Sous les remous de l'Holocauste
Mots clés : Holocauste, Claude Miller, Un secret, Montréal, Québec (province)
«Un secret constitue une sorte d'hommage à mes parents», dit Claude Miller

Photo: Jacques Grenier
En tombant sur ce roman autobiographique de Philippe Grimbert, Miller s'est senti en terrain familier: mêmes origines petites-bourgeoises, même judaïsme de laïcité vécu avec une sorte d'irritation autrefois par le père, même refus paternel du port de l'étoile jaune. «Le narrateur d'Un secret n'a pas d'identité parce qu'un secret de famille lui cache la lumière. Comme lui, j'étais un enfant craintif, traumatisé par cette expérience terrible.»
Romancier et cinéaste avaient des atomes crochus, des racines communes. «On est devenus des grands amis.» Grimbert a même hérité d'un petit rôle dans le film, celui du passeur clandestin.
Le cinéaste de La Classe de neige, de Mortelle randonnée et de La Petite Lili a abondamment puisé les scénarios de ses films à des romans et au théâtre. Il trouve que la littérature fait des bonnes histoires.
On lui fait remarquer qu'il existe sans doute deux sortes de cinéastes sortis des remous de l'Holocauste: ceux qui font un film rapidement sur le sujet-choc pour mieux s'en débarrasser, comme Claude Berri avec Le Vieil Homme et l'enfant. Et ceux qui, à la suite d'une longue carrière, parviennent enfin à extirper d'eux-mêmes une oeuvre sur ces temps maudits, à l'instar de Polanski avec Le Pianiste ou de lui-même avec Un Secret.
Avec sa coscénariste Natalie Carter, il a planché sur le roman de Claude Grimbert, découvrant à l'usage, stupéfait: «Mais ce livre ne comporte aucun dialogue!» Tout était à inventer. Ça lui plaisait. «Le roman était réputé inadaptable, mais le cinéma est capable de tout. Mon film est devenu un mille-feuilles, avec cinq ou six époques entrelardées, de la couleur pour le passé, du noir et blanc pour le présent.»
Claude Miller se dit bien conscient que sa distribution, qui comportait Cécile de France, Ludivine Sagnier et Julie Depardieu, n'avait pas trop l'air juive et ne l'était guère non plus. Patrick Bruel est venu apporter une crédibilité à sa galerie de personnages. «Pas seulement parce qu'il est juif, mais par son type de charisme. Pour les plus jeunes, il est avant tout un chanteur populaire, mais les gens de ma génération l'ont d'abord connu en tant qu'acteur.» Très sportif dans le roman, le personnage du père est devenu moins athlétique, histoire de s'adapter au physique de Bruel.
Le cinéaste aimait dans le récit de Grimbert (de son vrai nom Grinberg, sacrifié par son père pour ses résonances trop juives) cette série d'êtres imparfaits avalés par la machine de l'Holocauste, qui ne sont pas un troupeau de victimes, mais aiment, trichent, font des choses répréhensibles. «La mère est une sorte de Médée, qui sacrifie son fils pour se venger et s'immole aussi. Elle verse du poison dans la vie d'un couple. Qui oserait inventer une histoire pareille? Elle est véridique, pourtant.»
Claude Miller n'a que des bons mots pour Cécile de France, qui s'est entraînée à la plongée quatre mois durant pour correspondre à son profil de championne olympique et modeler son corps aux exigences de l'athlétisme aussi. À Ludivine Sagnier, que Miller avait déjà mise en scène dans La Petite Lili, il a demandé de demeurer séduisante mais sans y accorder d'importance, pour permettre à sa rivale (Cécile de France) d'irradier de beauté.
La nature fut une alliée pour le cinéaste. Une grande partie d'Un secret est tournée dans la Creuse, avec ses cours d'eau, sa végétation, ses arbres, sa beauté. «La splendeur de la nature apporte du relief aux histoires d'amour et d'horreur. La nature se fout de tout.»
Un des écueils des films sur l'Holocauste, si nombreux depuis quelques années, c'est le pathos. En mettre trop? Pas assez? Miller affirme avoir eu du mal à faire son montage. Il craignait de verser dans la sophistication abusive, a retranché des scènes trop appuyées, surtout lors du dénouement: une réconciliation entre fantômes et vivants. Autre refus: mettre une musique trop présente, malgré l'avis de ses producteurs, qui désiraient une émotion soulignée à gros traits. «Tout est question de distance. Ajouter du pathos me semblait indécent. On n'a pas le droit avec des sujets pareils. L'histoire parle d'elle-même.»
Son dénouement lui a semblé, après coup, assez proche de celui de La Liste de Schindler, de Spielberg.
Un secret ne sortira en France que le 3 octobre, mais Claude Miller est déjà ailleurs. Il a écrit avec son fils Nathan un film qu'ils coréaliseront à quatre mains: une histoire de rapports mère-fils, tirée d'un fait divers français. «Ensuite, j'ai un projet avec le Québec. Un film qui se déroulera en partie dans un train qui traverse le Canada. Deux femmes, l'abandonnée et sa rivale, rouleront vers leur destin. Le Québec, j'y viens si souvent, et Yves Jacques est un peu ma mascotte. Il a un petit rôle dans Un secret, en a tenu des plus importants dans certains de mes films précédents, reviendra ailleurs. À lui et à vous, je dis donc: à bientôt!»
Vos réactions
Le silence - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le mercredi 05 septembre 2007 13:00
À M.Benjamin - par André Loiseau (andreloiselet@videotron.ca)
Le mercredi 05 septembre 2007 08:00
@ Benjamin Teitelbaum - par Gilles Bousquet
Le mercredi 05 septembre 2007 07:00
Re: Ca merite bine une suite en Palestine ou Veuillez bien verifier vos sources - par Marcelo Rodriguez
Le mardi 04 septembre 2007 14:00
La seule réaction au commentaire de M. Gilles Bousquet est la défintion en anglais d'un abruti - par benjamin teitelbaum
Le mardi 04 septembre 2007 11:00
Ça mérite bien une suite en Palestine - par Gilles Bousquet
Le mardi 04 septembre 2007 07:00

