Supplément d'âme pour univers aseptisé

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du vendredi 31 août 2007

Mots clés : Gary Blair, Earl Pinchuk, photographie, Médecin, Hôpital, Montréal, Québec (province)

Deux Montréalais font appel à des artistes pour transformer l'allure des hôpitaux

Des photos d'une Heidi Hollinger débordante de sensualité et de vie sont désormais affichées à l'unité de périnatalité de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. Depuis mars dernier, c'est en effet au tour de la photographe de réputation internationale  d'afficher publiquement son ventre rond sous l'objectif de la photographe Mélissa Dinel.

Les corridors de certains hôpitaux montréalais sont de plus en plus nombreux à afficher ce je-ne-sais-quoi de réjouissant qui donne une irrépressible envie de sourire, même quand la maladie frappe de plein fouet. Ceux-là portent une seule et même signature, reconnaissable entre mille, celle des Montréalais Earl Pinchuk et Gary Blair, alias les «médecins de l'art». Apparus il y a cinq ans comme deux ovnis dans le monde feutré de la maladie, les deux complices donnent aujourd'hui un supplément d'âme à un univers où le noir et le gris règnent en maître.

Ce sont eux qui ont transformé l'unité de périnatalité de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont en y accrochant les photos d'une Heidi Hollinger débordante de sensualité et de vie. Depuis mars dernier, c'est en effet au tour de la photographe de réputation internationale, celle-là même qui a croqué les grands de ce monde, de Gorbatchev à Castro en passant par le dalaï-lama, d'afficher publiquement son ventre rond devant l'objectif de la photographe Mélissa Dinel. C'est aussi à eux que l'on doit le coloré corridor Matisse de l'Hôpital de Montréal pour enfants, tout comme l'hommage à Andy Warhol qui égaie l'unité réservée aux adolescents de ce même hôpital.

En tout, 14 établissements montréalais affichent désormais l'empreinte inimitable de ceux qu'ils ont baptisés les «médecins de l'art». Et ce n'est là que le début d'une longue collaboration, croit Earl Pinchuk, qui se consacre entièrement depuis deux ans à la fondation qu'il a mise sur pied avec son complice et compagnon de vie, Gary Blair. L'idée est née en 2001 alors que les deux hommes étaient appelés au chevet d'un ami artiste. Les longues heures passées à veiller leur ami mourant seront décisives.

À l'époque, les deux passionnés d'art jonglaient déjà avec l'idée d'acheter une galerie d'art. «Au fil de nos recherches, nous avons compris que, même si notre passion pour l'art était grande, la "business" de l'art, elle, ne nous plaisait pas du tout.» Une idée en amenant une autre, c'est ainsi que la Fondation de l'art pour la guérison a commencé à prendre forme. «Nous avons rapidement convenu que Montréal n'avait pas besoin d'une énième galerie d'art contemporain, mais bien d'une structure qui puisse apporter l'art là où il est trop souvent absent, dans les hôpitaux, les refuges ou les hospices», raconte Earl Pinchuk, qui a voulu apporter un peu de couleurs dans cet univers atonique où la vie elle-même semble avoir été mise entre parenthèses.

Leur première intervention, les deux hommes la réserve à une poignée d'enfants malades. «Nous avions appris que six enfants demeuraient en permanence à l'Hôpital de Montréal pour enfants, et cela nous avait fortement ébranlés de voir que, malgré cela, leurs chambres étaient à l'image de toutes les autres: impersonnelles et terriblement ternes.» Du coup, l'affaire a pris un tour encore plus personnel pour le couple, qui a décidé de permettre aux petits pensionnaires de choisir eux-mêmes les oeuvres qui enjolivent leur chambre.

Depuis, plusieurs artistes ont fait don de leurs oeuvres, certains ayant même offert des séries complètes qui ont permis l'ouverture de minigaleries dans les hôpitaux. On trouve parmi ceux-là beaucoup d'artistes québécois, dont de très connus, comme Marcel Barbeau, mais aussi plusieurs artistes de la relève locale, qui ont la préférence des deux mécènes.

À ce jour, 400 originaux et 450 reproductions ont été accrochés un peu partout dans la ville, apportant lumière et réconfort aux malades et à leurs proches, mais aussi au personnel soignant, qui n'est pas insensible à cette modeste cure de jouvence. «Les infirmières et les médecins passent leur vie dans ces corridors impersonnels; ils sont très sensibles au changement», note M. Pinchuk. Mais ce sont les patients qui témoignent le mieux des vertus de l'art sur la santé, poursuit le Montréalais. «Nous voulions créer un environnement plus près de la vie, un environnement qui favorise la guérison, et les témoignages que nous recevons nous montrent qu'on a misé juste.»

Aujourd'hui, le téléphone de la fondation ne dérougit d'ailleurs pas. «Au départ, nos objectifs étaient très modestes. Maintenant, notre catalogue compte plus de 10 000 oeuvres d'art et les donateurs sont de plus en plus nombreux.» Certains hôpitaux ont même décidé d'investir quelques dollars dans l'aventure. Des gens de New York et de Toronto feraient même de l'oeil à la fondation montréalaise. La banque actuelle saura-t-elle suffire? Certainement, répond Earl Pinchuk, «sinon, on fera appel à d'autres artistes. On va manquer d'hôpitaux bien avant de manquer d'oeuvres d'art»!


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Enfin l'art a trouvé sa place dans les hopitaux! - par Melanie Beaudoin (beaudoin_m@yahoo.com)
Le vendredi 31 août 2007 08:00

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