Macadam - Drôles d'oiseaux matinaux!
Mots clés : collectionneurs, antiquités, trésors, Commerce, Montréal, Québec (province)

Photo: Jacques Grenier
Et moi, là-dedans? Je collectionne. À la source. Nous sommes quelques-uns à avoir compris le truc: pour dénicher sans se ruiner les objets de désir, vinyles rares dans mon cas (êtes-vous surpris?), il faut se lever impossiblement tôt le samedi matin et jouer du coude avec les pickers. Court-circuiter la chaîne d'acquisition. S'immiscer parmi les early birds. De l'expression: «The early bird gets the worm.» Au premier oiseau arrivé le vermisseau. Comme eux, donc, nous consultons au lever les petites annonces de la bible des pickers, la Gazette du samedi: il y a toujours quatre ou cinq estate sales, ou ventes de succession. Et tout un tas de ventes de garage ou de déménagements. Parfois, le libellé est prometteur: «antiquités, "collectables", vieux disques... » Ou, mieux encore: «Whole house contents. 60 years of accumulation.» Chacun établit son itinéraire, espérant être le premier quelque part. Invariablement, les ventes de succession ont lieu avant les ventes de garage: c'est d'abord un marchandage entre pros, qui se conclut bien avant l'arrivée des gens ordinaires, ces touristes de fin d'avant-midi et d'après-midi.
Quelquefois, ce sont les enfants du défunt qui gèrent la vente de succession. Terrain de chasse idéal des pickers, dès lors transformés en vautours. Les non-professionnels savent moins la valeur des choses sur le marché fluctuant des objets de collection. J'ai vu de pauvres fils et filles débordés, dépossédés. J'ai aussi vu des héritiers qui avaient très hâte de troquer le patrimoine familial pour des monnaies sonnantes et trébuchantes.
L'heure de l'ouverture approche. Encore trois quarts d'heure. Ça parle fort dans l'escalier, les early birds enterrent le cui-cui des véritables oisillons. On se raconte les bons coups des semaines précédentes. Qui a revendu quoi pour combien. Le prix fou atteint par une babiole sur eBay. Et puis tout le monde se tait. Bruits à l'intérieur de la maison, dans le vestibule. Un verrou tourne. La porte s'entrouvre. La meute s'engouffre. Ruée vers l'or. Vite aux étages. Vite au sous-sol. Vite partout. Les antiquaires montrent des meubles du doigt: «Ça, ça et ça!» Sortent des liasses. Tout se paie comptant. Au sous-sol, il y a une pile de vinyles. Crotte, Dave a déjà tout regardé. Je regarde quand même. Il y a des albums de 78-tours. Je frémis. Des Trenet, des Ray Ventura, un Bourvil. Comme neufs. Ça n'intéressait pas Dave. Je les achète pour une chanson. Quand je sors, la maison est presque vide. Tous les pickers sont déjà repartis, chacun vers une autre destination entourée au crayon rouge dans la Gazette. Souvent la même. On se retrouvera. Sinon ce samedi, au plus tard samedi prochain.
Collaborateur du Devoir
Vos réactions
!!!!!!!!!!!!!!!!!! - par Sylvie Provost
Le samedi 01 septembre 2007 06:00

