Îlot Voyageur - L'UQAM refuse de se soumettre aux demandes de Québec

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Kathleen Lévesque , Clairandrée Cauchy
Édition du vendredi 31 août 2007

Mots clés : déficit, UQAM, Îlot Voyageur, Gouvernement, Université, Québec (province), Montréal

Les exigences gouvernementales feraient doubler le déficit prévu en 2007-08

Le ministère de l'Éducation exige de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) qu'elle intègre le fiasco immobilier de l'îlot Voyageur dans son plan de redressement, ce qui aurait pour conséquence de doubler le déficit annuel, a appris Le Devoir.

Le conseil d'administration de l'UQAM a été informé mardi dernier des nouvelles exigences de Québec, qui auraient pour effet de faire passer le déficit prévu en 2007-08 de 31 millions à environ 60 millions de dollars. Selon des sources, le ministère estime que l'UQAM ne peut pas se contenter de payer les frais d'intérêts de ses aventures immobilières et doit commencer à rembourser sa dette.

Ce qui est apparu comme une hausse des exigences gouvernementales a eu l'effet d'une douche froide. L'UQAM a décidé de faire la sourde oreille et de mener bataille selon les paramètres qu'elle a elle-même définis dans son plan de redressement, déposé en juin dernier. Le conseil d'administration a également résolu de mandater la direction de l'université afin qu'elle réaffirme cette position auprès du ministère et du réseau de l'Université du Québec (UQ).

La rectrice par intérim, Danielle Laberge, a envoyé un message vidéo à toute la communauté universitaire dès mercredi, soulignant que les discussions s'avèrent «ardues» à la fois avec le ministère et avec l'UQ. Si elle reconnaît que la situation financière de l'UQAM a été aggravée par des projets immobiliers «risqués» (Complexe des sciences et îlot Voyageur), Mme Laberge souligne également que l'établissement a d'abord été mis à mal par un «sous-financement chronique».

«Il faut savoir que toutes nos actions, tous les gestes que nous posons pour rétablir un certain équilibre financier visent d'abord et avant tout à préserver nos missions académiques. C'est un défi permanent», affirme Mme Laberge.

Le plan de redressement présenté le 15 juin dernier à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, comportait des mesures devant faire passer le déficit cumulé anticipé de 303 millions à 155 millions sur une période de cinq ans. Une augmentation des revenus (frais afférents aux étudiants, entre autres choses) et des compressions de dépenses étaient prévues, dont une révision en profondeur des programmes.

La ministre Courchesne a qualifié cette proposition de «pas dans la bonne direction», écartant par le fait même une éventuelle tutelle. Le plan de redressement n'était pas jugé définitif puisqu'il ne prenait pas en compte le gouffre financier creusé par le projet de l'îlot Voyageur. L'UQAM a appelé à la rescousse l'ancien premier ministre Lucien Bouchard afin de revoir les termes du contrat entre l'université et la firme Busac, qui agit comme promoteur de l'îlot Voyageur.

L'UQAM tente ainsi de mettre fin à l'hémorragie en ne construisant pas le projet dans son intégralité. À l'origine, l'îlot Voyageur comportait le terminus central d'autobus, des stationnements souterrains, une tour de bureaux, un pavillon d'enseignement et des résidences étudiantes. Le chantier du terminus et du stationnement en est à ses dernières étapes et la structure du bâtiment devant abriter les résidences étudiantes est terminée. Toutefois, la construction de la tour censée être le moteur économique du projet et du pavillon universitaire qui devait permettre à l'UQAM de disposer de nouveaux locaux n'a pas été amorcée.

Le coût du projet initial autorisé s'établissait à 325 millions de dollars et devait s'autofinancer. Or des erreurs de prévisions de revenus et des dépassements de coûts sont survenus. Le Devoir a révélé en avril dernier que le projet générait un manque à gagner d'environ 200 millions.

Selon l'actuel lien contractuel avec Busac, l'UQAM assume tous les coûts supplémentaires. De plus, il est prévu que l'UQAM verse une rente annuelle de 17,2 millions dans le cadre d'un bail emphytéotique d'une durée de 30 ans. Ce n'est qu'après cette période que l'université deviendra propriétaire de l'îlot Voyageur.

Le conseil d'administration de l'UQAM a confirmé mardi la suspension de certains travaux en attendant de compléter les négociations avec Busac. On se contentera donc de terminer les stationnements et la gare d'autocars et d'effectuer les travaux nécessaires pour que la structure des résidences universitaires ne se dégrade pas. L'université envisage d'ailleurs de se départir des résidences au profit d'une entreprise privée.

Le plan de redressement de l'UQAM devait faire l'objet de discussions hier lors d'une rencontre des neuf dirigeants des constituantes de l'UQ, qui doivent ultimement donner leur aval. Or le sujet a été reporté à une assemblée spéciale prévue en septembre.


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