raison de leur diffusion dans le film 2001, l’odyssée de l’espace. Rapidement, les 3000 spectateurs de la salle étaient eux aussi sous le charme, acoustique exemplaire en prime.
À peine 35 minutes plus tard, le maestro reprenait le chemin de l’esplanade de la Place des Arts, désormais tout de blanc vêtu, dirigeant les étudiants dans l’Adagio pour cordes, de Samuel Barber. Le morceau terminé, direction Wilfrid-Pelletier.
Tandis que les spectateurs rassemblés à l’extérieur pouvaient suivre la suite des choses sur les écrans géants disposés sur les différents immeubles du secteur, les jeunes musiciens avaient droit à un chef virtuel. Ils pouvaient en effet suivre les indications de Kent Nagano grâce à une sorte d’hologramme projeté en lieu et place du maestro, copie conforme de ce qui se déroulait à l’intérieur. Les deux orchestres ont ainsi pu interpréter simultanément l’Adagio et fugue de Mozart.
La contralto Marie-Nicole Lemieux est ensuite montée sur scène pour gratifier la foule de certains airs de Mozart et d’un poème symphonique de Richard Strauss, Till l’Espiègle. Dehors, sa voix résonnait. Bien haut, dans ce ciel sans nuage, on apercevait même quelques étoiles. Les spectateurs demeuraient silencieux, attentifs, malgré le temps plutôt frisquet.
Un public conquis
Tout indique que l’initiative a fait encore une fois la joie des mélomanes accomplis ou en devenir. «C’est sincèrement génial de pouvoir entendre de la musique qu’on croit bien souvent inaccessible», a ainsi lancé Éric Tremblay, la vingtaine, qui avoue n’avoir jamais assisté, en salle, à un concert de l’OSM. Un son de cloche qui se répétait d’une personne rencontrée à l’autre hier soir, une fois la dernière note envolée. Ce fut notamment le cas de Mélanie Larocque, qui est venue de la rive sud de Montréal pour assister à une performance «franchement agréable», et ce, même si elle aurait aimé voir davantage Kent Nagano à l’œuvre.
Rencontré lui aussi sur place, le député péquiste Daniel Turp s’est dit enthousiasmé par une telle initiative. «Ça amène la musique vers les gens et ils savent l’apprécier, même s’ils ne connaissent pas nécessairement toutes les pièces», a-t-il d’abord expliqué. «On pourrait peut-être aussi clôturer la saison de l’OSM de cette façon, a-t-il lancé. On pourrait même faire le même genre d’événement avec l’Orchestre symphonique de Québec, pourquoi pas.»
Il dit d’ailleurs souhaiter qu’une véritable tradition s’installe, puisqu’il s’agit selon lui d’une façon simple d’amener davantage de jeunes à s’intéresser à la musique classique. Déjà l’an dernier, on avait donné le coup d’envoi de la 73e saison en invitant les mélomanes accomplis ou en devenir à venir assister à la retransmission en direct du spectacle d’ouverture de l’Orchestre symphonique de Montréal sur cette même esplanade de la Place des Arts. Quelque 8000 curieux en étaient repartis ravis, après avoir eu droit à la célébrissime Symphonie nº 9 de Beethoven en guise de plat de résistance.
«Le stéréotype qui dit qu’il faut avoir une certaine éducation, ou appartenir à une certaine frange de la société pour “comprendre” cette musique est complètement faux, expliquait récemment Kent Nagano à l’hebdomadaire Voir. C’est pourquoi nous devons faire des efforts afin de démontrer que la porte est grande ouverte et que tout le monde est invité.» Pari tenu, maestro.
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