Il a fallu une femme pour dire tout haut ce que bien des hommes pensent tout bas. Le suicide chez les hommes au Québec est une calamité liée à notre situation minoritaire dans la jungle capitaliste nord-américaine anglo-saxonne. Les hommes passent à l'acte, les femmes, aux nerfs plus solides, survivent à leur dépression, même si maganées. Mais ce qui tue surtout les Québécois, c'est le conformisme, voire ce besoin forcené d'être comme les autres, c'est-à-dire nos voisins canadiens-anglais ou américains, en faisant tout pour leur être identiques par peur de paraître inférieurs. Et comme l'économie, c'est leur économie, et notre belle langue française, une langue de seconde zone nous mettant souvent dans une situation moins reluisante que celle du premier immigrant fraîchement débarqué, bien plus chez lui dans ce beau Canada utopique des Trudeau et Harper, la lutte est la plupart du temps inégal, sinon perdu d'avance. Mais le comble de la connerie dans cette épidémie silencieuse qui prend les dimensions d'un génocide en douce - au Canada, on le sait, seuls les Autochtones se suicident d'avantage que les French Canadians -, c'est la loi du silence entourant le sujet même du suicide chez les Québécois de sexe masculin. Autre conformisme niaiseux, donc, puisqu'on nous a dit qu'il ne fallait pas en parler au risque d'aggraver le problème et alors que ceux qui nous on offert leur conseil ne vivent pas du tout une situation de la même ampleur que la nôtre. Pour finir, je tiens donc à remercier Maryse Chartrand d'avoir levé le tabou et de nous avoir secoué les puces. Ayant perdu moi-même un proche, un grand-frère et Québécois précieux et dynamique qui travaillait curieusement dans un domaine similaire à celui du mari de Maryse, avec tous les aléas que cela comprend, je souhaite que ce film ouvre enfin une porte pour que la collectivité dans son ensemble prenne la parole et parle ouvertement d'un sujet qui n'a rien de honteux, mais qui est inhérent à cette destinée que nous partageons avec les Amérindiens et les Inuits nos frères, soit de n'être pas du tout pareils à nos voisins se croyant bien au-dessus du reste du monde.