Le FFM rend hommage à Fernand Dansereau - La vieillesse, dans le blanc des yeux

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Odile Tremblay
Édition du mercredi 29 août 2007

Mots clés : Fernand Dansereau, FFM, Festival et fête, Cinéma, Montréal

Cinéaste, producteur, homme de télé, citoyen engagé, écrivain, Fernand Dansereau aurait aimé faire plus de films au cours de sa carrière.

Photo: Jacques Grenier

En entrevue, le cinéaste confie que ce coup de chapeau éveille en lui la vieille étreinte du complexe de l'imposteur. Un mal incurable, faut-il croire. Bientôt octogénaire mais jamais délivré du grand doute. C'est sans doute ce qui garde alerte cet homme brillant de jeunesse et d'intelligence.

Aujourd'hui, le Festival des films du monde consacre un hommage au pionnier québécois Fernand Dansereau. Il ne l'a pas volé.

Lui qui fut à la fois cinéaste (son premier long métrage, Le Festin des morts, fut tourné en 1965), scénariste à succès (Le Parc des Braves, Les Filles de Caleb, etc.), producteur, homme de télé, citoyen engagé, écrivain, tout ce qu'on voudra, avoue un regret: n'avoir pas réalisé davantage de films au cours de sa carrière (aucun long métrage, en fait, depuis Doux aveux, en 1982).

C'était vrai jusqu'à La Brunante, son dernier film, lancé aujourd'hui au FFM après plusieurs années de gestation. Un duo d'actrices de générations différentes s'y côtoie: Monique Mercure en aînée en perte d'autonomie et Suzanne Clément dans la peau d'une jeune femme paumée, rescapée par la vieille dame. Les voici roulant de Montréal à Percé vers leurs destins.

Précisons que les deux comédiennes y sont excellentes et que le personnage de Monique Mercure est tissé de finesses et de contradictions. Il y a plusieurs scènes fortes dans La Brunante: la rencontre des deux femmes, la confrontation à Percé. Le climat entremêle humour, douceur et affrontements. Le film émeut malgré une morale trop appuyée et des revirements souvent prévisibles. Mais ses beautés compensent ses faiblesses.

Approcher son propre vieillissement

Le cinéaste précise avoir vu dans La Brunante une façon d'approcher son propre vieillissement. Il cherchait des réponses à ses questionnements existentiels. «Collectivement, on a perdu non seulement nos repères religieux mais aussi le sens de la vie. Une immense solitude face aux épreuves en a découlé. J'ai une formation catholique. Durant vingt ans, j'ai fait du zen, du bouddhisme, du taï chi, du taoïsme. Rien n'a su m'apporter une réponse complète. J'ai vécu avec de la révolte. Aujourd'hui, je l'ai remisée pour consentir aux mystères de l'existence.» De cette philosophie est née La Brunante.

En 1967, il avait tourné un court métrage, Ça n'est pas le temps des romans, avec Monique Mercure dans l'éclat de sa beauté en jeune mère de famille. De ce film sur le couple, il a récupéré de larges extraits pour les insérer dans La Brunante, qui en constitue la suite 40 ans plus tard. Déjà, à l'époque, Dansereau aurait voulu faire un long métrage avec Ça n'est pas le temps des romans. «Monique Mercure avait aussi joué dans Le Festin des morts. On est toujours demeurés en contact», explique-t-il.

À la fin des années 90, une amie lui a fait part de sa peur d'être un jour frappée par la maladie d'Alzheimer. «Je lui avais répondu: "Si ça m'arrivait, je crois que je me suiciderais."»

«Tu ne sais pas de quoi tu priverais les autres», lui a rétorqué la dame.

Dans la même énergie

L'idée de cette femme en perte d'autonomie, au premier stade de la maladie, donc plongée dans l'angoisse de la lucidité, a fait son chemin dans l'esprit de Fernand Dansereau. «Mais au fond, la maladie d'Alzheimer est un simple prétexte pour montrer la perte et les liens tissés autour, assure le cinéaste. Le film essaie de raconter comment notre vie est imbriquée dans celle des autres. On baigne dans la même énergie.»

Le personnage de Monique Mercure, il le décrit comme celui d'une femme qui a souffert et qui s'est beaucoup coupée de ses émotions. Même en tant que mère.

Depuis le temps qu'il la mijotait, cette Brunante, Fernand Dansereau...

Au départ, Marie-Josée Croze devait en partager la vedette avec Monique Mercure. Même que la SODEC acceptait de subventionner le film si la jeune vedette était de la distribution. Mais le temps que Téléfilm embarque dans le projet, Marie-Josée Croze était partie pour la gloire en France, après son succès des Invasions barbares, et se sentait d'ailleurs révoltée d'être prise en otage dans le financement d'un film.

Fernand Dansereau affirme avoir pondu 17 versions de son scénario depuis le premier jet, en l'an 2000. Le projet a bloqué longtemps, faute de distributeur. TVA Films l'a rescapé. «De 2000 à 2004, je me suis battu.»

Courage, générosité et douleur

Évidemment, convaincre Monique Mercure d'incarner le rôle d'une femme vieillissante, en perte de repères, frappée par la maladie d'Alzheimer, n'était pas facile. Le portrait n'est guère flatteur pour une comédienne . «Je lui ai dit que j'avais le goût de terminer Ça n'est pas le temps des romans, pour clore le cycle, tout en lui demandant un grand sacrifice: montrer sa vieillesse à l'écran, décrocher d'une image que les comédiennes doivent entretenir. Elle y a répondu avec beaucoup de courage, de générosité... et de douleur.»

Il trouve que Suzanne Clément a beaucoup apporté au personnage de la jeune pianiste révoltée, rôle qu'il a ajusté à sa personnalité et à son énergie. La popularité de l'actrice au petit écran (La Grande Ourse, Les Hauts et les bas de Sophie Paquin, etc.) devrait contribuer à attirer une jeune clientèle devant La Brunante.

Fernand Dansereau est passionné par la question du vieillissement, fort pertinente d'ailleurs dans une société en train de prendre de l'âge. Mais plusieurs de ses projets sur ce thème sont tombés à l'eau: «J'avais proposé une série à Radio-Canada, qui n'a jamais abouti.»

À son avis, ce sujet, pourtant cuisant, demeure tabou dans un monde épris de jeunesse, de beauté et de consommation. «Pourtant, il n'y a pas que ces valeurs-là dans la vie. En France, certaines téléséries donnent la vedette à des personnes âgées. Ici, ça tarde.»

S'il considère ne pas avoir tourné assez de longs métrages au cours de sa vie, Fernand Dansereau entend se reprendre. Il écrit un nouveau scénario de film sur l'amour, intitulé La plus belle chose du monde. «Un projet plus ludique que les autres, prévient-il, et qui ne met pas en scène de personnes âgées... »


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Consentir - par Stéfane Cloutier (koratu@ca.inter.net)
Le mercredi 29 août 2007 10:00

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