Revue de presse - De la guerre aux élections
Mots clés : sondage, parti politique, Forces armées, Média, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)
La mission canadienne en Afghanistan suscite l'opposition de la vaste majorité des Québécois alors qu'au Canada anglais les avis sont plus partagés. Les commentateurs n'y échappent pas. Rosie DiManno, du Toronto Star, a fait quelques séjours en Afghanistan, dont un il y a seulement quatre mois. Se souvenant des progrès réalisés par les militaires canadiens qu'elle accompagnait, elle se demande comment il se fait que deux soldats de Valcartier soient morts au même endroit.
Scott Taylor, dans le Halifax Chronicle Herald, attribue l'hésitation des Canadiens à autre chose. Il rappelle avec indignation le rapprochement fait par Stephen Harper, et ensuite plusieurs commentateurs, entre le débarquement raté de Dieppe, qui a fauché la vie de 900 Canadiens, et la mission afghane. «Contrairement aux Allemands en France, les insurgés talibans ne sont pas des envahisseurs étrangers. Ils sont des Afghans [...] qui s'adonnent à croire en une forme extrême de l'islam.» Taylor rappelle que même le gouvernement Karzaï, que nos militaires soutiennent, avoue qu'il sera nécessaire de négocier avec les talibans pour en arriver à une paix durable. Mais les Américains rejettent cette idée, ce qui fait qu'on continue à se battre et à mourir. Selon lui, si le rôle de l'OTAN était aussi clair que celui des Alliés contre Hitler, les Canadiens ne seraient pas aussi confus et hésitants face à la mission actuelle. Taylor ne favorise pas un retrait immédiat, ni un abandon de ce pays, mais une réévaluation de la mission canadienne et des objectifs du Canada.
Le National Post, qui s'est rangé derrière Harper dans ce dossier, met les partis d'opposition au défi de défaire le gouvernement conservateur s'ils croient pouvoir gagner des élections portant sur ce dossier et celui de Kyoto. Il leur demande même de le faire le plus tôt possible, car il est persuadé que les Canadiens appuieront, une fois celles-ci bien expliquées, la mission afghane et l'approche conservatrice en matière d'environnement. Pour le Post, les partis d'opposition surestiment l'opposition des Canadiens à la mission tout comme leur appui au protocole de Kyoto.
Miroir, miroir...
En ce qui concerne les élections, deux sondages parus cette semaine ont fait jaser. Le premier, paru dans le Globe and Mail, montre que le PC reste à égalité avec les libéraux malgré une évaluation relativement positive du gouvernement actuel. Le problème est que les qualités de leader du premier ministre n'ont d'égales que ses défauts. Les Canadiens le jugent efficace et déterminé, mais «contrôlant» et trop partisan. Pour Licia Corbella, du Calgary Sun, voilà quand même de bonnes nouvelles pour les conservateurs et de bien mauvaises pour le chef libéral Stéphane Dion. Évoquant les deux dernières élections fédérales, elle note que l'évaluation positive du chef de gouvernement à la veille d'un scrutin laisse généralement présager que son parti, même s'il est à la traîne, peut l'emporter. Or tous les sondages récents montrent qu'en matière de leadership, Harper devance largement Dion. Par conséquent, elle pense que Harper ne devrait pas craindre des élections automnales.
Il en va autrement du NPD, croit Nik Nanos, de la firme de sondages SES Research. Dans un texte publié dans le Toronto Sun, il note le potentiel du Parti vert. Depuis des mois, ce parti se maintient à un niveau supérieur à son plateau des dernières élections (4,5-4,8 %). Dans le dernier sondage SES réalisé pour SunMedia, les verts obtiennent 8 % des appuis, mais l'écart qui le sépare du NPD en Ontario et au Québec équivaut à peu près à la marge d'erreur. Selon Nanos, il ne faut donc pas se surprendre si le chef néo-démocrate, Jack Layton, prend la menace au sérieux.
La guerre maquillée
Le Musée de la guerre a reçu une volée de bois vert pour avoir modifié un panneau d'information sous la pression d'un groupe de vétérans. Le panneau, de moins de 100 mots, faisait référence aux bombardements stratégiques effectués par les Alliés à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le texte notait que la valeur et la moralité de ces bombardements, qui ont causé des centaines de milliers de morts sans effet définitif sur la production militaire allemande, étaient encore contestées. Des vétérans, leurs familles et quelques politiciens ont vu dans ces mots une association à des crimes de guerre et ont demandé leur retrait. Le musée a acquiescé, malgré l'avis contraire d'experts et d'historiens. Le Edmonton Journal était abasourdi, rappelant qu'un musée n'était pas un monument commémoratif ni le diffuseur d'une version aseptisée de l'histoire. Dans l'Ottawa Citizen, l'historien Randall Hansen était indigné, au point de se lancer dans une longue démonstration des faits et une suggestion de texte encore plus critique. Le Globe and Mail estime pour sa part que le musée a terni sa réputation d'institution vouée à la compréhension des conflits armés et établi un précédent malheureux.
mcornellier@ledevoir.com
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