Le sort de l'île Charron demeure incertain

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Alexandre Shields
Édition du jeudi 30 août 2007

Mots clés : Mouvement Desjardins, projet immobilier, île Charron, Municipalité, Montréal

Des discussions ont cours entre Québec et le Mouvement Desjardins

Le sort de l'île Charron, visée pour accueillir un imposant projet immobilier, est toujours aussi incertain. Cette zone tampon boisée de 24 hectares, située entre le parc national des Îles-de-Boucherville et l'autoroute 20, fait toutefois l'objet de discussions entre Québec et le Mouvement Desjardins, premier créancier hypothécaire du promoteur. Ce dernier affirme ne pas avoir été consulté à ce jour.

«De notre côté, nous sommes toujours en discussions avec des gens de Desjardins», a expliqué hier Véronik Aubry, attachée de presse de la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp. «Je ne peux pas vous donner la nature des discussions. Ce sont vraiment des discussions privées», a-t-elle ajouté.

«Il y a effectivement eu une rencontre entre Mme Beauchamp et Alban d'Amours [président du Mouvement Desjardins], il y a quelques semaines», a quant à lui affirmé Claude Beauchamp, directeur principal aux communications chez Desjardins Sécurité financière. «Le dossier est ouvert. Maintenant, c'est au gouvernement de faire des propositions.»

«Desjardins demeure ouvert, alors, nous, on est en attente d'une proposition gouvernementale, si tant est qu'il y en aura une», a-t-il ajouté. M. Beauchamp n'a pas voulu s'avancer sur les suites possibles au dossier. «On ne peut pas présumer de ce que pourrait proposer le gouvernement», a-t-il dit.

Mme Aubry a elle aussi refusé de donner quelque précision que ce soit au sujet des «scénarios possibles», se contentant de répéter que «le dossier chemine toujours». Au moment où Le Devoir avait révélé l'affaire, en juin dernier, Mme Beauchamp avait déjà expliqué qu'elle ne resterait pas les bras croisés. «On va regarder ce qu'on peut faire», avait-elle assuré. La ministre s'était du même coup dite «très déçue» de l'attitude du Mouvement Desjardins dans cette affaire. En effet, il y a trois ans, Québec avait demandé à Desjardins, par l'entremise de la Société des établissements de plein air, de faire don de ces terrains. On avait alors essuyé un refus.

Puisque le terrain, qui appartenait à Desjardins Sécurité financière depuis une vingtaine d'années, a été vendu à Investissements Luc Poirier inc., l'intervention du gouvernement est essentielle. Québec pourrait par exemple imposer une réserve foncière d'une durée de deux ans. On pourrait ensuite acheter le terrain ou exproprier le propriétaire. Ce type de réserve avait déjà été décrété à deux reprises dans les années 80, mais sans qu'on aille plus loin.

Toutefois, M. Beauchamp n'est pas convaincu de la réussite d'un tel projet. «Si, éventuellement, un scénario comme celui-là devait être envisagé, il reste à voir ce que le promoteur va vouloir faire. Je vous rappelle que la transaction a été conclue. Le terrain n'est plus à nous.»

Par ailleurs, Luc Poirier, propriétaire de plein droit des 24 hectares de terrain, a indiqué n'avoir «pas du tout» été partie prenante aux discussions qui ont cours entre Québec et Desjardins. «J'avais approché le ministère [du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs] en février ou mars, a-t-il simplement rappelé. [...] Le ministère me disait qu'il semblait qu'il n'y avait aucun problème à développer ce site-là.»

Véronik Aubry a en outre refusé de s'avancer sur quelque échéancier que ce soit en ce qui a trait au moment où on arrêtera une décision au sujet de l'avenir de l'île Charron. «Il n'y a pas lieu de commenter ça pour l'instant», a indiqué Mme Aubry, soulignant simplement que cela sera fait «en temps et lieu».

Chose certaine, a insisté l'attachée de presse, «Mme Beauchamp s'était dite inquiète, préoccupée par la situation. Nous sommes toujours sensibles aux demandes que formule le regroupement [d'organismes écologistes]», qui réclame qu'on protège ce terrain.

