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Allons les nostalgiques, un peu de réalisme...

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Lemay Gilles
Envoyé Le samedi 01 septembre 2007 12:00



Dans un combat, il faut toujours connaître les armes de l'adversaire si on veut mettre toutes les chances de son côté. Hors, dans le combat démocratique pour l'indépendance, nous devons aller chercher plus de voix au référendum que l'adversaire. Lévesque savait cela que trop bien, lui qui avait fait la nationalisation des compagnies d'électricité parce qu'il se sentait appuyé par la force démocratique de la très grande majorité de ses compatriotes. D'ailleurs, il fit appel à Jacques Parizeau, l'économiste, pour l'aider à convaincre Lesage et cie avant d'aller devant le peuple en 1962.

Lévesque savait que nos adversaires politiques s'appuyaient sur les médias, tant au Québec, qu'au Canada et aux USA, médias qui étaient l'apanage d'élites économiques conservatrices et que ceux qu'il nous restait à convaincre dans la population du Québec étaient plus sensibles aux arguments de peur du chaos et même de dictature appréhendée que ces médias leur faisait apparaître continuellement comme autant de fantômes communistes ou fascistes.

Parizeau, qui fut un des quelques grands bâtisseurs du Québec économique et qui reste des plus utiles dans ce domaine pour le Québec, manque étonnamment de jugement quand à la perception de la mentalité des gens et quand aux stratégies politiques. Il nous l'a prouvé en déclenchant le référendum de 1995 avant d'avoir fait le ménage dans les finances publiques, pourtant son sujet de prédilection. Mais, et c'est bien plus grave, il engagea Pierre Bourgault au gouvernement. Et les quelques milliers de voix que nous avions besoin pour atteindre le 50% + 1 s'envolèrent quand ce dernier, avec son arrogance irréfléchie d'enfant terrible, déclara qu'au lendemain d'un vote positif, le gouvernement se verrait dans l'obligation de fermer les postes de radio anglophones pour empêcher le trop-plein d'indignation et de propos calomnieux d'être divulgués. Parizeau deva le congédier, mais le mal était fait.

Nos adversaires ne tardèrent pas à s'emparer de cet impair, de cette "poignée" pour marteler aux plus fragiles d'entre nous, que voilà le Québec péquiste qui nous attendait après une victoire du oui, fermeture arbitraire des postes de radio, dans un premier temps... et toute la panoplie de saloperies que Bourgault connaissait pourtant jusque dans ses tripes, lui qui, l'écorché vif, l'éveilleur de dignité, lui qui avait pendant des années, avec à-propos et passion, dénoncé les injustices faites à nous et dites sur nous.

Mais, voilà, le bonhomme manquait de jugement à certain moment, de même que son allié circonstanciel, Jacques Parizeau. Deux personnes que j'admire pour leur contribution, mais qui,laissés à eux-mêmes dans l'arène politique large, peuvent faire passer leur humeur du moment, leurs frustrations légitimes, avant la cause.

Et ça, René Lévesque le sentait et il en fut aussi victime de la part des deux. Et, mes vieux amis rinistes, nostalgiques des soirées enfumées de Gitanes, à refaire le monde et la révolution nationale, essaient encore de démontrer que Lévesque auraient eu peur d'un ascendant possible de Bourgault sur le parti.

Voyons donc, ni Bourgault, ni Parizeau n'arrivait à la cheville POLITIQUE de Lévesque et pouvait prétendre entretenir le centième de la relation affective de ce dernier avec le peuple du Québec. Et cela aussi, Lévesque le savait, à moins d'être aveugle au point de croire que Lévesque n'était pas intelligent.

Donc, je dis à tous ceux et toutes celles qui veulent réécrire l'histoire, que les faits sont têtus et malgré des "on dit" et des "y paraît que", ils reviennent toujours vous sauter en pleine face.

Gilles Lemay

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