L'émotion venue du Portugal

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Odile Tremblay
Édition du jeudi 30 août 2007

Mots clés : achalandage, cinéma Impérial, Festival des films du monde, Cinéma, Culture, Montréal

Pauvre FFM! Jour après jour, au cinéma Impérial à tout le moins, les rangs des spectateurs sont vraiment trop clairsemés. En fin de semaine dernière, les problèmes du métro ont sans doute entraîné quelques défections. Les travaux sur la rue de Bleury ralentissent par ailleurs la circulation et donnent envie de rebrousser chemin.

Mais rien pour justifier une aussi faible participation du public. L'hôtel Hyatt, quartier général de la manifestation, ne grouille pas de vie lui non plus. D'année en année, ça s'étiole, malgré les quelques subventions reçues pour la mouture en cours. L'autre soir, Abel Ferrara s'est fâché, dit-on, de voir trop peu de spectateurs devant son Go Go Tales à la Place des Arts. On dirait que les communautés culturelles sont également moins sollicitées qu'auparavant pour assister à leurs films nationaux. Reste le Quartier-Latin, plus fréquenté, mais ça ne suffit pas.

Même les longs métrages qui devraient être courus cherchent leur public. Celui de Jacob Berger, en compétition hier matin, par exemple. Il y a cinq ans, ce cinéaste suisse nous avait donné Aime ton père avec les Depardieu père et fils, film qui avait gagné les faveurs du public. En toute logique, il aurait dû faire salle comble avec 1 Journée, ce qui n'a guère été le cas. La clientèle vieillit et s'efface. Le problème n'est pas lié qu'au FFM et à sa formule trop statique mais aussi à une éducation cinéphilique trop faible chez les générations montantes. À une lassitude générale, aussi.

Malgré une forte distribution et des ambitions évidentes, 1 Journée, que Berger a coscénarisé avec Noémie Kocher, n'a pas l'efficacité dramatique d'Aime ton père et semble trop artificiel. Sa structure repose sur trois segments entrelacés: une même journée catastrophe, vue par le mari macho (Bruno Todeschini), l'épouse neurasthénique (Natacha Régnier), leur petit garçon ainsi que la maîtresse de l'époux volage (Noémie Kocher). En 24 heures, tout se déglingue: chacun apprend des vérités sur lui-même, sur les autres, et s'y heurte. Peut-être le film aurait-il gagné à se concentrer sur un seul point de vue. Le personnage de Natacha Régnier, de loin le plus énigmatique et le plus intéressant, reste en plan, sans vraiment percer sa propre carapace. C'est bien filmé, mais les personnages n'ont pas l'occasion de prendre tout leur envol. Une scène très poétique cependant: dans un musée, l'épouse et un chien en contemplation

devant un tableau.

***

Un beau film portugais était présenté hier en compétition: L'Autre Marge de Luís Filipe Rocha, oeuvre sur la tolérance, la différence et la solitude. Il comporte de magnifiques personnages, nourris de vérité et d'humanité. Les marginalités s'y répondent: celle d'un jeune homme, Ricardo (Filipe Duarte), qui a fui sa petite ville le jour de ses noces pour aller vivre son homosexualité à Lisbonne. Sa soeur, une mère célibataire (Maria d'Aires), est demeurée en province pour élever son attachant fils trisomique (Tomás Almeida.) Après avoir tenté de se suicider, Ricardo retourne sur les traces de son passé. Mort et dépression, courage et joie de vivre s'appuient les uns sur les autres, et la rédemption reposera sur les épaules de celui qui est classé simple d'esprit.

Parmi les films en compétition, l'acteur le plus touchant jusqu'à maintenant est ce jeune trisomique, Tomás Almeida, vraie figure de générosité et de lumière, dont la bonté pure et la beauté intérieure crèvent l'écran. Il serait un candidat plus qu'honorable au prix d'interprétation masculine. Mais Maria d'Aires, dans la peau de sa mère, figure de complexité et de sensibilité profonde, livre également une performance remarquable. De même, Filipe Duarte, qui explore le spectre entier des émotions, du désespoir à la paix d'esprit.

L'Autre Marge, qui milite pour toutes les ouvertures d'esprit, n'assène jamais sa morale mais creuse chaque figure dans ses failles et dans ses gloires. Luís Filipe Rocha n'a pas innové ici dans le langage cinématographique. La force de son film repose sur les personnages qu'il met en scène, hors de toute esbroufe, dans une simplicité poignante.


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