Opinion

Réplique à Greenpeace - Rectifions les erreurs!

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Line Beauchamp, Ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs

Édition du vendredi 31 août 2007

Mots clés : Greenpeace, algues bleu-vert, Eau, Gouvernement, Québec (province)

Dans une lettre parue dans Le Devoir du 29 août, le responsable de la campagne Agriculture-Greenpeace, Éric Darier, a commis plusieurs erreurs et raccourcis en ce qui a trait au dossier des algues bleu-vert et à l'action du gouvernement.

Je corrige ici quelques-unes des affirmations faites à partir des mots mêmes de M. Darier, laissant ainsi le soin aux lecteurs de juger du sérieux de Greenpeace dans ce dossier.

«[...] La couverture des besoins en phosphore des cultures dépassait jusqu'à trois fois les quantités de phosphate disséminées dans l'environnement [...].»

Cette affirmation était vraie... il y a plus de dix ans! Les normes ont été modifiées. Aujourd'hui, il faut trois fois plus de terre qu'avant pour «diluer» une même quantité de phosphore qu'il y a dix ans.

«Votre gouvernement a fermé le robinet sur les études de rejet de phosphore par bassin versant.»

Cette affirmation est complètement fausse. Au contraire, une étude très importante a été publiée en mars 2005, intitulée L'étude sur la capacité de support des activités agricoles par les rivières: le cas du phosphore total. Cette étude présente, pour chaque bassin versant, la contribution des trois grandes sources de phosphore: les apports agricoles, les apports urbains et les apports en provenance des zones boisées.

Cette étude va donc beaucoup plus loin qu'un simple bilan basé sur les épandages et les besoins des cultures. Elle quantifie les apports de phosphore de chacun des groupes. En plus, la capacité de support de chacun des bassins versants a été calculée. Cela permet d'estimer les charges de phosphore excédentaires qui sont entraînées au cours d'eau.

«L'approche "ferme par ferme" consiste à demander aux agriculteurs s'ils se conforment à la réglementation. Ces demandes se vérifient par formulaire et par... sondage téléphonique!»

M. Darier réfère ici au programme «ferme par ferme» en mentionnant qu'il consiste simplement à demander aux agriculteurs s'ils se conforment à la réglementation par l'entremise de formulaires et d'entretiens téléphoniques. Le programme de visites «ferme par ferme» comporte plusieurs volets: l'inventaire des lieux d'élevage ou d'épandage, la sensibilisation des producteurs aux nouvelles normes environnementales et l'évaluation environnementale de la ferme ainsi que le diagnostic de la conformité réglementaire de l'ensemble des lieux. Ce diagnostic permet au ministère d'établir des priorités d'intervention.

Quant à la mise en oeuvre de ce programme, elle repose sur les inspecteurs du Centre de contrôle environnemental du Québec (CCEQ). Ils effectuent une première visite des fermes afin de déterminer celles qui dérogent à la réglementation. Ces visites ont commencé en 2003 et s'achèveront dans l'ensemble des régions du Québec en décembre 2007. Plus de 40 000 visites ont déjà été réalisées.

À partir de cette première série de visites, les fermes dérogeant à la réglementation sont «fichées» par le ministère. Elles feront l'objet d'une seconde visite. Si les correctifs ne sont pas apportés, des avis d'infraction pourront être émis et des enquêtes pouvant mener à des poursuites pénales pourront être entreprises.

En stigmatisant l'agriculture comme M. Darier le fait, il nourrit le préjugé selon lequel il y a une seule cause aux problèmes des algues bleues: l'agriculture. Comment explique-t-il qu'une des régions les plus touchées, les Laurentides, ait une très faible activité agricole?

Après avoir parcouru sept des douze régions prévues au cours de ma tournée, j'ai déjà rencontré des centaines de personnes qui ont changé leurs habitudes et leur comportement pour améliorer la santé de leur lac. Des riverains sont venus me dire qu'ils organisaient des corvées de reboisement des berges.

J'ai rencontré des élus municipaux qui ont rempli leurs obligations et adopté des règlements qui leur permettent déjà d'intervenir, notamment sur la conformité des fosses septiques et la protection d'une bande riveraine. J'ai aussi vu des agriculteurs qui contribuent à la solution et qui sont membres d'organismes environnementaux et d'organismes de bassin versant.

Contrairement à ce que sous-entend M. Darier, ce n'est pas seulement à Québec que se trouve la solution. Le gouvernement peut mobiliser les citoyens, réviser la réglementation et, pourquoi pas, adopter de nouvelles lois. Mais à la fin, la solution sera toujours entre les mains des citoyens, des élus, des entrepreneurs et des agriculteurs qui savent prendre soin de leurs lacs. C'est une des particularités de l'action environnementale: elle en appelle à la responsabilité de tous.

Pendant que M. Darier répand ses préjugés à partir de ses bureaux de Montréal, je parcours le Québec pour que cette conscientisation des citoyens rejoigne tous les milieux riverains et culmine dans quelques semaines, lors d'un rendez-vous stratégique, dans une mise en commun des meilleures solutions. Ce n'est pas de «l'attentisme», c'est du militantisme, de l'action citoyenne et l'exercice du pouvoir politique dans sa forme la plus déterminée.

Si M. Darier veut faire oeuvre utile dans ce dossier, j'accueillerai ses propositions avec grand intérêt, mais pour l'heure, son colportage de faussetés et de préjugés n'ajoute rien de bon.


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