Protection de l'île Charron

Hier, Nature Québec, en compagnie des conseils régionaux de l'environnement de Montréal et de la Montérégie, a justement annoncé avoir recueilli près de 18 000 signatures de citoyens demandant une «protection intégrale de l'île Charron». Le directeur du parc national des Îles-de-Boucherville, Serge Perreault, abonde dans ce sens.

Ce terrain de 24 hectares constitue une zone tampon boisée, située entre le parc national des Îles-de-Boucherville et l'autoroute 20, là où celle-ci passe dans le tunnel Louis-H.-Lafontaine. Lors de la construction du tunnel, l'île Charron avait d'ailleurs été remblayée avec des résidus de pierraille. Depuis, un couvert boisé s'est progressivement installé et est devenu un des couverts végétaux favoris des quelque 200 cerfs de Virginie du secteur.

Pour les écologistes, ce terrain a donc un caractère écologique d'une grande importance. Un total de «24 hectares, c'est beaucoup quand on sait que le parc des Îles-de-Boucherville ne possède que 18 hectares de boisé», a ainsi expliqué André Porlier, directeur général du Conseil régional de l'environnement de Montréal. On souhaite donc que le territoire de l'île Charron soit rattaché au parc national adjacent.

Une grande portion de ce terrain est occupée par une forêt dominée par des peupliers à feuilles deltoïdes. On y trouve aussi des frênes rouges, des ormes d'Amérique et des saules noirs. «De plus, la rareté des zones boisées dans le corridor du fleuve Saint-Laurent lui confère un grand potentiel d'utilisation comme refuge pour les oiseaux, qu'ils soient migrateurs ou nicheurs. Beaucoup d'espèces y ont d'ailleurs été observées», a poursuivi Jean Hubert, porte-parole de Nature Québec-UQCN.

Développement durable

Le promoteur Luc Poirier, lui, souhaite plutôt convaincre tout un chacun que son projet d'au moins 2000 unités d'habitation constitue un exemple de «développement durable». Il souhaite rien de moins qu'obtenir la prestigieuse certification environnementale «Leadership in Energy and Environmental Design» (LEED). «On essaie d'être le premier vrai développement durable au Québec», a-t-il soutenu hier.

Pour ce faire, M. Poirier a l'intention de miser sur une grande densification, donc de construire en hauteur. Or le règlement municipal de Longueuil ne permet pas de construire des bâtiments de plus de quatre étages dans ce secteur. Le promoteur compte cependant demander un changement de zonage pour pouvoir aller de l'avant.

M. Poirier désire aussi implanter plusieurs commerces de proximité, que ce soit une épicerie, des dépanneurs ou des salons de coiffure, afin que les résidants évitent d'utiliser leur voiture. Un réseau de pistes cyclables est également prévu, et on espère inclure le secteur dans le réseau de transports en commun de Longueuil.

Terrains contaminés

M. Poirier, auparavant demeuré discret, a par ailleurs émis un communiqué hier pour souligner qu'il s'engageait à décontaminer, à ses frais, le terrain de 24 hectares.

Selon lui, une caractérisation des sols récemment menée par la firme Inspec-Sol «révèle la présence de concentrations importantes de métaux et d'hydrocarbures aromatiques polycycliques, lesquelles excèdent parfois les valeurs limites prévues au Règlement sur l'enfouissement des sols contaminés. Plusieurs carcasses de batteries sont d'ailleurs visibles dans le secteur à proximité du stationnement du canal Molson».

Les travaux de décontamination permettront également d'éliminer les divers débris de construction qui forment la majorité du remblai du site (pneus, béton bitumineux, métal, gypse, etc.), précise-t-on. «En matière d'environnement, l'historique de l'île Charron est peu reluisant», a-t-il résumé.

Claude Beauchamp, de Desjardins, a quant à lui fait valoir que la question de la contamination des sols dans le secteur était déjà connue du promoteur au moment de l'achat du terrain et que cela a été pris en compte dans la transaction. En effet, Desjardins a commandé des études de caractérisation de sols au cours des dernières années, au coût d'environ 200 000 $.

«La grande partie de la contamination, ce sont des débris solides. Il y a très peu de contamination à l'intérieur du sol», a-t-il ajouté. Ce terrain-là a plus besoin d'un nettoyage que d'une décontamination en profondeur.» Un point de vue partagé par les écologistes.


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