Le Canada se rallie aux anti-Kyoto
Mots clés : gaz à effet de serre, Partenariat Asie-Pacifique, Kyoto, Gouvernement, Changements climatiques, Asie (Région), Canada (Pays)
«Ce serait une excellente occasion pour nous de travailler avec ces pays de l'Asie-Pacifique avec lesquels nous partageons des intérêts»

Photo: Agence France-Presse
«On continue d'avoir un grand intérêt à rejoindre l'AP-6 et nous espérons beaucoup recevoir un signal des membres actuels sur la possibilité de se joindre à eux. Ce serait une excellente occasion pour nous de travailler avec ces pays de l'Asie-Pacifique avec qui nous partageons des intérêts», a souligné un haut fonctionnaire qui ne peut pas être nommé, comme c'est l'usage lors de ces rencontres d'information. C'est la première fois que le Canada confirme qu'il veut officiellement se joindre au Partenariat Asie-Pacifique sur le climat.
Aucun échéancier précis, aucun objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et aucune contrainte de résultat ne font partie du Partenariat Asie-Pacifique sur le climat. Il s'agit essentiellement d'un lieu de discussion dirigé par deux pays anti-Kyoto: les États-Unis et l'Australie. Par le passé, l'existence de ce regroupement a souvent été utilisée par ces deux pays développés (les seuls à ne pas s'être ralliés à Kyoto) pour tenter de convaincre d'autres nations de tourner le dos aux objectifs contraignants de Kyoto.
C'est d'ailleurs ce qui inquiète les environnementalistes. À quelques semaines du début des négociations internationales devant mener à une deuxième phase du protocole de Kyoto, le signal envoyé par le Canada n'a rien de positif, disent-ils.
Le premier ministre Harper a rendez-vous les 8 et 9 septembre à Sydney pour le sommet de l'APEC, qui regroupe 21 chefs d'État dont les pays bordent l'océan Pacifique. Juste avant, toujours en Australie, M. Harper parlera d'environnement lors d'une réunion de gens d'affaires. C'est en marge du sommet de l'APEC qu'Ottawa devrait formuler officiellement sa demande de se joindre à l'AP-6, qui n'est pas un sous-groupe de l'APEC mais plutôt un regroupement indépendant.
Une invitation de l'Australie
L'hôte du sommet de l'APEC, le premier ministre australien John Howard, un ami de Stephen Harper, est un grand défenseur du Partenariat Asie-Pacifique sur le climat. L'Australie et les États-Unis ont lancé ce regroupement en juillet 2005. La première réunion a eu lieu en janvier 2006.
Le 18 mai 2006, lors de son passage au Canada, le premier ministre John Howard avait d'ailleurs invité le Canada à faire partie de l'AP-6. «Ce qu'il faut faire, c'est trouver un moyen de réduire les émissions de gaz à effet de serre sans qu'il y ait un prix à payer sur le plan économique», avait soutenu M. Howard. «C'est possible, et je crois que le Partenariat Asie-Pacifique est plus près d'atteindre cela que Kyoto. [...] Bien des gens sont persuadés que le salut environnemental passe par Kyoto. Ce n'est pas notre position, et ce n'est certainement pas, selon ce que j'ai compris, la position du Canada.»
Quelques jours plus tard, le 30 mai 2006, Stephen Harper prouvait qu'il avait bien compris l'invitation de son homologue. Il avait alors décrit l'AP-6 comme «une initiative dont la planète a besoin» puisqu'elle regroupe les grands émetteurs que sont les États-Unis, la Chine et l'Inde. «Si on est sérieux au sujet des changements climatiques et du contrôle des émissions de gaz à effet de serre, il est évident que nous devons avoir une initiative internationale qui regroupe les grands émetteurs», avait souligné le premier ministre Harper.
Le Partenariat Asie-Pacifique sur le climat se caractérise par des déclarations très générales sur les bienfaits de la technologie pour réduire les émissions de GES. Les pays ne sont pas contraints de réduire leurs émissions et aucun échéancier précis n'est en vigueur. Aucune réunion des six pays membres n'est prévue à court ou à moyen terme, si on se fie au site Internet officiel (www.asiapacificpartnership.org).
Il est très difficile de connaître la teneur des discussions à l'AP-6 puisque les représentants de la société civile, contrairement aux réunions de l'ONU autour de Kyoto, ne sont pas admis. Par contre, en examinant l'organigramme du groupe, on constate que les États-Unis dirigent le comité le plus important, celui qui chapeaute toutes les réunions (Policy and Implementation Committee), ainsi que le comité chargé de soutenir les travaux des huit comités sectoriels (Administrative Support Group). Le Japon, le seul des six membres de l'AP-6 à avoir un objectif de réduction des GES dans la phase actuelle de Kyoto, joue un rôle marginal au sein de ce groupe.
Les écologistes inquiets
Les groupes environnementalistes s'inquiètent de cette participation canadienne à un regroupement qui est mal vu par les acteurs de Kyoto, dont le Canada fait partie même s'il a tourné le dos aux objectifs du protocole.
«L'AP-6 n'entreprendra jamais rien de concret, c'est la grande différence par rapport à Kyoto. Il s'agit seulement de discussions. Mais il y a urgence d'agir contre les changements climatiques. La bonne volonté, comme à l'AP-6, ne suffit pas. Mettre l'accent sur l'AP-6 plutôt que sur une deuxième phase de Kyoto serait une catastrophe», estime Clare Demerse, analyste politique à l'Institut Pembina. «Si le Canada ne fait que discuter à l'AP-6 et continue de faire partie de Kyoto, ce n'est pas si grave. Mais il faut être prudent avec le message qu'on lance», continue l'analyste.
Le Canada a déjà annoncé son intention de prendre part aux négociations sur l'après-Kyoto, qui commenceront en décembre à Bali, en Indonésie.
Ce qui inquiète Jean-François Nolet, d'Équiterre, c'est l'objectif de l'AP-6. «Ce groupe a été créé par les États-Unis et l'Australie parce qu'ils ne veulent pas adhérer à Kyoto. Ce forum a pour but de détourner l'attention et de diluer les négociations autour de Kyoto», dit-il, ajoutant que le Canada, depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs, a tendance à jouer le «cheval de Troie» dans les négociations internationales au sujet des changements climatiques. «Le Canada, avec son plan basé sur une baisse de l'intensité des émissions de GES, a clairement pris position avec les États-Unis et l'Australie», affirme M. Nolet.
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