La prospérité de l'économie n'a pas rendu les travailleurs plus heureux

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Éric Desrosiers
Édition du mercredi 05 septembre 2007

Mots clés : productivité, travailleurs, prospérité, Économie, Canada (Pays)

Le taux de satisfaction au boulot est le même depuis le début des années 1990

Trente-sept pour cent des travailleurs sont extrêmement insatisfaits de leurs conditions de travail. De ce groupe, les jeunes et les travailleuses à temps partiel sont présents en grand nombre, tout comme les travailleurs manuels non qualifiés et les travailleurs dans les secteurs de la vente et des services.

Photo: Agence France-Presse

La croissance économique des dernières années n'a pas mené à une amélioration notable du bien-être des travailleurs au Canada, dit une étude. Cette tendance n'indique rien de bon dans un pays à la main-d'oeuvre vieillissante et en quête de productivité.

Plus du tiers seulement des travailleurs canadiens se disent «très satisfaits» de leur emploi, rapporte une étude des Réseaux canadiens de la recherche en politiques publiques (RCRPP) dévoilée lundi. Ce taux de satisfaction est le même qu'au début des années 90, alors que l'économie entamait une ascension qui ne s'est pas arrêtée depuis.

«Est-ce que la prospérité économique a mené à une amélioration de la qualité des emplois? La réponse est clairement non, résume le chercheur Graham Lowe dans le rapport de 89 pages intitulé "21st Century Job Quality: Achieving What Canadians Want". Est-ce qu'une amélioration de la qualité des emplois contribuerait à un développement économique durable et à une meilleure qualité de vie pour tous? La réponse est clairement oui.»

L'étude, qui se veut la première à se pencher en détail sur la question depuis de nombreuses années, base ses conclusions sur de nombreuses données de Statistique Canada ainsi que sur les résultats d'un sondage réalisé spécialement. Sur le plan statistique, elle examine les tendances suivies ces dernières années par une trentaine d'indicateurs de qualité de vie au travail allant des salaires à la conciliation famille-travail, en passant par le nombre d'heures travaillées, le degré de stress et l'accès à une caisse de retraite et à une assurance collective. «Mis à part la forte baisse du taux de chômage, les changements ont été très minces», note Graham Lowe.

Parmi les tendances observées, il note par exemple une augmentation du revenu médian des travailleuses à temps plein, mais aussi des écarts de revenu qui se creusent. Il constate un léger recul des semaines de travail de plus de 50 heures, mais aussi une augmentation du nombre d'heures supplémentaires non rémunérées. Il déplore le recul du taux de syndicalisation, lié à de meilleurs salaires et à de meilleures conditions de travail, mais se réjouit du recul du nombre d'heures de travail perdues pour cause de blessures professionnelles.

L'insatisfaction des travailleurs

Un sondage a également été réalisé auprès de travailleurs canadiens afin de déterminer les facteurs de bien-être au travail les plus importants pour eux et de leur donner la chance de procéder à leur propre évaluation de leur sort. Il ressort tout d'abord de l'exercice que tout le monde accorde beaucoup d'importance à des facteurs comme le salaire, la sécurité d'emploi, la compétence de l'équipe de direction, le sentiment de réalisation, l'absence de harcèlement ainsi que la sécurité au travail. Les femmes valoriseraient plus la conciliation travail-famille, le sentiment d'accomplissement et un environnement de travail sécuritaire, alors que les hommes accorderaient plus d'importance à des facteurs comme le salaire et les possibilités d'avancement. Les jeunes accordent beaucoup d'importance aussi à la possibilité d'avancement ainsi qu'à la possibilité de prendre des congés prolongés, alors que leurs aînés chercheraient davantage le sentiment d'accomplissement, les avantages sociaux et la conciliation travail-famille.

Les plus grands écarts entre ces attentes et la réalité se retrouvent, dans l'ordre, dans les domaines du salaire, de la confiance dans la direction, de la formation en milieu de travail, de la santé et de la sécurité, et de la conciliation famille-travail, dit l'étude. Au total, à peine 6 % des travailleurs évaluent de façon très positive la dizaine de facteurs les plus importants pour eux. Il s'agit typiquement de personnes plus âgées, de travailleurs à temps plein et de gestionnaires. Ils sont suivis par un groupe de 12 % des travailleurs provenant principalement de la catégorie des employés de bureau et des professionnels du secteur public. Tout en bas du tableau se trouve un groupe constitué de 37 % des travailleurs extrêmement insatisfaits de leurs conditions de travail. Les jeunes et les travailleuses à temps partiel y sont en grand nombre, tout comme les travailleurs manuels non qualifiés et les travailleurs dans les secteurs de la vente et des services.

Mauvaise nouvelle

Ces résultats ne sont pas une bonne nouvelle pour qui aurait espéré que l'extraordinaire croissance économique des dernières années au Canada profite à ses artisans, note l'étude. Ils sont d'autant plus préoccupants que la population canadienne vieillit à vue d'oeil et que, par conséquent, les gouvernements et les entreprises devraient «mettre l'accent sur la qualité des emplois comme moyen de recruter et de conserver les travailleurs dont le Canada a besoin pour assurer sa prospérité future».

Les RCRPP encouragent les entreprises à faire au plus vite de la question un élément majeur de leur stratégie d'affaires. Ils pressent également les gouvernements à prendre plus au sérieux la question, non pas seulement du nombre, mais aussi de la qualité des emplois, en commençant par la mesurer de façon plus fréquente et plus systématique. Ils recommandent enfin que l'on s'inspire d'expériences menées notamment au Royaume-Uni, où les gouvernements et les entreprises ont convenu d'objectifs volontaires, mais chiffrés, par exemple, en matière de réduction du stress au travail.


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