À l'épicentre du vide intérieur

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Odile Tremblay
Édition du vendredi 31 août 2007

Mots clés : Toi, Anne-Marie Cadieux, François Delisle, Cinéma, Culture, Québec (province)

Raphaël Dury et Anne-Marie Cadieux dans une scène du film Toi, de François Delisle.

Il a déjà été projeté cette semaine en compétition au Festival des films du monde. Troisième long métrage de François Delisle, après Ruth et Le bonheur est une chanson triste, Toi redonne la vedette à Anne-Marie Cadieux, déjà au centre de son oeuvre précédente. Delisle est certainement le cinéaste qui filme le mieux cette comédienne, dont le visage anguleux peut passer du comique au tragique avec une égale intensité.

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Toi
Réalisation et scénario: François Delisle. Avec Anne-Marie Cadieux, Laurent Lucas, Marc Béland. Image: Sylvaine Dufaux. Musique: Ève Cournoyer, New Electric Dog, The States, Montage: Pascale Paroissien.
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Toi ne s'adresse sans doute pas au grand public. On a pu s'en apercevoir au FFM, alors qu'une bonne partie de l'assistance demeurait froide ou franchement irritée devant la stylisation du film. Celui-ci ne prétend pas au réalisme, tout en flirtant avec lui. Toi constitue plutôt une sorte de quête existentielle d'un personnage féminin, Michèle (Anne-Marie Cadieux, exceptionnelle), écartelé entre son mari (Laurent Lucas), leur petit garçon (Raphaël Dury) et l'amant (Marc Béland), sautant de l'un à l'autre, insatisfaite de toutes les façons, bondissant vers des ailleurs jamais meilleurs.

Le rythme lancinant de cette tragédie contemporaine sur le vide intérieur commande une plongée du spectateur dans un univers codifié, distancié, où la caméra qui épouse tous les angles et les rythmes explore cette femme sous mille facettes. La sexualité frontalement filmée ne possède pas de fonction érotique mais se jette sur une angoisse. Car Michèle étouffe au sein du foyer et cherche une bouffée d'oxygène en délaissant un mari bourgeois, loyal et profondément épris (que Laurent Lucas incarne avec une violence écorchée). Marc Béland, en figure plus féminine, plus artistique, presque passive sous l'assaut de l'amour, entraîne l'héroïne dans une passion qui n'est pas machiste mais constitue une relation-miroir, opposée à la masculinité du mari.

Film sur l'errance, la perte de soi, le déséquilibre, la tempête qui s'abat sur les coeurs humains, Toi entraîne des personnages au bord de leur propre rupture. La caméra les traque dans leurs derniers retranchements. Autant les corps et les regards sont éloquents, autant les paroles ne s'échangent guère directement, ou simplement à l'arraché. Le tourment de ces êtres se reflète dans l'image, la musique, la gravité des étreintes, les gestes de désespoir, la tentation de l'abîme, le miroir qui recueille les aveux.

La ville constitue un décor anonyme, simple fond de scène aux tortures morales, comme un castelet. Tout se joue dans un espace-temps quasi métaphysique où les questions fendent l'air et retombent au sol, sans réponses. Ce film fort se révèle une très belle dérive, à la limite de l'irréalité et du fantasme, au fond du désarroi moderne.

* V.o.: Ex-Centris, Quartier latin, Carrefour Angrignon.


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